CB disparait des cartes premium délivrées par Banque Populaire Caisse d’Epargne

Carte Visa BPCE

Depuis quelques jours, plusieurs questions nous parviennent concernant les nouvelles cartes Visa envoyées par le Groupe Banque Populaire Caisse d’Épargne. Ces dernières intègrent plusieurs changements dont nous allons traiter dans cet article.

La fin de l’embossage

C’est visuellement le point qui surprend le plus, ces nouvelles cartes sont lisses et n’ont plus les données comme le numéro, l’expiration ou encore le titulaire en relief. L’ensemble des éléments d’identification de la carte est reporté au verso de celle-ci.

Sur le recto, on retrouve donc l’identité de l’établissement, Caisse d’Épargne ou Banque Populaire, le logo du groupe Visa, ainsi que le soutien aux Jeux Olympiques de 2024 qui se dérouleront à Paris. Sur le verso, on aura l’identification du titulaire, le panneau de signature, le type de fonctionnement (DEBIT ou CREDIT), ainsi que le numéro de la carte selon la norme « Quick Read » poussée par Visa, avec l’expiration et le cryptogramme.

Toutes ces informations sont à présent imprimées sur la carte. Ce qui en fait une carte lisse, à l’instar des cartes prévues historiquement pour les clients fragiles ou en grande difficulté financière.

Terminé le cobadge, la carte n’embarque plus « CB » !

Ces 2 lettres que de nombreux français connaissent mais associent souvent à « Carte Bleue », est en réalité un réseau domestique Français nommé « Cartes Bancaires » ou GBC (Groupement des cartes bancaires CB).

Il y a de cela plusieurs décennies, il y avait bien un réseau portant le sigle « CB » et appartenant à Visa. Il a été démantelé par Visa, et les différents cadres se sont retrouvés dans des groupes comme Banque Populaire. Mais l’État s’étant saisi du dossier, il a soutenu la naissance d’un groupe d’intérêt économique nommé « CB » afin de garantir une souveraineté Française dans le processus de paiement. C’est d’ailleurs grâce à cette souveraineté que les différents incidents récents et répétés sur Visa et Mastercard n’ont pas paralysé les paiements en France.

En monétique, ce n’est pas vraiment un secret que BPCE et CB c’est « je t’aime moi non plus ». Il faut dire que BPCE est un peu la tête de gondole pour Visa en France. Le groupe suit ainsi tous les souhaits du groupe Visa.

Les cartes concernées par cette politique chez BPCE

Seules certaines cartes dites « haut de gamme » vont subir cette disparition de l’embossage et du cobadge.

Les cartes concernées sont donc les Visa Premier, Visa Platinum et Visa Infinite pour les particuliers. Les Visa Business et Corporate destinées aux professionnels sont également concernées.

La Visa « Classic » reste ainsi que la carte à contrôle de solde nommée Sensea ou Electron restent en cobadge pour le moment.

L’expiration des cartes concernées sera également repoussée d’un an, afin d’être valable durant 3 ans, contre 2 ans avant. Il n’y aura pas de remplacement anticipé, le renouvellement de votre carte pour cette nouvelle version interviendra au terme de la validité de votre carte actuelle. L’objectif pour BPCE, avoir remplacé toutes les cartes concernées avant les JO de 2024.

Bienvenue dans le monde de l’autorisation systématique

Il faut savoir qu’en France, seules les transactions s’effectuant sur le réseau domestique « CB » peuvent s’opérer en « offline préféré », c’est-à-dire sans autorisation systématique. Concrètement, cela veut dire que votre carte a la capacité de pouvoir approuver seule une transaction sans avoir besoin de l’aval de votre banque.

Ce mode permet à la fois une rapidité de paiement, mais également une résilience à pouvoir payer dans toutes les situations du quotidien. C’est une exception Française que plusieurs pays nous envient, bien que certains aient déployés un mécanisme s’approchant du comportement de « CB », exemple en Belgique, Allemagne, Espagne, Pays-Bas, Danemark, Italie… La souveraineté des paiements est généralement une volonté politique.

