Épargner sans effort, la fausse bonne idée ?

Dans l’univers des FinTechs, de plus en plus d’acteurs proposent des solutions pour « épargner sans y penser ». Parfois, ce service est proposé gratuitement, mais bien souvent il est facturé. Nous vous proposons de voir si c’est une bonne ou une mauvaise idée d’utiliser un tel service.

Les livrets d’épargne réglementés

Avant d’envisager une diversification de son épargne sur différents supports, il est important de constituer une épargne de précaution. Dans cette catégorie de supports réglementés, on trouve plusieurs produits :

  • Le « A », avec un taux de 0.50%, pour un plafond de 22 950€.
  • Le « LDD », avec un taux de 0.50%, et un plafond de 12 000€.
  • Le « LEP », avec un taux de 1.00%, pour un plafond de 7 700€ (hors intérêts).
  • Le « Livret Jeune », avec un taux décidé par la banque, mais ne pouvant être inférieur à 0.50%. Le plafond est fixé à 1 600€ (hors intérêts). Il est accessible pour les jeunes entre 12 et 25 ans.
  • Le « CEL », avec un taux de 0.25%, pour un plafond de 15 300€. Un dépôt minimum de 300€ est nécessaire, et les versements libres sont de 75€ minimum. Aucun montant minimum pour le retrait, mais vous devez maintenir 300€ sur le « CEL ».
  • Le « PEL », avec un taux de 1.00%, pour un plafond de 61 200€. Un dépôt minimum de 225€ est nécessaire, puis 540€ tous les ans devront être versés. En règle générale, un versement automatique de 45€/mois est mis en place par la banque.

Les livrets « A », « LDD » et « LEP » sont les plus connus, et les plus utilisés. Ils permettent de verser librement, et retirer librement les fonds. Dans la très large majorité des banques, les flux entre le compte courant et le livret sont instantanés et immédiats.

Les taux d’intérêts

Les taux d’intérêts de ces produits sont fixés par l’État. L’explication tient du fait qu’une partie des fonds versés sur ces produits, sont transférés à l’État par l’intermédiaire de la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC). Pour simplifier, c’est comme si vous faisiez crédit à l’État, au taux décidé par le gouvernement. Les banques n’ont donc aucun pouvoir sur ces taux. La lourdeur de gestion de ces produits avec la CDC décourage même certains établissements à les proposer. L’une des légendes populaires est de croire que ces livrets rapportent aux banques, alors qu’ils sont un « coût » pour ces dernières. On trouve aussi l’idée que la banque « travaille » avec cet argent, alors que sur ces livrets réglementés, cela n’est pas le cas.

Constituer une épargne de précaution

Certains utilisent le terme « fonds d’urgence », d’autres « épargne de précaution », mais l’idée est la même. C’est mettre au minimum 3 mois de salaire de côté, idéalement 6 mois sur un livret. Vous constituez cette épargne au fur et à mesure que votre vie active débute. Il est conseillé d’utiliser le support « LDD » pour cette épargne de précaution, de manière à l’isoler de toute autre forme d’épargne.
C’est l’une des premières actions qui est recommandée pour apprendre à tenir un budget. En fonction des revenus, il est bien de consacrer entre 5 et 10% de son salaire pour le verser sur le « LDD » en cas de coup dur.

Constituer une épargne pour les projets

Le livret « A » joue plus un rôle d’épargne pour des grosses dépenses prévues. Par exemple une réparation à votre domicile, ou sur votre moyen de locomotion. Mais cela peut également être la budgétisation des vacances, ou de l’achat d’équipement / matériel.
Le « A » est donc plus un livret qu’on va créditer et débiter au fil des projets et des dépenses auxquelles on va être confronté ponctuellement et qui ne peuvent rentrer spontanément dans le salaire.
L’abondement dépendra essentiellement des projets que vous planifiez. Mais verser 50€/mois sur le « A », après avoir réalisé son épargne de précaution est un bon point de démarrage.

