Pourquoi l’agrégation d’une carte Visa n’est plus possible chez Max ?

agrégation visa chez max

Depuis le 16 mars 2020, l’agrégation des cartes VISA est interrompu par Max. Il est donc impossible d’utiliser une telle carte pour l’agrégation et profiter des fonctionnalités liées à cette dernière. Beaucoup de suppositions circulent en l’absence d’une communication transparente de Max.

Visa vs Visa + CB

Les cartes, que vous obtenez auprès des banques française classiques, comportent presque toutes le réseau « CB » accompagné d’un second réseau comme « VISA ». En France et dans les DOM, une telle carte va transiter sur le réseau domestique « CB » qu’on nomme « e-RSB » et géré par la société Française STET.

Lorsque le réseau « CB » n’est pas disponible, ou que vous avez sélectionné la marque « VISA », alors votre carte va utiliser le réseau « VisaNet » appartenant à la société Visa.

On dit ainsi que votre carte est « cobadgé », elle fonctionne donc physiquement (dans les commerces) sur CB et sur VISA. Il en est de même pour la partie dite « CNP », c’est-à-dire Carte Non Présente (paiement sur internet, par téléphone, par courrier, saisie manuelle et autres).

Max et e-RSB

Lorsque vous effectuez un paiement avec Max, la transaction remonte jusqu’à une société nommée « Monext », c’est une filiale du Crédit Mutuel Arkea. Son rôle traiter la demande d’autorisation. Monext va présenter la transaction à Max afin que Max réponde « oui » ou « non » pour cette transaction.

Si vous avez lié une carte à Max, c’est donc au tour de Max d’obtenir un « oui » ou « non » de la part de votre banque. Pour cela, Max va émettre une demande de paiement qui sort par « Payline », toujours une filiale du Crédit Mutuel Arkea afin de joindre votre banque.

Payline, si votre carte est cobadgée, va router l’autorisation via e-RSB, c’est-à-dire, le réseau « CB ». Que votre carte soit adossée à Visa ou Mastercard, si elle est cobadgé, Payline utilisera toujours « CB »

Nous restons ainsi sur un réseau domestique et ni Visa, ni Mastercard sont au fait de cet échange. Pour Max, cela présente deux avantages. D’un côté une réduction des coûts, car « CB » a des frais de traitement moindre. D’un autre, « CB » étant Français il est possible d’obtenir un « bypass » afin de ne pas être bloqué ou filtré de manière stricte par le réseau.

Le réseau « CB » opère des contrôles de sécurité. Les banques françaises font aisément confiance à « CB » car les 2 interlocuteurs sont membres du GIE CB. En cas de fraude, la partie adverse est rapidement identifiée.

Max et VISA

Lorsque votre carte n’est pas cobadgé, il est impossible d’utiliser « CB », ce qui est logique. Par conséquent, pour une VISA, on ne passe jamais via e-RSB mais par VisaNet.

C’est donc le réseau Visa qui s’occupe de gérer le flux entre Payline et votre banque. C’est l’usage de VisaNet qui n’est plus proposé par Max à ses clients. Donc toutes les cartes non cobadgées ne sont plus utilisables, car elles doivent transiter sur VisaNet.

Pour les cartes cobadgées, vous auriez théoriquement le droit de dire à Max que vous désirez transiter via VisaNet et non e-RSB, mais il n’y a aucun intérêt. Max a fait un meilleur choix en imposant e-RSB car le réseau est plus souple, plus rapide, et il est aisé d’avoir un « badge » de confiance dessus. Avec e-RSB vous aurez nettement moins de refus par votre banque pour les transactions que via VisaNet.

Max et la transaction CNP

Max est toujours vu par votre banque comme une transaction dite « CNP », donc Carte Non Présente ou plus simplement « paiement à distance ».

Sur la majorité des banques, vous devez activer le paiement à distance sur votre carte. Faute de quoi, une transaction agrégée via Max sera refusée, car vu comme un « paiement à distance / internet ».

Il n’y a pas de différence de coût entre une transaction dans un commerce physique ou une transaction à distance.  Il n’y a ni malus, ni bonus car c’est du paiement à distance. Côté CB, Visa ou Mastercard, la commission du réseau est là encore identique entre CNP ou « contact ».