Visa et Mastercard souhaitent que chaque paiement déclenche un contrôle avec l’émetteur de la carte. Par conséquent, même si le fonctionnement français n’est pas celui-ci, les terminaux de paiements devront s’y plier. Bien que cela rallonge souvent les délais de paiements, génère plus d’incidents… les transactions doivent se faire en « online » et donc le commerçant doit solliciter votre banque pour chaque paiement.

Fin de l’embossage, bonjour les galères

Historiquement, on gardait les cartes « lisses » aux cartes dites « electronic use only », c’est-à-dire des cartes imposant un accord de l’émetteur pour le paiement. Il était donc impossible chez des loueurs de prendre ce type de carte, le risque de défaut du client était trop élevé.

Depuis quelques années, Visa et Mastercard recommandent de quitter l’embossage qui n’a plus vraiment d’intérêt. Même des pays comme les États-Unis ou le Canada évoluent vers la norme EMV et donc la lecture de la puce. La fin de l’ISO (piste) et saisie manuelle (copie carbone des chiffres) avançant, les cartes embossées peuvent laisser place à des cartes « lisses » pour des raisons esthétiques, et potentiellement de sécurité.

Pourtant, malgré les communications répétées, nombreux sont les loueurs et professionnels du tourisme comme les hôteliers qui exigent des cartes estampillées « CREDIT » mais surtout en relief ! Même certains loueurs en France exigent encore des cartes en relief pour mettre à dispositif un véhicule qui serait payé par votre assurance auto.

Il faut donc s’attendre pour les voyageurs à certaines situations dites « friction » avec des professionnels qui refuseront votre carte. Le mieux est d’avoir avec vous une seconde carte embossée et estampillée « CREDIT » afin de palier à ces situations, et ne pas se lancer dans un « écoute commerçant, je vais t’apprendre la vie ».

Ce n’est pas une première en France

Le premier groupe à avoir ouvert la marche avec Visa c’était Boursorama lors du lancement de sa Visa Ultim. Celle-ci reprenait déjà la norme Quick Read de Visa ainsi que l’absence de cobadge et donc de « CB ».

Le groupe Boursorama a depuis étendu cette suppression de « CB » à sa Visa Premier lors des renouvellements. Si le client souhaite conserver sa Visa Premier et refuse de migrer sur la Visa Ultim, sa Visa Premier restera embossée, mais n’embarquera que le réseau Visa, passant ainsi en mode « autorisation systématique ».

Des établissements comme Fortuneo ont également retiré « CB » de leurs cartes. Toutefois, Fortuneo n’applique cette mesure qu’à sa carte Fosfo qui est l’entrée de gamme sans condition de ressources. Pour les cartes « haut de gamme », Fortuneo maintient pour le moment le cobadge afin de garantir une meilleure acceptabilité, mais sans garantie qu’ils conservent cette politique dans les prochains mois.

L’acceptation de la carte ne change pas

Dans certains commerces, vous pouvez voir uniquement le logo « CB » et non celui de Visa ou Mastercard en France, il en est de même sur certains sites web, bornes et autres dispositifs.

Le réseau « CB », contrairement à ses homologues Européens a toujours mis un point d’honneur à imposer Visa et Mastercard en même temps que lui. Donc 100% des commerces en France acceptent Visa et Mastercard, vous n’aurez donc aucun commerçant qui refusera votre carte au seul motif qu’elle n’a pas « CB ».

Vous pourrez avoir plus d’échecs de paiements, c’est-à-dire des paiements refusés, mais cela n’est pas en raison de l’absence de « CB », mais du fait que votre carte n’est pas en « offline préféré » et que le terminal ne parvient pas à solliciter votre banque pour obtenir l’accord de paiement.

