Autorisation carte

Doublon de transaction: à qui la faute ?

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Avec la médiatisation des cartes à autorisation systématique couplée au contrôle de solde et séquestre, on voit arriver des témoignages faisant état de doublon pour les débits.

Petit rappel sur le fonctionnement d’un cycle de paiement :

Au travers des articles précédents, on vous expliquait que les paiements fonctionnaient en 2 temps :l’autorisation puis la compensation.

Lors de l’autorisation, l’émetteur de la carte (ou son partenaire s’il ne gère pas cela en interne), délivre un numéro de dossier qu’on nomme numéro d’autorisation s’il accorde une suite favorable à la demande.
Pour vous, le résultat est que la somme se trouve gelée (séquestre) sur votre compte et en parallèle le terminal indique « Paiement Accepté ».

A ce moment, vous avez l’impression que le débit de votre compte est effectif, en réalité ce n’est pas le cas.
L’argent est seulement bloqué afin que vous ne le dépensiez pas ailleurs, le débit réel sera fait au moment de le compensation (la 2nd étape du processus de paiement).

La 2nd phase du processus de paiement :

Cette étape visant à confirmer le débit réel et donc réclamer l’argent qui est dû au commerçant débute par la télécollecte. Cette opération est soit initiée manuellement par le commerçant au moment de la clôture de sa caisse, soit automatiquement (généralement de nuit).

Le journal que le terminal transmet à la banque du commerçant contient toutes les transactions et les données relatives à ces dernières afin de produire le débit et les preuves du paiement.
Dans ces données, le terminal associe les numéros d’autorisations au paiements qui ont donné lieu à un contrôle de la transaction par l’émetteur de la carte.

La banque du commerçant va éclater ce journal et transmettre par l’intermédiaire d’une chambre de compensation (CSM) les ordres de paiements.

L’émetteur de la carte réceptionne alors son journal dédié avec les transactions et les données relatives à ces dernières pour confirmer le débit des fonds sur le compte de son client.

L’impression d’avoir payé 2 fois (ou plus) pour une même transaction :

Quand l’émetteur de la carte intègre le journal dans son système informatique, il tente de rapprocher les transactions pour lesquelles il a été sollicité.
Avec une carte punitive (c’est à dire le modèle délivré par les Fintech et Néobanques), c’est à ce moment que la transaction « en attente » évolue en « terminé » : la fameuse petite horloge de Nickel.

Le rapprochement repose sur l’association du numéro d’autorisation associé à votre carte dans le système informatique de l’émetteur, avec le numéro d’autorisation qui est intégré dans le journal qu’il a réceptionné.

Quand il y a un loupé, le rapprochement est impossible et l’émetteur de la carte réalise donc une seconde écriture au débit de votre solde bancaire.

En réalité, seule la seconde est réelle vu qu’elle est issue du processus de compensation, la première n’est qu’un séquestre, c’est à dire que les fonds sont toujours sur votre compte mais gelés.

Vous n’avez donc pas payé 2 fois, vous n’avez payé qu’une fois, mais il faudra attendre que la banque relâche le séquestre, ou qu’elle le lève manuellement suite à un signalement de votre part.

Impossibilité de faire le rapprochement entre l’autorisation et la compensation :

Dans le processus de compensation qui naît de la télécollecte, il y a plusieurs traitements.
Au cours de ces traitements, il arrive que le numéro d’autorisation soit substitué, altéré ou enrichi et que l’émetteur de la carte ne sache pas traiter la nouvelle information.

Globalement les banques ne se contentent pas d’une correspondance sur cette base uniquement, elles ont d’autres critères pour faire une correspondance entre une autorisation et une compensation.
Le numéro d’autorisation n’est donc pas une clef de voûte, ce n’est qu’une partie du puzzle, pour la simple raison qu’il n’existe pas dans 100 % des transactions. Une transaction hors ligne ne produira pas de numéro d’autorisation, tout comme une saisie manuelle pour ne citer que 2 exemples.

