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Comment se rémunère votre banque grâce à l’interchange ?

Dans différents articles, nous avons évoqué le terme interchange. De quoi s’agit-il exactement ? L’interchange est la rémunération qui revient à votre banque après chaque paiement effectué avec votre carte en magasin ou en ligne.

Nous vous proposons de détailler son fonctionnement pour mieux appréhender d’autres articles à venir, notamment le cashback.

La régulation en Europe de IFR (Interchange Fee Regulation)

Avant juin 2016, l’interchange n’était pas régulé dans l’Europe. Les émetteurs étaient donc libres de fixer le pourcentage qu’ils souhaitaient.

En France, sous l’organisation du réseau CB, les banques furent auto régulées. Le taux se situait aux alentours de 0.50% pour l’ensemble des cartes émises pour les particuliers et les professionnels. C’est ainsi que la France fût incontestablement leader en Europe pour le nombre de commerçants acceptants la carte et cela même dans les milieux ruraux de l’hexagone.

Hors France, les banques exigeaient en moyenne 1.20% pour l’interchange. Un retour financier intéressant qui couvrait plus que le coût de fonctionnement. Ce taux élevé décourageait cependant les petits commerces d’accepter la carte.

Le 29 avril 2015, l’Europe décidait au travers du règlement 2015/751 de mettre fin à ces pratiques. Il faut dire que les fintech et néo-banques qui voulaient renverser les banques classiques pratiquaient les interchanges les plus élevés. Le but étant de gagner de l’argent sur chaque paiement, au détriment des commerçants qui devaient subir ces frais. Au 1er juin 2016, ce règlement est entré en application, avec une période de transition allant jusqu’au 9 décembre 2016.

Les mesures imposées par ce règlement :

  • Plafonnement de l’interchange à 0.20% pour les cartes DEBIT, PREPAID, GIFT et 0.30% pour les cartes CREDIT.
  • Interdiction de pratiquer le surcharging, cela était déjà interdit en France depuis toujours par CB.
  • Obligation d’imprimer sur la carte le type de cartes, et création d’un TAG EMV afin que cela soit indiqué sur la puce.
  • Choix de la marque par le client, c’est à dire de pouvoir choisir le réseau de votre carte (CB, VISA ou Mastercard).

Pour le consommateur, cela s’est surtout traduit par l’inscription de la mention CREDIT ou DEBIT sur toutes les cartes émises après juin 2016 par les banques. Mais cela a également signifié la fin de la surfacturation par certaines sociétés étrangères quand vous aviez une carte CREDIT, par exemple les compagnies aériennes.

Un règlement Européen très favorable aux consommateurs et ayant pour but d’être opposé aux 28 états membres.

Les cartes dédiées aux professionnels et marquées COMMERCIAL n’entrent pas dans le règlement. Elles sont donc libres sur l’interchange demandé. Seule la France a décidé de mettre une limite à 0.90% pour rester raisonnable. Nos voisins vont bien au-delà de ce pourcentage.

Les émetteurs de cartes en France n’ont donc pas eu de réelles différences. C’est surtout dans les autres pays que le règlement a été difficile à accepter. Plus particulièrement dans le monde des fintechs qui en faisait une source de revenus au détriment des commerçants.

A notre niveau, nous ne pouvons qu’applaudir ce règlement, qui met ainsi fin à certaines pratiques de surcharging par des transporteurs étrangers dès que vous choisissiez crédit pour régler votre billet.

L’interchange hors de l’Europe

En dehors des états membres de l’Europe, il n’y a pas de régulation, les pays sont libres. Il faut souligner que les pays membres de l’Espace Économique Européen (Norvège, Suisse,…) ont décidé de suivre ce règlement même s’il ne concernait pas ces partenaires.

Les taux d’interchange dans les autres pays avoisinent en moyenne les 3% pour les cartes CREDIT et 1,5% pour les cartes DEBIT

Avec de tels taux d’interchange, il est donc autorisé aux commerçants hors Europe de pratiquer le surcharging. Par conséquent, vous pouvez trouver des commerçants qui ajoutent 5% de frais si vous réglez par carte au lieu de payer en espèces.

Une régulation internationale à l’étude

Les réseaux commencent à réfléchir à une régulation internationale de l’interchange. Pour l’heure, quand un détenteur d’une carte américaine paye en France, ce sera la surprise pour le commerçant concernant les frais.

Dans la théorie, il peut bloquer ces cartes pour éviter d’avoir des frais trop importants. Dans la pratique, cela ne fait jamais, du moins dans les commerces physiques. Sur internet, il est déjà plus courant de filtrer les cartes.

Avec des interchanges élevés, il est ainsi possible aux émetteurs de cartes de proposer des reversements à leurs clients afin de les encourager à utiliser leurs cartes. Mais ce fonctionnement ne nous semble pas équitable pour les commerçants, surtout quand il est question d’un commerce de proximité comme une boulangerie.