Si un terminal ou un site n’affiche que le sigle « CB », sélectionnez-le afin de pouvoir faire votre paiement avec votre carte, même si celle-ci n’a pas le logo « CB ».

L’intérêt du groupe BPCE à supprimer le cobadge de ses cartes

BPCE va surtout y trouver un intérêt économique. Les commission interchange, c’est-à-dire payées par la banque du commerçant au groupe BPCE sont régulées. Cette commission est de 0.20% si votre carte est marquée DEBIT et monte à 0.30% si elle est désignée CREDIT. Il y avait toutefois des accords sur CB entre les membres pour ces commissions, en clair, ne pas se facturer celles-ci si la transaction était marquée « on-us ». BPCE devait toutefois payer la commission réseau, nommée « scheme fee » à CB pour chaque transaction.

En basculant sur un réseau 100% Visa, les petits arrangements sautent. BPCE récupère non seulement 100% de l’interchange quand un client du groupe paye chez un commerçant. BPCE peut également négocier avec VISA afin de ne plus avoir de « scheme fee » à payer au réseau Visa. C’est donc une bonne opération pour le groupe.

Les cartes professionnelles

L’autre point encore plus intéressant concerne les cartes professionnelles désignées COMMERCIAL. Sur le réseau domestique CB, ce dernier a décidé de plafonner l’interchange à 0.90%, bien qu’il ne soit pas régulé contrairement aux autre modes DEBIT et CREDIT. En quittant CB sur les cartes, le groupe BPCE peut ainsi augmenter considérablement son interchange et s’aligner sur certains acteurs qui perçoivent en moyenne 1.80%, soit le double de ce qui était plafonné par CB. On imagine du coup pourquoi BPCE supprimé CB de toute la gamme dédiée aux professionnels.

Côté commerçant, les frais vont augmenter, car nombreux sont ceux qui ont un coût fixe sur les transactions domestiques avec des frais d’environ 0.40% sur chaque paiement. Lorsqu’ils encaissent des cartes dites « non CB », les taux sont parfois plus élevés, et lorsque ce sont des cartes « COMMERCIAL », alors c’est du réel pour la facturation sur ces types de contrats. Les commerçants verront donc leur coût de 0.90% augmenter s’ils ont beaucoup de clients professionnels qui payent avec des cartes du groupe BPCE.

Conclusion

Visa est en manœuvre pour reprendre la main sur les flux, et ainsi convaincre progressivement les établissements financiers de se passer de « CB ».

Ce n’est pas forcément une bonne chose pour le consommateur, car lors de la dernière panne du réseau VisaNet, les porteurs de cartes VISA se sont retrouvés pendant de nombreuses heures sans moyen de payer. Heureusement, les incidents sont rares, mais on dénombre plus de friction dans les paiements avec Visa qu’on peut en trouver avec « CB ». Les différents tests montrent d’ailleurs que le réseau « CB » opéré par la société STET s’avère plus réactif que celui de Visa ou Mastercard pour traiter les transactions.

C’est sans aucune surprise qu’on découvre que le groupe BPCE est le premier à généraliser ce retrait de CB sur les cartes haut de gamme en banque classique.

Généralement, les conseillers ont la main pour changer la carte et retourner vers une carte conventionnelle. C’est le cas chez Milleis qui s’était essayé à supprimer l’embossage sur ses Visa Infinite en permettant aux conseillers d’émettre de nouvelles cartes avec embossage pour régler les incidents vécus par les clients de feu Barclays.

N’hésitez pas à solliciter votre chargé de clientèle pour qu’il puisse voir dans quelle mesure il peut vous émettre une carte conventionnelle. D’autant que vous n’aurez pas de remise sur le tarif de la carte dépourvue de CB ni même d’avantages. Il aurait était judicieux du groupe BPCE de tabler sur une baisse substantielle de la cotisation en supprimant le cobadge, et surtout, supprimer les frais en devises à l’instar des services proposées par Boursorama.