Max et les frais de transactions

Rappel rapide, à chaque paiement, la société vous ayant délivrée une carte bancaire touche une commission nommée interchange. Le taux pour les cartes destinés aux particuliers dans l’Europe est de 0.20% du montant en « DEBIT / PREPAID » et 0.30% si la carte est de type « CREDIT ».

A chaque paiement avec votre carte Max, 0.20% du montant est conservé par Max au titre de l’interchange. La banque du commerçant reçoit donc le montant payé, amputé de cet interchange.

Les 0.20% touchés par Max sont « brut », c’est-à-dire qu’il faudra déduire les frais de réseau, les frais Apple (pour Apple Pay), le traitement, etc. On ne va pas revenir sur les distributeurs de billets en détail, mais sachez que pour ce type d’opération Max perd de l’argent, en moyenne 80 cts/retrait en France.

Quand vous agrégez une carte pour la transaction, votre banque touche à son tour un interchange payé par Max. Dans certains cas, Max peut donc se retrouver déficitaire sur l’agrégation. Dans d’autres cas, Max n’aura pas besoin de payer d’interchange grâce notamment à des accords de groupe.

Il n’y a pas de différence sur l’interchange entre une transaction via e-RSB (CB) ou VisaNet (Visa). Les règles de l’interchange sont communes à toutes l’Europe dès que la carte n’est pas une « COMMERCIAL », c’est-à-dire destinée à un professionnel.

Curve et l’agrégation

L’idée de faire de l’agrégation vient de la fintech anglaise Curve. Toutefois, Curve n’a pas accès au réseau domestique CB. Toutes les transactions vers votre banque arriveront via le réseau Visa ou Mastercard selon votre carte bancaire.

Une Visa Premier Boursorama en agrégation Max passera via e-RSB (CB), alors qu’elle transitera via VisaNet (VISA) avec Curve. C’est donc Visa qui s’occupera de faire le pont entre Curve et l’infrastructure de paiement utilisée par Boursorama Banque.

Cette précision et comparaison permet déjà d’exclure immédiatement l’hypothèse que Visa serait hostile à l’agrégation. Si tel était le cas, Visa bloquerait Curve, mais également du TopUp automatique chez d’autres acteurs utilisant le réseau VisaNet.

Ce qu’on nomme « agrégation » c’est en réalité un transfert d’argent entre la carte agrégée et le service d’agrégation. C’est similaire à un TopUp, la différence, c’est que le montant transféré est égal au montant à payer.

Curve vs Max

Nous avons pu voir déjà que l’utilisation de VisaNet n’est pas le problème. L’aspect financier n’est pas non plus la cause de ce conflit entre Max et Visa, obligeant Max à suspendre ses liens avec Visa.

Dans les différences entre Curve et Max nous trouvons :

  • Curve présente en autorisation le nom du commerçant préfixé de « CRV », Max utilise « MAX PAIEMENT ».
  • Curve communique le MCC (la « finalité » de la transaction) à votre banque alors que Max utilise toujours un code générique indiquant « autre service financier ».
  • Curve, le montant autorisé est exactement celui débité. Chez Max en cas de change il peut varier.
  • Curve utilise le même ID pour ajouter la carte et pour débiter les transaction. 2 ID différents sont utilisés par Max.

Pour ceux ayant émis l’hypothèse que c’est lié au mode d’ajout d’une carte (3DSecure pour Curve vs Micropaiement pour Max), ce n’est pas le problème. Curve pratique également le « Micropaiement » lorsque votre compte est marqué « à risque ». Curve demandera un code présent dans le libellé alors que Max demandera le montant.

Certains ont aussi émis l’hypothèse que Curve « capture » les fonds immédiatement sur la carte agrégée alors que Max attend que le commerçant réclame les fonds pour le faire à son tour, et donc Visa n’aimerait pas ça. Alors que ce soit Visa ou Mastercard, les deux réseaux ne portent aucun intérêt aux autorisations abandonnées, donc là n’est pas le problème pour Visa.

Nous avons aussi pu lire des propos supposant que c’est lié à un côté financier, comme vous l’aurez compris il n’y a pas de différence sur les transactions. Pareil pour ceux soulevant la question de la sécurité, Max étant une filiale du Crédit Mutuel Arkea, ils utilisent tous les outils d’une banque et des partenaires comme Payline qui stockent en toute sécurité les données de la carte agrégée. Le problème n’est pas non plus un souci de sécurité.

