Cartes prépayées : gare aux frais !

De nombreux lecteurs connaissent les cartes prépayées au travers de Fintechs qui proposent ce type de cartes à leurs clients. En réalité, l’existence, et le déploiement des cartes prépayées sont bien plus anciens que l’émergence des premières Fintechs en France ou ailleurs.

Nous n’étions pas dans l’optique de faire un article pour ce type de produit. Face à certaines recommandations vues sur les réseaux sociaux, il nous a semblé judicieux de clarifier la situation de ces acteurs.

PCS Mastercard

La société CreaCard, immatriculée depuis 2010 avec un capital de 343 840€, est l’une des doyennes des cartes prépayées en France. Elle fût connue à l’époque au travers d’un accord avec SFR pour proposer la carte « SFR Carte » aux clients de l’opérateur.

Les offres PCS Mastercard

Les cartes physiques sont au nombre de 3.

  • La carte « Chrome » ( qui n’a aucun lien avec l’offre de Nickel ) est facturée 9.90€.
  • La « Black » coûte 14.90€.
  • L’« Infinity » à 19.90€.

Une carte virtuelle facturée 4.90€ est également proposée aux clients.

Ces prix correspondent au coût d’achat de la carte. Il faudra ajouter le coût mensuel.

Les frais mensuels

  • 1.50€/mois pour la virtuelle.
  • 1.50€/mois pour la Black ou l’Infinity.
  • 2€/mois pour la Chrome.

L’offre la moins chère vous coutera donc 32.90€ la première année. Si vous voulez une carte dorée, il faudra opter pour la PCS Infinity et débourser 37.90€/an.

Les frais de rechargement

  • Rechargement par virement : 2% de frais.
  • Topup par carte bancaire : 4% de frais.
  • Coupons de rechargement chez les buralistes : 7% de frais.

Seuls les virements sociaux et salaires ne sont pas taxés et encore heureux ! Mais imaginons qu’un prestataire des minima sociaux reçoive ses allocations sur un autre compte. Virer l’équivalent du RSA soit 565€ sur sa carte PCS lui coûterait 11.30€.

Les frais de retrait

  • 1€/retrait en zone €.
  • 3€/retrait + 3% du montant retiré si l’opération est en devises.

Les frais de paiement et de virement

Naturellement les paiements en € ne sont pas taxés, mais en devise, ce sera 3% de frais. Les virements sortants sont facturés 0.90€/virement.

Les frais d’incidents ou annexes

  • Paiement ou retrait refusé : 0.20€.
  • Carte défectueuse, perdue ou volée : entre 8 et 15€ de frais selon votre carte.
  • Clôture de votre compte, envoi du solde par chèque ou virement : 10€ de frais.
  • Opération par SMS, renvoi du code PIN, consultation du solde, gestion du compte : 0.20€/opération.

PCS n’est pas en direct avec Mastercard. Il s’agit d’un distributeur des solutions Prepaid Financial Services, un établissement de monnaie électronique anglais.

Transcash

Historiquement, cet opérateur fonctionnait avec Raphaels Bank, un établissement anglais, et proposait des cartes sur le réseau Visa. Ils ont migré il y a peu vers Mastercard, et fonctionnent en qualité de distributeur d’une solution Wirecard au Royaume Uni.

C’est la société MFTEL (M.F TEL), immatriculée depuis 2005 avec un capital de 2 161 353 €, qui propose sous la marque Transcash de distribuer jusqu’à 4 cartes prépayées à chaque client. L’une est noire, considérée comme la principale, les autres sont rouges, elles peuvent être utilisées par le titulaire, ou fournies à un conjoint / enfant par exemple.

L’offre Transcash

  • Le coffret  initial comprenant une carte noire et une carte rouge est facturé 9.90€.
  • 10€ par carte rouge supplémentaire.

Comme pour les offres PCS Mastercard, vous devrez rajouter à cela les frais mensuels.

Les frais mensuels par carte activée

  • 1€/mois de frais de gestion.
  • 3€/mois de frais d’inactivité à partir du 4e mois sans transaction.
  • 5€/mois de frais d’inactivité à partir du 12e mois sans transaction.

Il vous en coûtera donc au minimum 21.90€ pour votre première année chez Transcash. Rajoutez 15€ supplémentaires si vous souhaitez une carte nominative.

