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Les frais bancaires : la drogue des banques ?

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Il faut bien le reconnaître, l’amour entre les banques et les clients de ces dernières n’est pas au meilleur de sa forme depuis quelques années. Nous allons donc tenter de mettre fin à certaines légendes afin de faire la part des choses entre le coût du service et les frais d’incidents qui sont facturés par les banques traditionnelles.

Avec l’arrivée des banques en ligne et des Fintech, certains coûts ont disparus et des frais sont passés au régime sec, alors la question de leur légitimité se pose. Il nous est impossible de s’intéresser à tout le catalogue, on va donc se pencher sur les principaux coûts.

La carte bancaire : un coût de production lié aux services associés

Les usagers sont de plus en plus habitués à la gratuité. Pourtant émettre une carte a un coût réel pour la banque, car elle devra rémunérer différentes parties externes afin que la carte soit délivrée.

Le coût pour une carte classique est de 11 à 17€. On monte en tarif pour les cartes Premier et Gold pour atteindre une fourchette comprise entre 35 et 40€ (voir plus selon les assurances). Enfin, on frôle les 150€ pour une carte type Infinite ou World Elite. Dans cette finition, il n’est pas rare de voir des coûts réels de 200€ pour la banque selon les services qu’elle va adosser comme la conciergerie et les assurances.

La banque va devoir payer des frais à l’usine de production du support de la carte. Elle devra également rémunérer une autre usine qui va s’occuper d’implémenter la puce sur le support et personnaliser la carte (graver, embosser, imprimer,… les informations comme le nom, le numéro) et qui fera également la configuration de la puce et la piste magnétique en finalisant par le conditionnement et le transport.

La banque devra également verser des cotisations à CB, Visa ou Mastercard pour adosser la carte à l’un ou plusieurs de ces réseaux.

Enfin, la banque devra verser un paiement à l’assureur qui va vous couvrir en cas de décès, d’invalidité ou autres prestations associées à votre carte. Même les cartes classiques disposent d’une assurance décès obligatoire.

On parle donc ici de coût réel que la banque devra verser pour votre carte. En vous offrant la carte, la banque est donc, sans aucun doute possible, perdante financièrement.

Une légende veut que la banque gagne à chaque fois que vous utilisez votre carte :

C’était un mythe, souvent un argument pour justifier un « modèle économique » et rassurer des clients. Mais on s’éloigne d’avantage de cette possibilité depuis juin 2016, date à laquelle l’Europe a plafonné les gains des banques à 0,20 % en DEBIT/PREPAID et 0,30 % en CREDIT (selon mention obligatoire sur la carte).

Ce reversement est un coût « BRUT » c’est à dire qu’il fait abstraction des frais que la banque devra verser à des intermédiaires dans les flux, par exemple Apple Pay prend en moyenne 0,14 % de la transaction, il reste donc 0,06 % à votre banque pour couvrir ses autres frais.

Impossible donc d’une manière ou d’une autre à votre banque de gagner de l’argent sur l’utilisation de votre carte, bien au contraire elle en perdra d’avantage si vous utilisez Apple Pay.

Au coût réel, il faut donc ajouter le salaire des équipes monétiques qui s’occupent de développer et maintenir les systèmes informatiques vous permettant de réaliser vos paiements, mais aussi toutes les équipes informatiques et les équipements informatiques pour cette tâche.

Les Banque en Ligne disposent de l’avantage d’une mutualisation des coûts avec leur marque traditionnelle.

Pour les Fintech, ce n’est pas le cas et elles sous traitent ce service à des sociétés comme GPS car ces coûts sont beaucoup trop lourds pour elles, avec parfois une qualité de service très en deçà des banques traditionnelles quant à la fiabilité des paiements.

Conclusion sur la carte, la banque traditionnelle marge sur le coût de votre carte, mais cette marge sert à la fois pour payer tous les coûts annexes, les salaires et au final vous allez payer pour que les clients de sa marque « en ligne » ne payent pas la carte.

Le coût indiqué est pour des cartes avec des matériaux traditionnels, dès qu’on part sur du translucide, du métal, du transparent les coûts augmentent sensiblement.

Les retraits d’espèces :

On lit parfois, que la banque vous facture de retraits dans une autre banque car elle serait jalouse. Cela est bien entendu totalement, faux, votre banque n’est pas jalouse, elle vous répercute un coût.

