Curve, Max… l’agrégation une bonne ou une mauvaise idée ?

Dans les articles précédents, nous vous avions détaillé le fonctionnement de l’agrégation. L’intérêt que cela pouvait apporter. Aujourd’hui, nous vous proposons de revenir sur cet aspect après les retours d’expériences, l’usage mais également les évolutions du secteur bancaire.

Curve, leader et précurseur dans l’agrégation

La fintech anglaise, a commencé à revoir sa politique tarifaire. 2 offres payantes sont aujourd’hui disponibles chez Curve dont une réservée au marché UK pour l’instant. En passant tout comme Revolut, il y a quelques mois, du taux Mastercard au taux interbancaire, Curve a supprimé la majoration lors d’un paiement en devises. Le week-end, si votre carte liée à Curve est en EUR, GBP ou USD une marge de 0,5 % sera appliquée au taux de change.

Concernant les tarifs, Curve conserve son offre gratuite mais passe l’offre Black à 9,99£ (ou 9,99€) et ajoute une offre Metal à 14,99£ (accessible uniquement aux clients anglais).

On rappelle rapidement qu’au delà de 10 retraits par mois (calendaire) chaque retrait sera facturé 0,50€. En terme de dépenses, au-delà de 500£ (Blue), 15000£ (Black) et 60 000£ (Metal) des frais de 2 % seront perçus par Curve sur le taux de change. Sur la partie retraits, les limites sont respectivement de 200£, 400£ et 600£ par mois sur les 3 offres. Au delà, un taux de 2 % sera perçu ou 2£.

Max vous propose 2500€, dans la limite de 45 opérations, par semaine en paiement et 500€ dans la limite de 5 retraits. Au-delà les opérations sont bloquées sauf dérogation temporaire pour les paiements.

Face à un Max, un résident Français a-t’il encore un intérêt à utiliser Curve ?

Les tarifs de Curve nous semblent cohérents avec la réalité économique du secteur et des coûts. Ils ne sont donc pas disproportionnés. Ils montrent une volonté chez Curve de pérenniser le service et débuter sa phase de rentabilité. C’est donc très positif et encourageant, au même titre que N26 ou Revolut qui ont lancés leurs offres payantes.

Les points de dépenses étant nombreux dans un circuit d’agrégation la gratuité nous semble totalement illusoire sur le long terme. Sans intégrer le coût de la masse salariale, le simple usage n’est pas gratuit pour Curve, Max, Revolut ou N26. Il faut donc une offre payante et un taux de conversion vers cette dernière afin de pérenniser et fiabiliser le produit.

Curve garde également un avantage indiscutable, ils ont parfaitement intégré les problématiques dès le départ sur les rejets possibles (péages, parking et autres situations exotiques) à l’instar de N26.

Là où Max réduit comme peau de chagrin les cartes qui peuvent êtres agrégées (passage de 15 cartes à 10 puis finalement 5 et restriction sur le type de cartes et localisation des cartes), on voit au contraire que Curve est clairement dans l’ouverture en acceptant tous les types de cartes y compris les prépayées comme Revolut.

Les offres payantes de Curve sont, comme nous l’indiquions, en phase avec une réalité économique et une volonté de ne faire que de l’agrégation de cartes et ne pas se disperser sur d’autres secteurs déjà saturés. L’ajout de diverses assurances au sein des offres payantes amènent également un plus à Curve toujours en cohérence avec le coût de l’offre, c’est AXA qui est retenu pour apporter ces prestations d’assistances et assurances.

Curve est donc plus cohérent que Max dans le tarif ?

Cette question peut se poser, mais les 2 produits n’ont pas imaginés leur offre de la même manière.

Max est encore jeune et en phase de recrutement. La question de la rentabilité se posera pour eux dans les prochains temps. Pour l’heure, tels les débuts de N26, Revolut ou Orange Bank, les pertes sont prévues dans le plan de lancement. On retrouve d’ailleurs cette même mentalité dans les banques en ligne, les pertes sont presque « normales » pour ces services.

Dans les dernières publications concernant Max, on voit que le modèle de la rentabilité se dessine par le traitement de la donnée que Max peut capter au travers de ses usages. Mais il n’est pas fait allusion à une offre payante, cela laisse donc penser que la contre partie de la gratuité sera l’exploitation de la donnée.

Ce modèle peut fonctionner. On voit que de nombreuses plateformes contre de l’exploitation de données, de la publicité (on retrouve ça chez Max au travers des partenariats) parviennent à avoir une rentabilité du service.

Max serait donc la première Fintech a être sur ce créneau d’une gratuité du service contre l’exploitation des données et donc suivre le chemin déjà tracé par des services comme Linxo ou Bankin.

Des services comme l’accès à conciergerie nécessitaient dès le début d’agréger un compte bancaire. Au travers des dernières publications, la raison de cette clause est donc expliquée, avoir de la donnée.

L’idée n’est pas mauvaise. Max est clairement précurseur dans philosophie. En s’adressant à un public relativement jeune voulant Apple Pay par exemple, Max saura trouver des clients prêts à échanger leurs données contre Apple Pay.