Les frais de rechargement

  • Rechargement par virement : 2% du montant reçu.
  • TopUp par carte bancaire : 2% de la transaction.
  • Coupons de rechargement : de 5 à 8% environ.

Les virements sociaux et salaires ne sont pas taxés. Virer l’équivalent du RSA soit 565€ sur une carte Transcash, coûtera comme chez PCS Mastercard 11.30€ au bénéficiaire.

Les frais de retrait

  • 1.5€/retrait en zone €.
  • 3€/retrait + 3.5% du montant retiré pour une opération en devises.

Les frais de paiement

Les paiements en euros sont sans frais. Il vous coûtera 3.5% du montant de la transaction pour des achats en devises.

Les frais d’incidents ou annexes

  • Paiement ou retrait refusé : 0,30€ de frais par opération refusée ( code PIN ou CCV2 erroné, carte bloquée, etc.)
  • Renvoi du code PIN par SMS : 1€
  • Gestion du compte par SMS : 0,20€ par opération.
  • Remboursement de transaction par un commerçant : 0.40€. Ce montant est porté à 3% si le commerçant ne fait pas le lien avec la transaction originelle.
  • Remplacement de carte (perte, vol ) : 10€

Veritas

La Carte Veritas Mastercard est proposée par la société Klopercom. Retrouver des informations sur le site de Veritas relève de l’impossible. Ils font sans cesse référence à PFS (Prepaid Financial Services), à savoir le même organisme que celui utilisé par PCS Mastercard. Mais pour leur société, tout est obscure. Les mentions légales ou les informations concernant le RGPD n’identifient pas clairement cette société « Klopercom ».

En cherchant un peu, nous avons eu un sentiment étrange. Nous avons visité les forums de net-litiges.com, une association de défense des consommateurs. Dès qu’un témoignage relatant un fait négatif contre Veritas est publié, l’équipe en charge du forum semble avoir une pression pour supprimer les éléments émotionnels et clôturer rapidement le signalement. Nous avons pris le temps de comparer les comportements entre les commentaires contre Veritas et ceux contre d’autres acteurs. Nous avons tous eu cette impression qu’une pression plane, conduisant à épurer, voir vider de leur substance, les commentaires des plaignants.

L’autre point qui nous a interpellé c’est le design de la carte. La ressemblance avec une carte Gold d’American Express est plutôt troublante.

Dernier point qui nous met le doute sur Veritas, c’est qu’en France, la loi « Toubon » précise qu’un contrat doit être rédigé en Français entre une entreprise et un consommateur afin d’être recevable devant la justice. Chez Veritas, seul un contrat en anglais est disponible, et il ressemble étrangement à un contrat type de PFS. D’ailleurs le contrat indique que c’est entre vous et Prepaid Financial Services… Etrange, d’autant que Veritas n’est pas un département de PFS.

L’offre Veritas

  • L’achat de la carte bancaire / frais annuels : 29.90€
  • Frais mensuels : 0€
  • KYC (passage de l’offre BASIC à l’offre CLASSIC) : 8€
  • Frais de KYC étendu ( passage de l’offre CLASSIC à l’offre VIP ) : 50€. Il semblerait que cette offre ne soit pas disponible aux résidents français.

Chez Veritas, la cotisation se règle annuellement. Vous noterez la facturation de frais pour vérifier votre identité. Il vous en coûtera donc entre 37.90€ et 87.90€ la première année pour utiliser les services Veritas.

Les frais d’inactivité

  • 5€/mois de frais d’inactivité après 90 jours sans transactions.

Les frais de rechargement

  • Rechargement par virement : 2.49% du montant reçu avec un minimum de 5€
  • TopUp par carte bancaire : 3.80% de la transaction + 0.5€ si le TopUp se fait via SMS
  • Coupons de rechargement : de 4 à 7% ( 1€ de frais supplémentaire avec certains coupons )

Nous n’avons trouvé aucune indication sur l’absence de frais sur la réception de salaire ou prestations sociales. Recevoir l’équivalent du RSA sur un compte VERITAS coûtera donc 14.06€.

Les frais de retrait

  • 2.5€/retrait en zone euro
  • 2%/retrait hors zone euro avec un minimum de 5€

Les frais de paiement et de virement sortant

  • Les paiements en France sont sans frais.
  • Ils vous coûteront 0.70€ de frais à l’étranger.
  • Rajoutez à cela 1.99% de frais de change si il s’agit d’un paiement en devises.
  • Virement sortant : 2.49% de frais avec 5€ minimum.

