FinTech 100% française.

Après l’argument du « temps réel » on voit naître une mise en avant du « 100 % français » dans les FinTechs. La question se pose d’un tel intérêt. Est-ce purement marketing, ou peut-on y trouver son compte ?

Compenser les carences par « c’est français ! »

Lorsqu’on touche à des secteurs stratégiques comme l’alimentaire, il n’y a pas de doute possible, consommer local est souvent bien meilleur que les produits importés. Encore faut-il trouver les bons producteurs locaux.
Nous pouvons tous reconnaître que gustativement, ces produits locaux permettent de redécouvrir des saveurs oubliées. Et bien souvent, des produits qui retrouvent leurs substances nutritives pour notre organisme.
Mais dès qu’on touche aux services, comme la finance, l’assurance, aux équipements comme les mobiles, aux services comme les plateformes vidéos, le consommer français perd de son intérêt rapidement.
En règle générale, dans la finance et l’assurance, la mise en avant du « 100% français » n’est ni plus ni moins qu’une façon de balayer le fait que le service est inférieur aux concurrents.

La cohérence du « c’est français ! »

Cette notion du « Made in France » en finance, c’est comme la notion d’écologie. C’est du marketing plus ou moins tendancieux, car derrière ce marketing se cache une toute autre réalité.

Les FinTechs françaises et CB

Si on parle d’un service « 100% français », à minima la FinTech doit proposer « CB » en complément de Visa et Mastercard. Il paraît logique que si son argument c’est de défendre un produit français, elle doit utiliser des solutions françaises.
« CB » est ouvert à tous les acteurs qui le souhaitent. Il suffit simplement de s’affilier au réseau et de délivrer des cartes cobadgées comme le font les banques traditionnelles et banques en ligne. La FinTech y trouve rapidement un intérêt. Le réseau « CB » apporte des avantages et des coûts réduits lorsqu’on utilise la carte majoritairement en France.
Pourtant, on constate que tous les acteurs qui prônent un service « 100% français » font l’impasse sur « CB ». A partir de là, il est aisé de comprendre que le « Made in France » est juste un argument marketing sans implication derrière.

Les Fintechs françaises et l’hébergement chez Amazon ou Google

Amusant également de voir que des FinTechs, mettant en avant le « 100% français », vont héberger leurs services chez Amazon. Autant ne rien dire sur le « 100% français » et juste proposer son service en le mettant à niveau de ce qui existe chez la concurrence. Ne parlons même pas de l’usage d’outils de support étranger au lieu de préférer ceux disponibles en France.

Se priver de mieux car « c’est français ! »

Il est indéniable que dans la FinTech, Revolut et N26 font figure de taulier. C’est d’ailleurs Revolut qui est de plus en plus connu par une population totalement étrangère au milieu bancaire ou financier.
Combien de personnes sont disposées à quitter Youtube pour Daily Motion ? A quitter Apple, Samsung pour des marques 100% françaises comme Crosscall ou Archos ? Abandonner Amazon pour Cdiscount ?
Les marques françaises ne sont pas mauvaises, mais est-il réellement intéressant de parfois régresser pour le principe de consommer « français! » ?

On n’a pas les mêmes moyens car « c’est français ! »

C’est un argument qui revient souvent pour justifier des carences dans le service proposé. Un parallèle est fait entre N26 et Revolut plus de 5 ans après leur lancement et l’acteur fraichement lancé. Les montants des levées de fonds sont donc comparées, mais c’est un faux débat.
Lors de leur lancement dans toute l’Europe en 2015 pour Revolut et N26, leurs levées de fonds n’étaient pas conséquentes. Ils ont fait avec des petits moyens. Les 2 sociétés ont su montrer qu’elles savaient proposer quelque chose d’intéressant. Les investisseurs ont suivis au fil des années.
Il faut donc comparer les nouveaux acteurs se lançant, avec Revolut ou N26 en 2015. Et là, ça fait mal, car Revolut par exemple proposait une offre très complète déjà en 2015. Elle n’a d’ailleurs pas fondamentalement évoluée depuis. Quelques briques se sont ajoutées, mais le cœur du service est resté inchangé.
Ce n’est pas spécifique à la FinTech, mais lorsqu’on entre dans un marché, il faut être au moins au niveau des concurrents. Quel est l’intérêt d’ouvrir une salle de sport avec des machines datant d’un autre âge, des coûts plus élevés que la concurrence ? Aucun, si une salle de sport se lance, elle doit composer avec ses concurrentes et être au même niveau en termes de service, tarifs, matériel… sinon le client ira voir ailleurs.

C’est plus cher car « c’est français ! »

Encore un argument qui revient souvent sur la table. Autant il peut être réel l’agroalimentaire, autant dès qu’il touche au service, et plus généralement aux biens virtuels, cela n’est plus vrai.
Lorsqu’on se lance dans un secteur hyper-concurrentiel, il faut pouvoir se mettre immédiatement à niveau. C’est une règle de marché, on ne peut pas arriver en 2020 avec des offres telles qu’on les connaissait en 2014 chez les FinTechs.
Il n’est pas toujours agréable de s’entendre dire qu’on est à la traine, mais les clients sont exigeants, et ont raison de l’être, c’est ce qui pousse les acteurs à se surpasser et à avancer / innover.
On voit d’ailleurs que l’appétence et les exigences des clients ont obligé des acteurs historiques comme Fortuneo ou Boursorama Banque à revoir leurs positions sur les opérations en devises. Dans le cœur du système financier, on voit les clients comme des locomotives. Ils donnent le rythme, c’est ensuite aux acteurs du milieu du suivre ou de décrocher. De notre regard, c’est profitable à tous. Preuve en est, la suppression des frais pour les devises chez Fortuneo a été très bien accueillie. Ce n’est qu’un des nombreux exemples, car on pourrait citer également la gratuité des cartes Visa Premier ou Mastercard Gold  avec leurs assurances complètes.
Dans le monde de la FinTech, on peut faire du « 100% français » avec les mêmes normes que celles proposées par Revolut ou N26, c’est-à-dire à minima une gratuité dans les devises. Surtout si en plus on fait l’impasse sur CB…
Rien ne peut justifier en FinTech que ce soit plus cher en France. Les règles, et les normes qui régulent ce secteur sont européennes. Par conséquent, les mesures prises par les autorités de tutelles européennes s’appliquent à tous les acteurs.