Il faut savoir qu’un retrait déporté / déplacé (c’est ainsi qu’on nomme l’opération lorsque vous retirez des espèces dans un autre réseau bancaire), est facturé à l’émetteur de votre carte. Le coût moyenne est de 86cts HT pour une telle opération (il est parfois réduit lorsque les 2 banques et le DAB – Distributeur Automatique Bancaire – sont reliés au réseau « CB »).

Prenons par exemple un retrait que vous faites avec votre carte Crédit Agricole dans un distributeur affilié Banque Populaire :

La Banque Populaire va donc facturer le Crédit Agricole de 86 cts pour vous avoir délivrer des espèces, ce coût en réalité vous ne le voyez pas, car bien souvent votre banque vous offre tout ou partie des retraits réalisés durant le mois. Mais le Crédit Agricole devra s’acquitter de ce coût auprès de Banque Populaire.

Le coût est le même si vous utilisez votre carte N26 par exemple pour définir votre code PIN. N26 devra payer la banque qui va gérer le DAB.

Le coût du DAB n’est pas un bénéfice net pour celle exploitant le distributeur, car l’exploitant va devoir payer des coûts d’emplacement, mais également (et c’est son principal poste de dépense) payer les sociétés qui s’occupent de convoyer les fonds et donc alimenter en espèces les DAB, mais aussi récupérer dans certains cas les billets/cartes retenus.

Vous avez probablement remarqué que dans certains pays de la zone € des DAB majorent alors que pourtant le coût est régulé. Cette surfacturation des DAB lorsque vous faites un retrait est lié au fait que cette commission est jugée insuffisante pour couvrir les coûts relatifs au DAB, donc vous êtes surfacturé par le gestionnaire du DAB qui intègre ce montant dans votre retrait. Ce coût est soit affiché sur la façade du distributeur, soit sera indiqué au moment de votre retrait. Il y a certaines situations où vous serez surfacturé en utilisant Visa mais pas avec une Mastercard, cela est lié à un partenariat entre le réseau Mastercard et le gestionnaire du DAB, c’est Mastercard qui va payer la surfacturation. Généralement la surfacturation est applicable sur des DAB qui ne sont pas directement intégrés dans une agence bancaire, car le coût des convoyeurs de fonds explosent en raison du risque auquel les employés de ces sociétés vont s’exposer, et donc d’un encadrement plus important.

Conclusion, dès que vous ne faites pas le retrait sur un DAB de l’émetteur de la carte, ce dernier devra payer (et cela partout dans le monde), des frais à l’exploitant du DAB pour l’indemniser du service rendu, à savoir vous avoir délivrer des espèces.

Petite information, hors zone € les DAB prennent en moyenne 2/3€ par retrait, cette somme sera donc facturée à votre banque, cela explique que hors zone € les banques vous facturent un coût fixe pour le retrait car il est supérieur à ce qu’elles acceptent de supporter.

Les paiements en devises :

Dans la continuité des frais DAB, on retrouve les coûts pour les opérations réalisées en devises, que ce soit un retrait d’espèces ou un paiement.

Historiquement, le paiement en devise fonctionne sur une base technique que l’on nomme « Compte Nostro / Vostro / Loro ». Derrière ces termes et ce mécanisme technique commun à toutes les banques du monde, se cache la méthode pour rembourser les dépenses réalisées par les clients de la banque ayant délivrée la carte à celle du commerçant, ayant encaissé la carte.

Prenons l’exemple d’un client Français qui règle un achat en devise Suédoise :

La banque Française devra alors régler la réponse de son client en SEK à la banque du commerçant Suédois. Elle va donc passer par un marché financier qui se nomme FOREX et changer des EUR en SEK avec en compte de crédit des SEK le compte qu’elle détient dans l’une des banques Suédoises. Une fois le compte Suédois crédité, la banque Française pourra finaliser l’ordre de paiement à la banque du commerçant en SEK.

Sur le marché Espace Economique Européen, les coûts FOREX sont en moyenne de 0,30 %. En dehors, les coûts sont en moyenne de 1,6 %, mais sur certaines monnaies, on est à 2 % de frais.

Tant qu’aucune monnaie unique mondiale n’est créée, il faudra passer par ces marchés pour échanger l’argent, car le commerçant (tout comme sa banque) souhaite être réglé dans sa devise et non votre devise.

