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Taux de change : mythes et réalités

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Afin de bien saisir le fonctionnement du change, il est important de rappeler des éléments clefs d’une transaction, et principalement l’autorisation et la compensation.

L’autorisation c’est le moment où vous déclenchez l’ordre de paiement. La compensation c’est le moment où cet ordre est confirmé et que le débit sur votre compte n’est plus virtuel mais réel. Cette mise au point effectuée, nous pouvons entrer dans le vif du sujet.

Pas de compensation hors jours ouvrés !

Il faut savoir que sur VISA comme sur Mastercard, il n’y a jamais de compensation hors des jours ouvrés. Par conséquent, le samedi, le dimanche ou encore les jours fériés bancaire, il est impossible de finaliser une opération.

Si vous effectuez un paiement le vendredi soir ou le week-end, votre banque (traditionnelle, néobanque, fintech) aura au mieux la demande de règlement (appelée compensation ou clearing) le lundi. Il n’y a pas d’échange d’argent les jours non ouvrés afin de prévenir tout incident bancaire.

Prenons l’exemple de N26. Lorsque vous réglez, la transaction reste en attente. Le taux de change définitif sera celui du jour de compensation. C’est le commerçant qui déclenche la compensation et non vous ou votre banque. le commerçant dispose de 45J maximum pour déclencher cette opération.

N26 ne prend donc aucune marge le week-end car ce serait un non sens dans la mesure où le taux n’existe pas. Il sera au mieux arrêté au prochain jour ouvré si la banque du commerçant réclame le montant dû dès le lundi.

Revolut, à l’inverse, a décidé de ne pas prendre le taux de change au jour où le commerçant réclame l’argent, mais d’arrêter un taux au jour de votre règlement. Par conséquent, Revolut extrapole un taux le week-end en prenant celui de l’ouverture des marchés et en y ajoutant entre 0.5 et 1.5 % de marge.
Monétiquement parlant, c’est un non sens, car jamais ils ne vont payer la banque du commerçant à un taux qui n’existe pas.

Max fonctionne tel N26 selon les recommandations de VISA et Mastercard. Ces 2 néobanque appliquent donc le taux du jour de compensation.

Le fonctionnement de Revolut :

En lisant ces quelques lignes, vous vous imaginez que Revolut vous facture des frais de change sans vous le dire. Un peu comme PayPal ou Amazon qui intègrent des frais en appliquant un taux de change vous étant défavorable.

La réponse est un peu plus compliquée. Imaginons que nous sommes sur une monnaie très volatile, Revolut a bloqué un taux du vendredi avec 1.5 % de marge. Le lundi, le commerçant réclame son argent. A l’ouverture des marchés, la devise a gagné 2 %, vous serez donc gagnant et Revolut perdant.

A l’inverse, si vous êtes sur des monnaies stables (en réalités toutes sauf certaines asiatiques ou le rouble Russe), alors Revolut aura pris une marge sur le change réel qu’ils vont payer. Revolut sera bénéficiaire sur la transaction.

Que ce soit N26 ou Max, vous aurez le taux de change réel au jour de compensation de l’opération. Mastercard comme VISA recommandent que les émetteurs de cartes utilisent le taux du jour de la compensation. C’est ce taux qui sera utilisé pour régler l’argent dû au commerçant.

Le taux de change des réseaux VISA & Mastercard vs le taux interbancaire :

Commençons déjà à faire la peau à une légende qui laisse supposer que les banques imaginent des taux.
Cela est faux. Toutes les banques utilisent le même indice pour le taux interbancaire, c’est un taux commun à toutes les places de marchés. Seul facteur dégradant ce taux, c’est un frais de change (toujours renseigné dans la documentation tarifaire de la banque).

VISA et Mastercard proposent tout deux un service aux émetteurs de cartes afin de simplifier le règlement des opérations en devises. Le service de ces 2 leaders est en concurrence directe avec le taux interbancaire utilisé par certaines banques.