Certains fournisseurs de cartes utilisent exclusivement cette donnée (pour information, un numéro d’autorisation est généralement numérique, mais il peut être composé de caractères alphanumériques également). En n’utilisant que ce contrôle, certaines situations empêchent le rapprochement et vous avez donc une impression de double débit sur votre compte.

Un système insuffisamment fiable ou la faute d’une des parties :

C’est la première idée que certains se feraient en lisant ces quelques lignes car ils imaginent que le système monétique est vieux, que c’est quelque chose d’obsolète.

En fait, le système est fiable, il y a tout simplement plusieurs points de contrôles à opérer, et on peut rapprocher sans difficulté une transaction.

Les banques ont un avantage sur les Fintech et les Néobanques. C’est d’une part, d’avoir du vécu et donc d’avoir intégré plusieurs méthodes de rapprochement, et dans un second temps, c’est de ne pas diffuser massivement ces cartes punitives.

Elles gardent ces cartes pour les clients fragiles. Leur expérience et leur vécu démontrent que mettre du séquestre à chaque paiement et imposer une autorisation génère une mauvaise expérience client au final.

Nickel, par exemple, a su apprendre de ces situations et a donc intégré plusieurs points de contrôles sans se reposer sur l’hypothèse que le numéro d’autorisation soit présent dans 100 % des cas. Nickel évite ainsi, de plus en plus souvent, les impressions de doubles débits et peuvent rapprocher les séquestres aux compensations demandées.

Double débit réel car compensation lancée en doublon :

Il arrive parfois qu’une corruption soit détectée dans un journal et que l’une des partie prenantes au processus de compensation rejoue le journal.

Si l’émetteur de la carte n’est pas suffisamment vigilant et ne compare par les journaux avec les antérieurs, il peut lui arriver de débiter en double ses clients.

Fin décembre 2017 un incident a été détecté dans un journal de compensation conduisant à rejouer ce dernier. L’une des banques Françaises (Crédit Mutuel de Bretagne) n’a pas détecté qu’elle avait déjà traité le journal. Elle a donc une nouvelle fois intégré un journal d’opérations débitrices conduisant ainsi à débiter réellement 2 fois ses clients.

L’incident fût rapidement détecté et les mouvements extournés des comptes des clients concernés.

Cela est une exception et c’est même inédit. Les banques intègrent un système de contrôle visant à détecté cela et éviter ainsi une telle situation.

Les démarches à entreprendre si une opération est débitée plusieurs fois :

Il convient déjà de bien identifier le cas de figure afin de savoir quelle démarche entreprendre.

Si lors de votre règlement un incident s’est produit chez le commerçant, vous conduisant à réitérer le paiement, il est crucial d’exiger un ticket d’abandon du débit. Cette pièce sera votre preuve que le paiement ne produira pas de débit, et que le commerçant renonce à ses droits sur une possible autorisation délivrée par l’émetteur de votre carte. C’est ainsi que vous pourrez lever de manière anticipée le séquestre des fonds.

Dans certains cas, le commerçant vous donne sa parole mais aucun justificatif, et après quelques jours vous avez 2 débits réels,donc bien finalisés. Votre banque vous confirme qu’ils sont finalisés et non en attente. Il faudra alors vous rapprocher du commerçant pour le remboursement, votre banque ne pourra pas agir car vous avez exécuté 2 fois le paiement.

Si vous n’avez réalisé qu’un seul paiement chez le commerçant mais 2 débits réels (même définition que ci-dessus) confirmés par votre banque alors il faudra initier une contestation auprès de votre banque. C’est à elle de diligenter les procédures nécessaires et vous rembourser la seconde transaction.

Dernière situation, l’un débit est finalisé et l’autre est en attente, alors comme l’exemple ci-dessus, ce sera à votre banque d’agir, car elle est la seule à pouvoir lever le séquestre, le commerçant n’est pas responsable et n’a aucun pouvoir d’opérer une telle action.

En conclusion :

Les Fintech commencent à intégrer ces mesures, il faudra encore du temps pour qu’elles soient confrontées à tous les cas de figures et puissent les intégrer. Cela demande de l’expérience, de l’apprentissage et beaucoup de correctifs.