C’est le fameux taux interbancaire, il est en réalité commun à tous les acteurs du marché, aucun n’invente le sien. Ce marché ne fonctionne qu’en heure ouvrées, en dehors, il n’y a pas d’échange d’argent, donc arrêter un taux définitif en dehors est un non sens, car jamais votre banque ne payera sur un taux qu’elle va elle même inventer le week-end, elle payera sur le taux du prochain jour ouvré la banque d’en face quand cette dernière va réclamer l’argent.

Mastercard et Visa se sont lancer dans la création d’un service pour contourner le FOREX et donc avoir un meilleur change et éviter de devoir payer des frais à ces plateformes grâce à leur omniprésence dans tous les pays. Concrètement, Visa et Mastercard (pour les paiements uniquement) vont proposer eux de régler l’ardoise à la banque du commerçant dans sa devise  et facture votre banque dans sa devise à elle, ainsi, pas de place de marché, et un taux inférieur ou au pire égal à celui du marché interbancaire.

Les Fintech proposent donc le taux Mastercard par exemple, car via ce mécanisme que nous venons de vous expliquer, Mastercard arrive à être plus compétitif qu’une banque ou un établissement proposant le taux interbancaire.

A ce jour, les banques ne peuvent pas basculer sur ce dispositif, mais des travaux conjoint avec Visa et Mastercard sont en cours. On note par exemple que Hello bank ! commence à utiliser le taux Visa dans sa brochure tarifaire.

Le dispositif de Visa et Mastercard ne concernant que les paiements, c’est pour cela que vous voyez N26 lors d’un retrait en offre classique vous ajouter des frais au taux Mastercard (pour arriver au taux interbancaire et couvrir les frais), ou Max par exemple vous indiquer que les retraits sont au taux interbancaire (sauf que ces derniers n’ajoutent pas les frais du marché mais les prennent en charge).

Conclusion, quand vous effectuez un paiement en devise, si votre banque vous prend jusqu’à 2 % cela est cohérent, si elle vous prend un fixe, le fixe est clairement punitif pour vous sanctionner d’avoir effectuer un paiement en devises. Si vous effectuez un retrait et que votre banque vous prend jusqu’à 2 % et un fixe en plus, c’est totalement cohérent, car cela correspond à la réalité économique et aux coûts qu’elle va devoir payer à son tour. Retenez qu’une banque totalement cohérente appliquera un taux de change différent entre les paiements dans l’Espace Économique Européen et hors de cet espace.

La commission d’intervention :

Abordons les frais consécutifs à un incident de fonctionnement de votre compte bancaire. Le libellé le plus connu est la commission d’intervention plafonnée à 8€/acte dans la limite de 80€/mois. Cette sanction financière de la banque résulte d’une anomalie, elle ne va donc vous concerner que si vous êtes dans une situation ayant conduit à déclencher une mesure (paiement carte, prélèvement, virement, chèque,… au-delà du solde du compte et/ou du découvert autorisé).

La commission sera toujours appliquée le mois après votre incident avec une date de valeur du jour de l’incident, cette mesure vise à vous éviter l’asphyxie financière durant le mois concerné par les incidents. Nous vous rappelons une chose importante avant d’aller plus loin, soyez toujours transparent avec votre conseiller, avisez le de votre situation, ne le mettez pas devant le fait accompli, il est là pour vous aider aussi, mais ses possibilités seront drastiquement réduites lorsque l’incident sera en cours, il faut donc l’anticiper.

Dans la majorité des Banques en Ligne, cette commission d’intervention n’existe pas car s’il vous manque 1ct, le prélèvement est refusé automatiquement, le virement pareil et vous êtes donc facturé des frais afférents à cette irrégularité.

Pour les opérations cartes, votre banque vous avisera de la situation, et vous enjoindra de revenir en positif ou dans les limites de votre découvert. L’absence de réaction obligera votre banque à vous retirer la carte et à déclarer cette situation à la Banque de France (fichier FCC volet Cartes Bancaires), c’est une obligation qu’a cette dernière.

Dans une banque traditionnelle, les conseillers ont une remontée des incidents, on parle de « DEJ » ou de tâches, qui vont concerner toutes les irrégularités des clients présents dans leur portefeuille. Il est faux de croire que le conseiller n’en fait rien, car il a des comptes à rendre à sa hiérarchie et cela sera pire s’il n’a pas su identifier le dérapage d’un client provoquant des pertes pour la banque.