On vous dit que c’est mieux car « c’est français ! »

Se contenter de dire qu’un produit est mieux qu’un autre au seul motif qu’il est français est un non-sens. Prenons l’exemple du paiement mobile sans contact sous Android. Combien d’usagers préfèrent une solution « Made in France » en lieu et place de Google Pay ou Samsung Pay ?
Même s’il est intéressant sur un plan sécurité d’avoir des solutions comme SIM-Centric, le « 100% français » sur ce point n’intéresse pas l’utilisateur. Ce qui l’intéresse c’est l’intégration, la facilité d’usage et la robustesse du service.
Entre un Paylib qui retourne des erreurs rien que pour l’initialiser et un Google Pay qui se met en place avec une reconnaissance de la carte, son choix est vite fait.
Il faut, raison gardée, regarder le bénéfice vs les problématiques à faire du « 100% français ». On voit d’ailleurs que les gens ne sont pas avares de critiques sur « Stop Covid » qui a préféré faire sans Google et Apple. L’intégration dans l’OS est inférieure à ce que propose Apple ou Google, et on ne parle même pas d’un coût financier. Le « 100% français » ne sera pas systématiquement meilleur qu’une autre solution.
De notre point de vue, mettre en avant « c’est français ! » est un non-sens. On ne parle pas de souveraineté ici, on parle de service, de prestations.

On est meilleur car notre IBAN « c’est français ! »

L’IBAN dans une FinTech n’a que peu d’intérêt, car rien ne justifie qu’on fasse de cet établissement son compte principal. C’est même plutôt prendre un gros risque, car les nouveaux acteurs tirent et discutent après. En clair, ils bloquent votre compte et étudieront ultérieurement la situation et leur disposition à rétablir le service. Vous pouvez donc vous trouver dans une situation critique. Une banque traditionnelle ne s’amuse pas à cela, d’abord elle discute, ensuite elle agit éventuellement avec un préavis de 2 mois, sauf faute extrêmement grave de votre part.
Quelque soit votre situation, vous disposez d’un droit à bénéficier d’un compte en France auprès d’un acteur historique avec une offre spécifique comprenant un ensemble de services. Optez toujours pour une banque traditionnelle en compte principal afin d’y domicilier vos revenus et vos opérations incompressibles.
Gardez les FinTechs pour les loisirs, et ne déposez jamais de grosses sommes sur ce type de compte. Pensez comme on pense en bourse, ne mettez pas plus que le montant que vous êtes prêt à perdre. Ainsi, si le compte est bloqué arbitrairement et sauvagement, cet argent ne vous manque pas et ne vous pénalise pas.
Que l’IBAN soit FR, GB, LT, DE, LU, toutes les FinTechs s’illustrent dans des affaires de blocage des comptes sans préavis, sans notification, sans explication.
Lorsqu’une FinTech est en compte secondaire, le pays de l’IBAN n’a aucune importance. Il suffit dans le pire des scénarios, de demander à votre banque d’autoriser les virements à distance vers ce pays. Certains vous demanderont d’attendre 24/72h pour le premier virement uniquement.
L’argumentaire de l’IBAN « FR » est pour nous sans fondement. On part du principe que le compte principal doit être détenu dans une banque traditionnelle. Vous aurez d’ailleurs nettement moins de friction avec des opérateurs de téléphonie, des organismes de financement en ayant un IBAN d’une banque traditionnelle.

Conclusion

Nous assistons actuellement à 2 tendances dans la FinTech : « le vert » et le « Made in France ». Que ce soit l’un ou l’autre de ces arguments, aucun ne peut justifier que le service soit inférieur aux tauliers du secteur.
Concernant les offres et services, on a envie de dire qu’on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs. Le secteur est tel qu’il est, et quand on y rentre, il faut bruler beaucoup de cash pour recruter des clients. Il faut être agressif dans l’offre pour accrocher le client et surtout le garder.
Les sondages sont unanimes et clairs. Les clients des FinTechs n’ont aucune fidélité envers un établissement spécifique. Seule leur banque traditionnelle a cette fidélité. Les autres acteurs sont des « kleenex », desquels on se sépare aussi vite qu’un claquement de doigt. Il suffit de voir les évolutions des avis qui donnent « meilleure banque » un autre acteur tous les mois. Mais les banques classiques gardent toujours la préférence, qu’elles soient physiques ou en ligne, même si la fidélité en ligne est plus faible qu’en agence.
Pour survivre dans le monde des FinTechs en n’étant pas absorbé ou en finissant au cimetière des acteurs, il faut tout donner, et dépenser sans compter. C’est à ce prix seulement que le recrutement se fera, tout en apportant les services attendus par les clients. Revolut et N26 ont fait ce pari, et il est gagnant. Ils sont connus même d’usagers qui ne s’intéressent pas du tout au monde bancaire. Plus étonnant, on voit que Max apparaît dans les discussions de ces personnes, alors que Curve par exemple est totalement inconnu.
Image par Pat_Scrap de Pixabay