La commission des réseaux : scheme fees

Le réseau domestique français CB

Le réseau CB en France ne perçoit pas de commissions lors des paiements. Son fonctionnement est subventionné par ses membres, à savoir les banques. En échange, les banques bénéficient d’avantages comme des coûts réduits sur les retraits, une gestion par CB des applications dans les TPE, d’un centre d’opposition universel 24/7 géré par CB,…

Les réseaux Visa et Mastercard

VISA et Mastercard ont également des coûts d’accès aux réseaux. Les 2 acteurs perçoivent une commission quand vous utilisez leur réseau, c’est la scheme fees.

Cette commission sert à VISA et Mastercard :

  • Pour payer leurs employés.
  • Assurer le fonctionnement du réseau pour que votre carte fonctionne en 24/7 partout dans le monde
  • Financer les services annexes comme le dépannage d’espèces, cartes.

Le réseau peut ainsi proposer des services comme la détection pro-active des fraudes. Fonctionnalité très prisée par les fintech qui en font d’ailleurs souvent un argument commercial et la mettent en avant.

La scheme fees est indexée sur le montant payé, elle augmente un peu tous les ans. En 2018, elle était approximativement de 0.12% du côté de VISA et 0.15% du côté de Mastercard. Il y a toujours eu une scheme fees plus élevée chez Mastercard afin de couvrir le panel de services proposés aux émetteurs de cartes.

Elle est négociable, mais à cette commission, il faut en plus rajouter le coût fixe de l’affiliation de votre carte au réseau. La marge de négociation sur la scheme fees reste très réduite, et relève du secret des contrats. C’est un levier commercial pour VISA et Mastercard. Bien qu’ayant une commission plus élevée, Mastercard est parvenue à séduire la majorité des Fintech en Europe.

C’est la banque émettrice qui paye donc la scheme fees à VISA ou Mastercard, selon le réseau de votre carte. Il y a donc tout intérêt à utiliser CB en France pour les émetteurs Français. Ils évitent ainsi de verser la scheme fees.

Le paiement de l’interchange

La règle de base entre les banques, c’est la défiance, elles ne font jamais confiance à une consœur. Il y a donc toujours un système de double contrôle. L’interchange est donc directement prélevé par la banque émettrice de la carte au moment où elle envoie l’argent à celle du commerçant. Elle est ainsi certaine d’avoir le montant de l’interchange souhaité.

La banque du commerçant refait un contrôle pour s’assurer que sa consœur n’a gardé plus que l’interchange déclaré à CB, Visa ou Mastercard pour le type de carte, et qu’elle respecte le règlement Européen.

Les frais payés par les commerçants

Le commerçant sera donc amputé de cet interchange, ainsi que des frais liés à sa banque, à savoir le service commerçant.

Grâce au règlement 2015/751, les commerçants ont une visibilité mensuelle sur les types de cartes encaissées et cela de manière détaillée. Ils peuvent donc savoir combien ils ont eu de CB, de VISA, ou de Mastercard, et quel type de cartes sur chaque réseau et pour quel montant.

Leur tableau détaille donc le montant de l’interchange que sa banque a réellement payé, et la marge qu’elle s’est faite sous la dénomination « service commerçant ». Il peut donc utiliser ce document pour négocier une baisse de ses frais mais aussi comparer avec les offres d’autres banques.

Si des commerçants nous lisent ou si vous voulez faire de la pédagogie auprès de ceux imposant encore un minimum pour les paiements cartes, il faut consulter le document « Récapitulatif Mensuel des Frais d’Encaissements » communiqué mensuellement par la banque. Il faut comparer le delta entre service commerçant et interchange qui correspond à la marge de la banque. Le but étant de ramener ce delta proche du 0.

Pour information, rien n’interdit à un commerçant d’imposer un seuil minimum pour accepter la carte. De même que rien n’interdit aux banques de prendre un frais fixe plus un pourcentage aux commerçants sur chaque paiement.

Les autres frais en lien avec l’interchange

A chaque paiement, votre transaction passe par différentes plateformes. On parle de processeurs de paiements.

En France, globalement les banques ont géré cela en interne. Cependant certaines comme BPCE, Crédit Agricole / LCL sous-traitent les flux à des spécialistes de la monétique. Il n’est donc pas étonnant de voir des banques confier leurs flux à Crédit Mutuel, Monext (Arkea), Lyra Network, Atos,…

C’est d’autant plus cocasse quand vous voyez des établissements comme BforBank déléguer à Monext (Arkea) cette gestion.

Côté fintech, bunq gère en interne tout son flux d’autorisations. Les autres acteurs sont chez GPS (Global Payments Systems), FIS (Fidelity National Information Services).