Sur toutes les devises non volatiles (il y a 4/5 monnaies volatiles), ces 2 leaders offrent un taux toujours plus avantageux que l’interbancaire. Tout simplement car l’interbancaire impose de passer par des places de marchés, alors que les 2 leaders peuvent passer outre en raison de leur présence internationale.

Un exemple très simple du 31 août à 16h05 (GMT+2) : Un règlement de 99SEK (Couronnes suédoises) produisait un débit de 9.26€ sur le taux Mastercard & VISA alors qu’il donnait lieu à un débit de 9.34€ sur le taux interbancaire.

Prenons d’autres exemples :

  • 30.44DKK (Couronnes danoises) le 11 août à 19h30, on obtient un débit de 4.04€ au taux Mastercard et VISA et 4.07€ au taux interbancaire.
  • 5.94USD (Dollars américains) le 18 février à 16h20, on obtient un débit de 5.03€ au taux Mastercard et 5.05€ au taux interbancaire.

Nous avons pris au hasard des dates lors des nombreux tests. Le taux Mastercard ou le taux Visa se montre toujours plus favorable que le taux interbancaire utilisé par Revolut ou l’ensemble des banques.

Ce n’est pas un mystère que Visa & Mastercard parviennent à offrir un service plus compétitif ou à être au même niveau sur les quelques devises volatiles. Ce service est un argument de vente pour les 2 leaders afin de rallier les banques à utiliser leur service, et donc n’émettre plus qu’une seule catégorie de carte, à savoir soit Visa soit Mastercard mais plus les deux.

Plusieurs Fintech et Néobanques ont décidé d’utiliser ce service afin d’offre un change plus attractif et réel à leurs clients, par exemple Nickel sur son offre Chrome, N26, Max, C-ZAM, Morning (VIP), Curve (qui majore de 1% le taux Mastercard).

D’autres acteurs mono réseaux ,c’est à dire ne proposant que VISA ou Mastercard, commencent comme la BNP à utiliser le taux d’un des 2 leaders de la carte.
La finalité sera très probablement à moyen terme de proposer ainsi le change sans aucun frais additionnel. Nous avons pu voir qu’Orange Bank s’est essayé durant l’été 2018 à l’exercice en supprimant ses frais de 2 % pendant 2 mois.

Fin du taux de change interbancaire :

Nous sommes encore loin de la disparition de ce taux de change, car il est utile pour les banques émettant à la fois de la carte VISA et de la carte Mastercard.

Dans de rares cas, VISA ou Mastercard peut avoir un taux meilleur que le concurrent et le marché interbancaire.
Il serait donc compliqué pour la banque d’expliquer au client qu’avec sa carte VISA il a bénéficié d’un taux plus favorable que celui de Mastercard s’il a utilisé en même temps pour un même montant ses 2 cartes.

Le taux interbancaire permet donc d’avoir un taux qui est appliqué à tous les réseaux de cartes, mais aussi à des opérations diverses comme les virements SWIFT. La finalité à terme sera l’usage du taux de change des réseaux, car ils suppriment totalement les frais liés aux marchés interbancaire et apportent donc un taux plus avantageux pour le client final.

C’est également un argument commercial fort pour VISA comme pour Mastercard afin d’amener la banque ou l’émetteur de carte à favoriser l’un réseau plutôt qu’un autre.

Historiquement, Mastercard était le seul réseau à proposer ce service avec American Express (American Express prend des frais de l’ordre de 2.8%). VISA a débuté très récemment ce service afin de venir concurrencer Mastercard dans le monde des Fintech.

Les émetteurs de cartes qui utilisent déjà le taux des réseaux, devront faire leur deuil des frais afin de proposer le taux sans coût additionnel. Pour ceux utilisant le taux interbancaire et majorant ce dernier, il faudra en plus un changement de stratégie.

On peut voir que les Fintech ont permis de faire naître de nouveaux services par les réseaux en faveur du consommateur tout en simplifiant pour l’émetteur de cartes le travail lorsque son client paye ou retire en devises.