Les frais d’incidents ou annexes

  • Clôture du compte : 20€.
  • Rappel du code PIN est facturé 2€/rappel.
  • Consultation du solde par sms : 0.5€

Sogexia

Il s’agit d’un acteur récent dans le secteur de la carte bancaire prépayée. L’ensemble de leurs services ont migré vers une licence luxembourgeoise. Ils repartent donc à 0 concernant la durée d’existence de leur société. Malgré leur arrivée récente sur ce secteur, ils ne sont pas pour autant les plus abordables en termes de frais.

L’offre Sogexia

  • Frais d’émission : 9.90€ pour la carte bancaire prépayée. La carte est valable 3 ans.
  • Pas de frais annuels ou mensuels.

Les frais de rechargement

  • Virement entrant : 2% de frais.
  • TopUp par carte bancaire : 2.5% de frais.

Les frais de retrait et de paiement

  • 1€/retrait en zone euro
  • 1€/retrait +2.95% de frais hors zone euro
  • 2.95% de frais sur un paiement en devises

Les frais d’incidents ou annexes

  • Rappel du code PIN : 1.50€
  • Paiement ou retrait refusé : 0.25€/opération
  • Frais d’inactivité : 3€/mois après 9 mois d’inactivité.

Les autres acteurs du secteur

Nous pourrions vous citer Toneo First et son offre à 5€/mois après avoir payé 15€ la carte Mastercard. Un forfait vous permettant de faire 10 paiements / mois après quoi, chaque paiement est facturé 0.80€. Mais dès que vous payez en devises, c’est immédiatement 3€ de frais, et au-delà de 10 paiements, c’est 3.80€/paiement en devise.

Nous aurions pu évoquer les cartes Mastercard ou Visa prépayées Neocash de Neosurf. Nous vous aurions surtout parlé de la difficulté à trouver des tarifs clairs.

La liste des sociétés qui proposent des cartes prépayées est longue. Toutes ont un dénominateur commun, les frais sont élevés et c’est un doux euphémisme. Nous sommes très loin des cartes prépayées comme celles que l’on retrouve dans les néobanques ou Fintechs.

Quelle cible de clients pour ces cartes prépayées ?

Toutes ces cartes communiquent sur des arguments comme « sans banque », « sans contrôle de solvabilité », « sans vérification Banque de France », « interdits bancaire acceptés », « fichés acceptés »…

Ces cartes trouvent écho auprès des personnes en situation de fragilité bancaire, par exemple suite à des incidents pour des remboursements de crédits (FICP). Mais elles s’adressent également aux personnes qui pensent qu’il est possible de « cacher » ses transactions et ainsi payer en toute confidentialité.

Une personne qui s’est vue refusée ou retirée une carte bancaire par une banque va chercher refuge auprès d’un tel organisme. On voit que cela n’est pas un marché de niche. En 2018, CreaCard qui distribue PCS Mastercard faisait un chiffre d’affaire de 25 954 000€. Transcash, pour sa part, ne préfère pas rendre public ses comptes. En étant le principal concurrent de la PCS Mastercard, Transcash doit se situer dans les mêmes niveaux. Pour Sogexia, toujours sur 2018, le chiffre d’affaire se monte à 3 872 800€.

Vous feriez une grosse erreur en supposant que personne n’utilise ces services. Vous seriez étonné de voir les clients en difficultés financière qui se rabattent sur ces solutions au lieu de faire valoir leur droit au compte.

Les cartes prépayées et leur rôle dans les attentats

Le 13 novembre 2015 à Paris et à Saint-Denis, la France fût touchée par des actes revendiqués par l’organisation terroriste État islamique. Lors de l’enquête, il a été mis en lumière que les cartes prépayées ont joué un rôle dans la préparation logistique des attentats.

Ces cartes, disponibles chez les buralistes (à ne surtout pas confondre avec Nickel qui n’a rien à voir là-dedans), furent dans le viseur de TRACFIN. Son patron a d’ailleurs indiqué qu’elles sont utilisées dans l’économie souterraine et dans la criminalité organisée. Depuis Novembre 2015, Michel Sapin, a poussé le renforcement du contrôle d’identité de ces cartes. Elles sont depuis limitées à 250€/mois avec uniquement des transactions autorisées en France.