Selon les banques la modalité de traitement change, mais ces 8€ sont le coût humain pour le temps passer à contrôler l’opération, les derniers mouvements de votre compte, vos possibles rentrées potentielles d’argent, le fait de vous aviser par email / téléphone, de mettre en attente l’opération… Il est toujours judicieux de répondre à votre conseiller en l’informant et en négociant le passage de l’opération, car s’il rejette un chèque, un virement ou un prélèvement, vous aurez d’autres frais.

En conclusion, ces 8€ servent à payer l’humain qui va statuer personnellement sur votre situation, analyser la cause de cet incident, anticiper des incidents futurs, voir prendre des mesures curatives sur une situation d’incidents. Quand on connaît le coût réel d’un salaire en France (salaire + charges patronales), les 8€ pour passer 10 minutes sur un incident, cela n’est pas abusif, d’autant qu’ils ne sont facturés qu’en cas d’incident.

Le rejet de prélèvement en défaut de provision :

Pour cette tâche tout dépend si un humain est intervenu dans l’opération ou pas. Concrètement, votre banque aura un coût réel qu’on arrondi à 1€ et qui sera versé à la chambre de compensation (vous pouvez vous référer à l’article sur les virements qui explique le rôle de ces chambres).

Lorsque le traitement est totalement automatisé, si votre banque vous facture plus de 1€, l’excédent est donc punitif, mais on peut considérer que jusqu’à 5€, cela va participer aux coûts du fonctionnement de votre banque. Dès qu’on dépasse ces 5€, on quitte les frais appliqués avec tact et mesure, pour des frais prohibitifs.

Quand un humain est intégré dans le décisionnel du rejet, on peut considérer que jusqu’à 15€, on reste dans un frais d’incident appliqué avec tact et mesure vu qu’on y intègre la commission d’intervention.

En conclusion, dans une Banque en Ligne ou une Fintech qui utilisent des procédures totalement automatisées, dès qu’on dépasse les 1€ on arrive dans une participation aux coûts et dès qu’on dépasse les 5€ on est clairement dans la sanction sans tact ni mesure. Soit le but est de rappeler le client à l’ordre avec une telle sanction ou l’inviter à quitter l’établissement.

Dans les banques traditionnelles, on peut tolérer comme normal jusqu’à 10€, comme acceptable jusqu’à 15€, et comme prohibitif au-delà de 15€ par incident.

Conclusion :

Le catalogue des frais et des prestations des banques est très large. Nous avons voulu traiter ici les 5 principaux appliqués par les banques aux clients.

Il est rare d’avoir un client qui soit heureux de payer un frais d’incident, mais ce coût est la conséquence d’une irrégularité, un peu comme un excès de vitesse. Vous devez garder à l’esprit que si vous savez que votre situation va engendrer un incident, vous devez en référer en amont à votre conseiller ou au directeur de votre agence (si votre conseiller n’est pas à l’écoute), afin de prouver votre bonne foi. Ils sont également là pour vous accompagner et vous aider si vous êtes disposé à accepter cette aide.

Dans les associations spécialisées pour aider les clients, on remarque que bien souvent les situations dérapent par un manque de communication avec le conseiller. Nous mettons clairement le doigt sur certaines responsabilités et frais prohibitifs des banques, mais nous n’écartons pas la responsabilité du client.

Toutes les banques ont une obligation de vous accepter l’offre pour les personnes en situation de fragilité financière.
Si votre situation va se dégrader, vous pouvez prétendre à ce statut, la banque devra alors vous remplacer votre carte par une carte dite punitive, mais qui sera au fond la même que celle disponible chez N26, Revolut, Max, C-Zam, Nickel,… et va plafonner automatiquement ses frais.

Une fois votre situation rétablie, votre chargé de compte vous basculera à nouveau sur une offre classique.

Il faut donc accepter cette aide et non voir cela telle une punition, il est dans votre intérêt aussi de vous faire aider, car la banque peut très aisément dénoncer la relation et vous mettre à la porte. Un client débiteur ne génère pas de gain, au contraire, il coûte en provision du risque, oubliez la légende que la banque aime les clients à découvert, car un solde débiteur signifie pour elle provision du risque obligatoire, et donc coût.