Constituer une épargne pour l’avenir

D’autres supports de placement existent, notamment pour la retraite ou un projet immobilier. Ces solutions peuvent être utilisées au début avec parcimonie, le temps de constituer une épargne de précaution. Votre conseiller peut vous proposer des solutions comme le PER (Plan épargne retraite), le PEL (Plan épargne logement), des assurances vie…
Le but des ces mécanismes, c’est de mettre de l’argent de côté qui ne sera pas accessible « en 1 clic ». Vous devrez dans certains cas « casser » le produit, ou faire un rachat partiel / total pour accéder aux fonds versés.
Ces produits sont destinés à des placements sur 5 ans et plus. Ils viendront avec des conditions fiscales spécifiques qui sont adaptées à cette durée de détention du produit.

L’arrondi comme méthode d’épargne

Cette méthode d’épargne a existé en son temps dans presque toutes les banques traditionnelles. À l’exception du LCL et de Monabanq, toutes ont arrêtées le dispositif. La réalité, c’est que ce mode d’épargne n’avait rien « d’intelligent » et de viable.
Le premier constat fait, les clients ne savaient pas épargner avec ça. Résultat, beaucoup transféraient du livret vers le compte l’épargne constituée avec des arrondis. Ce comportement est intrinsèquement lié à la carence d’une gestion budgétaire. Dès que quelques euros étaient épargnés, ils étaient dépensés.
La compréhension, de l’épargne est important pour mettre de l’argent de côté. Lorsque cela s’effectue avec un arrondi, cette compréhension n’existe pas, et cela s’avère nocif pour des projets d’avenir.
Les banques ont donc débrayé ce dispositif préférant orienter les clients vers des versements réguliers sur des livrets, comme par exemple un « A ». Le client était donc invité à verser 50€/mois pour constituer une épargne et intégrer cela dans son budget. Il était d’ailleurs très rare qu’un client parvienne à dépasser cette somme mensuelle avec les arrondis à l’euro supérieur après chaque dépense.
Pour l’intérêt des clients, l’arrondi a donc été supprimé par presque tous les acteurs.
Il est à noter qu’un arrondi est « incompatible » avec la tenue d’un budget. Car la tenue d’un budget est censée permettre de planifier au centime près vos dépenses. Donc un arrondi qui va vous faire dépenser une somme non planifiée n’entre pas dans cette rigueur budgétaire.

Payer pour économiser de l’argent : un non sens !

L’État a toujours été dans une optique de permettre de mettre de l’argent de côté et cela gratuitement. C’est d’ailleurs pour ça, qu’il est possible de disposer d’un livret « A » gratuitement dans une banque.
La démarche des pouvoirs publics est allée encore plus loin. L’ouverture d’un livret « A » est une obligation au sein du groupe La Banque Postale. Quelque soit votre situation, ou fichage, le livret « A » doit être ouvert dès que vous n’en détenez pas d’autre auprès d’un autre établissement.
Il n’y a pas de frais pour la tenue d’un livret « A », et il est même possible d’y domicilier certains prélèvements de première nécessité. Vous pouvez l’utiliser pour ce qui touche à l’eau, l’électricité, le gaz et autres dépenses vitales.
C’est presque un « compte », mais avec des limites et une carte de retrait permettant d’accéder à son argent à tout moment.
Payer un abonnement à un service pour « économiser », est donc un non-sens, et contraire à la volonté des pouvoirs publics. Pire encore quand vous devez payer pour récupérer vos fonds, ou qu’ils ne sont même pas rémunérés.

Conclusion

Épargner sans y penser, sans douleur… ou tout autre formule est contraire au principe de budget. Une épargne on y pense, on la budgétise et on la garde constante. Si on se dit qu’avec un arrondi on peut mettre 10€ de côté, alors on augmente son versement libre de 10€ et on adapte au besoin.
Image par Kevin Schneider de Pixabay