Blocage de Max par Visa

Il arrive, mais c’est extrêmement rare que les réseaux prennent une décision unilatérale de bloquer un commerçant. Dans le cas de l’agrégation, Max est un vu comme un commerçant et dispose d’un identifiant nommé « MID » (merchant identification). Quand un blocage tombe, c’est donc ce MID qui est bloqué par les réseaux.

Les réseaux bloquent des MID lorsqu’ils sont utilisés fréquemment pour des fraudes ou qu’ils  contreviennent aux bonnes mœurs.

Les sociétés qui proposent du téléchargement de fichiers sont rapidement bloquées par les réseaux. Tous les fichiers proposés ne sont pas illégaux, mais parfois ces plateformes sont associées aux téléchargements illégaux et donc au non-respect des droits d’auteurs. Dans ces situations les ayants droits obtiennent de Visa et Mastercard le blocage des flux.

Vous pourrez trouver un exemple récent en cherchant « 1fichier Société Générale » sur Google. Les réseaux ont obtenu le blocage du MID de 1fichier auprès de la Société Générale, mais également d’autres banques.

Il faut donc quelque chose de grave et répréhensible aux yeux de Visa pour qu’une telle position soit prise.

Ne comptez pas sur une communication de Visa, ce type de décision relève du secret des affaires et ne regardent pas les usagers. Visa fait connaître ses griefs à la partie adverse, à elle de voir si elle est en capacité de les résoudre, à défaut, le MID sera bloqué.

Les hypothèses du conflit Max vs Visa

Même si le motif est connu, il est formellement interdit de l’annoncer en vous communiquant la raison. On ne peut cependant émettre des hypothèses sur cette situation.

Incohérence de MID :

Max utilise 2 identifiants commerçant différents. L’un sert à l’ajout de la carte sous le libellé « MAX ENROLLEMENT », et l’autre pour les paiements sous « MAX PAIEMENT ». Lorsque ce second MID est utilisé, il n’a jamais été exploité avec le CVx2 de votre carte, c’est-à-dire le cryptogramme.

C’est un point que Mastercard « tolère », à savoir utiliser un MID sans qu’il y ait eu au préalable SCA sans CVx2. Mais côté VISA, un MID doit toujours faire une première autorisation avec le CVx2 (ou SCA), avant de présenter les paiements avec le PAN (les 16 chiffres) et l’expiration pour seules informations.

Côté Curve, c’est le même MID pour ajouter une carte que pour débiter les transactions.

Détournement des autorisations :

En carte « DEBIT », lorsque l’émetteur de la carte donne une autorisation, par exemple 10.01EUR, le commerçant peut débiter 10.01EUR ou moins, mais pas plus. En « CREDIT » il y a une tolérance de 10% du montant en moyenne.

Visa s’agace lorsque le montant débité est supérieur au montant autorisé en « DEBIT ». Pour eux, c’est un détournement de l’autorisation. Donc quand Max estime une conversion en EUR après un paiement en devise, il obtient un accord de votre banque pour ce montant. Puis quand le commerçant réclame les fonds, Max peut revoir à la hausse cette somme et débiter votre compte. Vous êtes donc prélevé d’un montant supérieur à l’autorisation.

Côté Curve, le montant autorisé à Curve est strictement égal au montant qui sera débité sur votre compte.

Occultation des retraits et de l’avance de cash :

Quand vous effectuez un retrait, un TopUp sur Revolut via Max ou toutes autres opérations assimilées à du « quasi-cash », Visa impose que l’opération porte le bon MCC afin d’identifier ces opérations.

Le MCC est un code numérique qui est une des informations envoyées lorsque vous faites un paiement. Ce code permet de savoir quel est le type de services / matériel / prestation que vous êtes entrain de payer. Par exemple, vous êtes sur un site pour adulte, le MCC sera « 7841 », vous êtes sur un site de paris / jeux d’argent, c’est le code « 7995 ». Chaque activité a donc un code qui permet de savoir malgré le libellé ce que vous êtes en train de faire. N’essayez pas d’amadouer votre banquier en lui parlant de séances de massage à Bruxelles pour votre dos, si vos tickets laissent apparaitre le MCC 7273 et le libellé massage corporel. Il aura tôt fait de comprendre que vous ne souffrez pas uniquement du dos

Mastercard et Visa demandent certains contrôles sur les activités « sensibles ». Mastercard dans un certain nombre cas, accepte qu’un service comme Max s’occupe du contrôle de son côté et donc l’émetteur n’a pas la finalité exacte. Toutefois du côté de Visa, l’agrégation doit être « transparente », ils parlent de « pass-through ». En clair la donnée exacte doit être envoyée à l’émetteur de la carte finale.

