Fraude aux chèques

Chèque

Gagnez dès à présent un complément de 1000€ régulièrement en restant chez vous !

Voilà le genre de promesses que l’on peut lire sur certains réseaux sociaux comme Instagram. Un argumentaire vous laissant penser que vous avez la possibilité de gagner de l’argent très facilement.
Au travers de 2 articles, nous allons vous présenter 2 types de fraudes actuellement très répandues sur les réseaux sociaux ou les sites de ventes de biens usagés.

La promesse du complément de revenus

L’offre est présentée aux victimes de différentes manières. Soit cela se fait via des messages sponsorisés, soit via des « recommandations » de son cercle, ou alors via un démarchage en direct.
La promesse change légèrement, mais la substance est toujours la même, « GAGNEZ FACILEMENT DE L’ARGENT ». Une rémunération vous est promise avec des sommes allant de 1 000 à 5 000€ en général. Une opportunité qui évidemment « se termine dans l’heure et est réservée aux 50 premiers inscrits ».
Les comptes Instagram, par exemple, sont souvent abondés avec des photos de vacances et semblent être actifs, comme pour dire « Moi je me paye ça avec mes gains, et toi tu vas en faire quoi de tes gains ».
Il y a souvent des témoignages, des captures d’écrans censées prouver la réalité du mécanisme. Ces captures sont réelles, mais ce sont celles de victimes avant que le piège ne se referme sur elles.

L’arnaque aux chèques

Quelles sont vos informations qu’un escroc cherche à obtenir ?

L’escroc prétend généralement vouloir un IBAN/RIB afin de vous faire un virement. Il explique que c’est fiable, totalement sécurisé et donc sans aucun risque pour vous, qu’au contraire, c’est lui qui prend un risque en vous faisant confiance. Par une méthode psychologique, il vous met dans une position vous laissant croire que vous avez le contrôle, et que vous pouvez l’entuber de cette somme et donc lui voler l’argent. De quoi renforcer la confiance.
Le but d’obtenir l’IBAN/RIB c’est d’obtenir le nom de votre banque, le numéro du guichet et le numéro de compte. Ces informations lui seront indispensables pour déposer les fonds sur votre compte, et via un virement comme il le fait croire depuis le début des interactions.

Le versement des fonds sur votre compte

Les fonds sont tout simplement crédités via le dépôt de chèques déclarés perdus ou volés. Ces formules sont généralement frappées d’oppositions, mais parfois ce n’est pas le cas, ou alors le fichage a expiré.
Il faut comprendre que lorsqu’un chèque ou tout un chéquier est déclaré perdu ou volé, vous devez confirmer la situation auprès de votre banque.
En cas de vol, il vous faudra effectuer un dépôt de plainte auprès des autorités compétentes. La banque enregistre préalablement votre demande et déclare donc le(s) numéro(s) auprès du FNCI pour le(s) chèque(s) concerné(s). Le FNCI est un fichier géré par la Banque de France (Fichier National des Chèques Irréguliers), une inscription doit être confirmée. A défaut, elle expire dans les délais prévus par votre banque.
Selon la situation, l’expiration intervient après 30 jours, il n’y a donc plus de trace dans le FNCI. Il est donc crucial de confirmer par écrit votre déclaration, elle vous engagera en cas de fausse déclaration de votre part.

