Des cartes de crédit à à autorisation systématique

Comment des cartes à autorisation systématique comme celles délivrées par bunq ou Nickel peuvent être de statut crédit comme une carte à débit différé?

Un interchange européen unique par type de carte

Le règlement Européen UE 2015/751 du 29 avril 2015, entré en vigueur le 9 juin 2016, oblige tous les émetteurs à apposer sur leurs cartes la catégorie de cette dernière.
On distingue ainsi 3 grandes catégories de cartes :

  • DEBIT, PREPAID et GIFT (pour les personnes physiques)
  • CREDIT (pour les personnes physiques)
  • COMMERCIAL (pour les personnes morales)

Le but était de définir un interchange unique. C’est-à-dire la commission que touche l’émetteur de votre carte à chaque paiement que vous effectuez. Le taux est depuis le 9 juin 2016 identique pour tous les états membres de l’UE. Il est donc régulé pour les cartes destinées aux personnes physiques.
Pour les cartes « DEBIT / PREPAID / GIFT », l’interchange est fixé à 0.20%. Il passe à 0.30% pour les cartes « CREDIT ». Les cartes « COMMERCIAL » restent libres, bien qu’en France pour limiter les abus, le réseau CB a fixé la limite à 0.90%.

Les cartes « crédit » Nickel et bunq

On peut donc s’interroger sur les méthodes utilisées par  Nickel ou bunq pour parvenir à obtenir le statut « CREDIT ». Rappelons que le fonctionnement nominal de leurs cartes est en autorisation systématique avec contrôle du solde et séquestre. Un mode de fonctionnement qui est donc très loin donc d’un comportement de type débit différé ou crédit renouvelable.
En réalité, ils ne sont pas les seuls. On trouve par exemple en Allemagne la FinTech Fidor qui émet également des cartes en « CREDIT » alors qu’elles fonctionnent comme celles de bunq ou Nickel.
Ces sociétés détournent en réalité les règles de l’interchange. Pour cela, elles considèrent que leur fonctionnement est le mode nominal (par défaut), même si cela n’est pas réel.

Du offline en débit différé chez Nickel, des intérêts chez bunq

Chez Nickel, les paiements « offline » ou en « forçage » sont regroupés et débités 1 fois par mois. Bien que cela soit très rare, Nickel considère que c’est son fonctionnement « par défaut ». Nickel a donc obtenu, à la grande satisfaction d’une majorité de client, un interchange « CREDIT » pour sa carte bancaire.
bunq joue sur le fait que la date de valeur de l’opération c’est le 1er du mois suivant. Si vous faites un paiement le 6 avril, le 7 avril le commerçant confirme le paiement et la transaction est finalisée. La date de valeur comptabilisée par bunq n’est par le 7 avril mais le 1er mai.
Si vous êtes « Premium » ou « Premium SuperGreen » vous avez le droit à un versement d’intérêts. Le 1 avril vous versez 500€ sur le compte. Vous avez jusqu’à la fin avril différents paiements qui sont tous confirmés. Avec une date de valeur au 1er mai de vos paiements, bunq vous versera les intérêts sur 500€ comme si vous n’aviez rien dépensé sur cette somme.

Des pratiques légales mais discutables

Dans les 2 cas c’est très tendancieux, et jugé même « borderline » par les experts de monétique. Ces techniques permettent donc d’avoir le statut « CREDIT » et toucher non pas 0.20% mais 0.30% de chaque paiement que vous effectuez. Ce sont surtout les commerçants qui sont lésés par ce fonctionnement. Ils payent un interchange pour une carte « CREDIT » et donc subventionnent l’avance des fonds que fait votre banque. Mais dans le cas de Nickel ou bunq, il n’y a pas d’avance de fonds, car si l’argent n’est pas disponible, le paiement n’est pas accepté.
Curve s’arrange aussi en établissant certaines cartes avec un statut « Debit Mastercard Business ». Ce statut lui permet de prétendre à un interchange compris entre 1.10 et 1.70% du montant que vous payez.
Même si les décisions pour prétendre à un autre statut que « DEBIT » avec 0.20% d’interchange sont discutables, elles sont totalement légales et exploitent un vide juridique qui permet ainsi de décrocher le statut « CREDIT » et ses 0.30%.