Curve avait d’ailleurs fait de cette contrainte un argument commercial en parlant du lancement de leur nouveau service « Dynamic Merchant Category Code (MCC) » pour améliorer l’expérience client.

Visa veut donc éviter le « cash recycling » ou le « quasi cash advance », une méthode qui permet d’avoir par exemple des liquidités sur une carte de crédit (ou débit différé). La banque finale doit donc savoir que cette transaction au travers du service Max est en réalité un retrait d’espèces. Libre à elle de passer l’opération en débit immédiat dans ce cas.

C’est par exemple ce qui a nécessité une actualisation du service par Revolut afin d’utiliser un MCC cohérent pour le TopUp afin que les banques sachent que ce n’est pas un paiement, mais un transfert d’argent. Elles pouvaient donc passer en débit immédiat (tel un retrait) le chargement d’un compte Revolut, car c’est un transfert d’argent.

Il y a 4 codes MCC qui gravitent autour de ce « transfert d’argent » il est clair que Visa est très exigeant là-dessus. Mastercard fait preuve de « tolérance » mais exige que l’agrégateur fasse des contrôles ou mette une dissuasion relativement basse avec des frais par exemple.

Côté « CB » sur cette politique du MCC c’est un peu « ça ne nous concerne pas, réglez ça entre vous », donc il n’y a pas de position ferme du réseau sur ce point. Il faut dire qu’officiellement les « agrégateurs de cartes » n’ont pas de statut légal. Il n’y a pas de règle pour cette activité, ils opèrent dans un flou réglementaire et sont assimilés à du chargement de compte.

Au vu des exigences de Visa, c’est ce point qui  semble le fond du problème entre Max et Visa. Cela justifie l’évolution de Curve afin de faire du « pass-through » concernant le MCC, mais également les évolutions qu’on a pu constater chez TransferWise, Revolut, boon et d’autres concernant la catégorisation MCC de la transaction TopUp.

Conclusion

Sauf faute manifeste, Visa n’est jamais fermé à la discussion et à un retour de la relation commerciale. Par conséquent, une fois les griefs résolus, ils ouvrent à nouveau les vannes. Libre donc au commerçant, Max ici, de satisfaire les exigences du réseau afin de pouvoir transiter à nouveau dessus et accepter les cartes Visa sur VisaNet.

L’impact actuel est très limité. Max n’était pas ouvert à l’international, les clients Max ont majoritairement des cartes dites « cobadgées » ou alors émises sur le seul réseau Mastercard. On constate très peu de cartes non cobadgées, par exemple celles d’Orange Bank, la Ultim de Boursorama Banque. Dans les cartes plus exotiques ou confidentielles, on trouve Revolut, iCard… qui émettent sur Visa uniquement. La problématique pourra se poser quand des banques vont quitter « CB » comme ce fût le cas avec ING, Carrefour Banque, Banque Casino, Fosfo chez Fortuneo, Cpay chez Cetelem… On sait que plusieurs acteurs faisant du cobadgé avec CB+Visa sont en discussion pour sortir du cobadge et ne faire que du Visa afin d’apporter le 0 frais en devises à leurs clients. Ces cartes là deviendront alors incompatibles avec Max si la situation n’évolue pas chez Max.

Selon nous, cette situation n’est pas problématique car pour un client Orange Bank, il peut faire un virement sur son compte Max, un client Ultim peut directement utiliser sa carte à défaut de faire un virement instantané vers Max. Les plus déçus seront ceux qui profitaient d’avoir du « cash » avec une carte à débit différé chez Orange Bank, voir même Apple Pay en différé chez Orange Bank. A ces profils on aurait tendance à poser la question « pourquoi n’êtes-vous pas chez Fortuneo ? ».

Il n’y a donc aucune polémique à faire sur cette situation, ni à tirer des conclusions de sécurité. Si notre hypothèse d’un problème de « cash » s’avère exacte, il faudra peut peut-être s’attendre à un changement de politique de la part de Max sur les opérations assimilées à du « cash » quand une carte « CREDIT » est liée à Max.