Cela n’arrête toutefois pas les fraudeurs qui parviennent à contourner les procédures KYC, tout comme c’est le cas également dans de nombreuses Fintechs. Ce qui conduit de nombreux sites en ligne, surtout d’informatique ou d’électronique à refuser ces cartes. Soyons clair, les cartes prépayées souffrent d’une réputation sulfureuse et cela n’est pas spécifique à la France.

Les alternatives ouvertes aux clients

Le droit au compte

En France, vous disposez d’un mécanisme nommé « Le Droit au Compte ». Via ce dispositif, vous pouvez choisir un établissement bancaire qui aura l’obligation de vous accueillir, vous ouvrir un compte et vous délivrer l’ensemble des services de base, y compris une carte bancaire.

L’état encadre le coût de ces services spécifiques, y compris celui de l’offre destinée aux clients fragiles. Il ne faut ni avoir honte, ni être gêné de demander à son conseiller afin de bénéficier d’une offre client fragile.

Si vous n’avez pas de compte, faites la démarche auprès de la Banque de France, et sachez que JAMAIS un employé de la Banque de France ne portera de jugement sur vous-même ou votre situation. Ils sont là pour vous accompagner, vous guider et vous permettre d’accéder à un ensemble de services spécifiques avec des coûts nuls ou maitrisés.

Concernant les banques, il est vrai que certains conseillers peuvent se montrer hautain envers cette catégorie de clients. Mais si tel est le cas, vous avez le droit de changer de banque en mettant fin à la relation actuelle et en sollicitant auprès de la Banque de France une nouvelle ouverture. Là encore, aucun jugement, ils sont conscients que parfois il n’y a pas d’affinité avec certains conseillers.

Des frais évitables

Si le recours à une telle solution prépayée est opéré dans le cadre d’un sentiment d’exclusion du système bancaire, sachez que JAMAIS en France vous ne pouvez être exclu du système, cela est strictement impossible. Oubliez également le terme « interdit bancaire », vous ne pouvez JAMAIS être interdit de compte bancaire en France.

Il n’y aucun intérêt à payer des frais divers et variés comme par exemple sur les virements entrants que vous pourriez recevoir dans diverses situations. Avec un véritable compte bancaire, vous n’aurez aucune friction avec un fournisseur d’énergie, de téléphonie ou autre afin de faire accepter votre IBAN qui sera en plus français. A aucun moment il n’est indiqué sur l’IBAN que c’est un compte ouvert dans le cadre d’une procédure spécifique.

Conclusion

A notre niveau, nous ne voyons aucun intérêt à faire usage de ces acteurs délivrant des cartes prépayées. La France a depuis très longtemps mis en place des mesures pour l’inclusion bancaire, et cela peu importe vos origines, votre situation, votre historique.

Certains groupes bancaires comme le Crédit Agricole, le Crédit Mutuel (y compris Bretagne et Sud-Ouest), la Banque Postale… prennent intégralement en charge ces clients et les traitent avec la dignité et le respect qu’ils méritent afin de construire une relation de confiance saine et durable.

Il faut sortir de l’image que tous les banquiers seraient des escrocs ou des voleurs, cela est totalement faux. La très large majorité des conseillers sont là pour aider, soutenir et orienter le client. Il faut toutefois être dans le relation sincère et dialoguer avec le conseiller au lieu de le mettre devant le fait accompli.

Certaines personnes sont parties dans l’extrême et ne veulent plus rien entendre du secteur bancaire car ils ont été noyés sous les frais. Dans ces cas, accompagnez les vers des solutions comme Compte Nickel, ou Max. Ce sera une alternative à un compte bancaire, même si l’usage de l’IBAN dans certains cas (ex : opérateur mobile) pourra être source de problèmes, mais elles seront sur des offres plus proches des comptes classiques, et pourront migrer à nouveau vers une banque lorsque la confiance sera de retour.

Le Crédit Mutuel de Bretagne (Arkea) milite depuis quelques temps pour l’inclusion des clients fragiles. N’hésitez pas à toquer à leur porte, d’autant qu’ils peuvent ouvrir des comptes sur tout le territoire via leur site internet.