Revolut annonce depuis plusieurs années vouloir utiliser un système interne comme chez bunq, mais les années passent et ils restent toujours en sous traitance.

Internaliser ces traitements a un coût. Il est parfois plus simple de sacrifier une partie de l’interchange pour payer le processeur de paiements. Par conséquent, ces derniers prennent une commission sur l’interchange également.

Au final, il ne reste plus grand-chose pour l’établissement bancaire, quand il a reversé de l’argent à tout le monde en ne touchant que 0.20% du montant de la transaction.

Les évolutions de l’interchange en Europe

Le 29 avril 2019, l’Europe a décidé qu’il était temps de mettre un terme aux pratiques d’interchange pour les cartes émises hors de l’Europe et utilisées en Europe.

Grâce à Margrethe Vestager et ses collaborateurs, l’Europe a pu rendre contraignant les plafonnements des CMI interrégionales. C’est à dire l’interchange pratiqué, par exemple, sur une carte américaine qui serait utilisée en Europe.

En octobre 2019, les cartes VISA et Mastercard émises hors Europe seront donc ainsi plafonnées :

  • 0.20% en DEBIT et 0.30% en CREDIT lorsque la carte est utilisée physiquement (sans contact, puce ou piste).
  • 1.15% en DEBIT et 1.50% en CREDIT quand la carte est utilisée à distance (site internet, téléphone, mail,…).

Autant vous dire que la position de Margrethe Vestager n’a pas été accueillie avec le sourire par les émetteurs hors Europe. Ces derniers promettent des cashback de presque 2% à leurs clients disposant d’une carte CREDIT.

La Commission Européenne a d’ailleurs interdit à Mastercard ou à VISA de chercher à contourner la règle. Ils devront s’y plier et appliquer cet interchange à leurs partenaires et pour les cartes Mastercard, Maestro, Visa, Visa Electron et V PAY.

Comme nous le précisions, même si il est possible de filtrer les cartes, cela n’est jamais appliqué dans les commerces physiques, contrairement aux sites internet. Par conséquent, l’Europe a imposé le même interchange pour ces cartes. Quand il s’agira d’un paiement à distance, les commerçants pourront toujours filtrer, mais leur frais seront déjà drastiquement réduits.

Reste à savoir comment les émetteurs hors Europe vont réagir avec leurs clients. On doute cependant qu’ils acceptent de perdre de l’argent sur leurs systèmes de cashback.

Conclusion

L’interchange sert donc à payer différents services et à couvrir des coûts comme le remboursement de paiements déclarés frauduleux dont la banque doit supporter le montant.

C’est également un levier qui permet de rémunérer des partenaires. Certains comme Apple l’ont bien compris et n’hésitent pas à demander une part dès que vous utilisez Apple Pay.

Avec une carte offerte et un interchange à 0.20% qui doit être partagé avec un processeur de paiement, un réseau et un équipementier comme Apple, il faut de nombreuses années rien que pour amortir le coût d’émission de la carte.

Ne pensez pas que Mastercard ou VISA travaillent gratuitement. Lorsqu’ils font le change pour les fintech, ce n’est pas gratuit et ce n’est pas compris dans la scheme fees…

L’Europe a effectivement décidé un interchange très faible, considérant que la monétisation ne devait pas se faire au détriment des frais supportés par les commerçants, et que ce serait un frein au déploiement des TPE. C’est donc aux émetteurs de trouver comment couvrir les coûts des paiements, par exemple, en facturant les cartes, et non aux commerçants de payer.

La logique de l’Europe nous semble totalement cohérente. Car plus les frais sont élevés, plus le commerçant va répercuter cela sur le produit ou le bien. Au final, tous les clients payeront davantage pour ceux qui utilisent la carte.

Alors cela est aussi vrai pour les impôts avec l’utilisation des routes pour ceux n’ayant pas de voitures, mais ça c’est un débat politique et non monétique. En monétique, on préfère que tout soit équitable et juste pour tout le monde.

Certains couvrent l’Europe de reproches, mais au niveau monétique, on ne peut que féliciter les équipes et les travaux qu’elles conduisent. Les prises de positions et les mesures imposées aux différents acteurs du paiement sont bénéfiques pour les consommateurs.

Les cartes professionnelles (COMMERCIAL) et les cartes spécifiques (Titres Restaurant, American Express, JCB, CUP, Diners Club, Discover) émises en Europe sont pour le moment exclues de toutes régulations.

Nous aurons l’occasion de revenir sur les cartes spécifiques au travers d’articles dédiés, notamment sur le fonctionnement de ces fameuses cartes Titres Restaurants. Cartes très critiquées par les professionnels en raison des frais qu’ils doivent payer… spoiler alerte… elles tutoient les 3.5% de frais par paiement ! de quoi faire passer les cartes américaines pour des petites joueuses…