L’avenir nous dira rapidement vers quelle direction Max s’oriente. Soit s’aligner sur Curve et donc l’agrégation sera une priorité, soit s’aligner sur ce qui est proposé par N26 ou Revolut en terme de compte et donc prioriser ce volet du produit. Ou alors Max étoffera son produit sur le volet agrégation pour obtenir davantage de données.

Traiter la donnée, l’exploiter n’est pas quelque chose de sale, c’est très répandu. On cite à nouveau des services comme Google, il faut juste en être conscient, lâcher prise et se dire que ce n’est pas personnel et quelque part, c’est le prix à payer pour avoir du 0€.

Nous pensons toutefois qu’un modèle tel que Lydia, N26 ou Revolut est mieux apprécié dans le secteur financier car on touche à l’intime. Il est impossible de mentir quand une société a accès à vos comptes. On retrouve d’ailleurs chez Younited Credit le souhait d’accéder à vos comptes pour y fouiller également vos mouvements et apprécier ou non l’octroi d’un financement.

L’agrégation carte et la sécurité, est-ce encore compatible ?

Nous vous invitons à reprendre les articles traitant de la technique pour les détails, mais pour résumer, quand vous payez avec Max ou Curve, le paiement sera vu comme un paiement à distance sur votre carte.

Ce comportement impose donc de laisser les paiements à distance de votre carte activés et donc exposer votre carte réelle au risque de fraudes via ce moyen de règlement. Les banques poussent à désactiver ce canal de paiement pour augmenter votre sécurité, avoir recours à un agrégateur c’est aller contre les bonnes pratiques du moment.

On souligne toutefois, que si vous utilisez Max avec une carte Fortuneo cela fonctionnera même si les paiements à distance sont désactivés. En réalité Max court-circuite les flux classiques, ce n’est pas forcément très loyal, mais ça fonctionne.

Avec l’accroissement des tentatives de fraudes, lorsque votre banque vous propose un moyen de vous protéger de certaines situations à risque, il faut souligner que c’est bien de suivre les recommandations.

Quelle solution pour ne pas faire usage de l’agrégation mais recharger par carte ?

La question est très personnelle et va dépendre de vos attentes. Si on ne regarde que l’aspect sécurité et qu’on fait abstraction du mode de financement, le service le plus efficace reste incontestablement Revolut.

Revolut vous permet de charger votre compte au travers de votre carte actuelle, d’une virtuelle ou même Apple/Google Pay. Vous pouvez ainsi recharger Revolut en débloquant temporairement votre carte puis en la bloquant à nouveau une fois le rechargement effectué.

Dans un article sur l’évolution de bunq et sa politique, on soulignait d’ailleurs qu’à ce jour c’est Revolut qui offre le panel le plus large en matière de sécurités possible sur la carte. Depuis ils ont ajoutés de nouveaux mécanismes pour protéger votre compte des opérations frauduleuses, par exemple en limitant votre carte que vous débloquez vous même dans l’application ou en vous notifiant d’une erreur de cryptogramme.

L’esprit de Revolut est donc orienté sur l’indépendance de l’utilisateur face à l’outil sans avoir à solliciter le support. C’est parfait quand on aime être autonome et qu’on attend une réaction immédiate en 24/7.

Pour le moment Revolut pêche encore par le côté PREPAID de ses cartes. Même si en réglant au quotidien dans des commerces vous ne ferez pas la différence, ce niveau de carte est problématique pour les paiements à distance. Espérons que des travaux sont en cours pour basculer en DEBIT à l’instar des chantiers en cours sur le hors ligne ou encore le 3DSecure.

On se doit aussi de citer l’historique dans le secteur au travers de Nickel et son offre Chrome qui permet de charger votre compte instantanément par carte bancaire. N26 est en retard sur ce sujet, alors qu’on voit qu’Orange Bank va proposer le rechargement par carte.

Charger par carte est non seulement plus confortable qu’un virement, mais surtout, les détendeurs de cartes à débit différé apprécieront du coup de pouvoir dépenser au travers de Revolut, C-Zam, Morning, Lydia, Nickel,… avec des fonds différés.

En résumé :

Le risque avec l’agrégation est donc de voir l’opérateur (Max ou Curve) bloqué par votre banque, et donc un paiement refusé. Vous augmentez aussi le risque de rejets, par exemple Max a encore des ratés avec l’appréciation du risque et refuse les transactions en laissant la faute sur Mastercard.

L’idée de n’avoir avec vous qu’une seule carte n’est à ce jour qu’un doux euphémisme, il vous faudra toujours avoir une carte classique avec vous pour pallier aux rejets.

Cette affirmation est également vraie pour toutes les cartes punitives délivrées par les Fintech. Seule la carte N26 tire son épingle du jeu à ce jour en gérant relativement bien les situations exotiques avec des plafonds de tolérance confortables qui permettront de passer au travers des rejets.

Rien ne vous empêche, et c’est peut être ce que l’on peut vous recommander de mieux, de profiter du meilleur de chaque service. Par exemple, pour les retraits sans frais vous utilisez Max. Pour les paiements vous utilisez Revolut qui est dans les partenaires Apple Pay et Google Pay. Pour le compte de loisirs N26, le tout en gardant un compte traditionnel en France avec une banque en ligne comme Boursorama Banque qui est élue la banque la moins chère.