Des établissements ciblés par les escrocs

Certaines banques comme Banque Populaire (y compris BRED), Crédit Agricole, Caisse d’Épargne, Société Générale, LCL, BNP Paribas… sont clairement plébiscitées par les escrocs pour ce type d’arnaque au chèque. La raison est très simple. Il est possible de déposer un chèque sur un compte de ces établissement sans qu’il y ait de contrôle automatisé. C’est-à-dire qu’un tiers peut déposer sur votre compte un chèque, en faisant une remise qu’il dépose dans une boite prévue à cet effet via une agence du groupe.
La remise est traitée le jour même ou le prochain jour ouvré, selon les modalités d’arrêté de chaque agence. Lorsque cette remise est traitée, l’écriture est mise en positif sur le compte de la victime. Le problème, c’est que les libellés ne sont pas toujours explicites. Quand il y a plusieurs chèques, il est parfois juste indiqué « remise guichet ». La mention « remise de chèque » n’est pas toujours explicite.
L’escroc connait très bien les délais pour qu’un chèque apparaisse au crédit. Il va rapidement solliciter sa victime pour savoir si elle a bien eu les fonds. Parfois, il n’hésite pas à demander une capture d’écran en indiquant que ça sert à prouver que ce n’est pas une arnaque… avec l’autorisation de la partager pour rassurer les prochaines « victimes ».
A ce stade c’est souvent l’euphorie chez les victimes qui n’en croient pas leurs yeux. Le compte est bien créditeur de la somme promise, et la notion de « c’est une escroquerie » s’éloigne…

Les banques exclues de l’arnaque

Toutes les banques ne sont pas « compatibles » avec cette escroquerie. Par exemple le CIC/Crédit Mutuel ne peut pas être retenu par l’escroc en raison de la politique interne du groupe.
Pour les dépôts de chèque, il faut disposer d’une carte bancaire, ou d’une carte « GAB ». Sans cet élément, l’automate ne laisse aucune remise être effectuée. Et il faut une carte ayant procuration sur le compte d’un tiers, si vous désirez déposer un chèque sur un compte qui n’est pas le vôtre. Cette première barrière rend compliqué, voir impossible l’encaissement d’un chèque sur le compte d’un tiers.
Ensuite, un second contrôle est opéré lors de la remise au travers d’une vérification de signature. Quand vous devez encaisser un chèque, il vous est demandé d’apposer votre signature au dos de celui-ci, c’est ce qu’on nomme « endosser ». Par cette signature, vous acceptez les règles et souhaitez qu’il soit encaissé sur le compte désigné (sur l’automate, la remise ou indiqué au dos du chèque). Si la banque contrôle et note une divergence, elle regarde généralement les procurations et si rien ne correspond, alors le chèque n’est pas encaissé. A ce stade le client est briefé qu’il y a un problème sur sa remise et il est invité à récupérer le chèque. Cela peut se produire s’il est périmé, qu’il manque une information…
Un dernier contrôle, les chèques passent immédiatement au FNCI via la lecture de la piste nommée CMC (les batônnets au bas des chèques). En cas de fichage, l’anomalie ressort instantanément et la remise est bloquée.
Si une banque suit l’ensemble de la chaine de contrôle, la possibilité de cette escroquerie est réduite à néant. La somme ne devrait pas apparaitre ou se trouver disponible.

L’encaissement des chèques : un fonctionnement propre à chaque banque

Le mode de crédit des chèques est propre à chaque banque. Certaines créditent au jour du dépôt, d’autres le lendemain, d’autres après 14 jours. Nous avons même vu des banques aller au-delà de 14 jours et appliquer une carence de 30 jours pour créditer un chèque sur le compte de son client.
Le chèque fonctionne en mode asynchrone, on pourrait dire « offline ». Votre banque traite la remise de son côté, puis le chèque est numérisé dans son système informatique en parallèle. En fin de journée, une remise globale de tous les chèques encaissés par ses clients est créée. Cette remise part sur la chambre de compensation STET, c’est celle-ci qui notifie la banque adverse qu’un chèque a été tiré du compte d’un de ses clients. Elle réceptionne l’information le prochain jour ouvré donc.
A partir de cette notification, la banque tirée va régler sa consœur, sauf s’il y a un problème. Par exemple, le compte est clos, le compte n’est pas suffisamment approvisionné, le tiré est interdit d’émission de chèque, le chèque est irrégulier (perdu/volé), un contrôle doit être diligenté…
Le sort du chèque n’est donc pas connu immédiatement. La banque tirée peut faire une « opposition » ultérieurement, exemple, le tiré n’a pas couvert le compte dans les 7 jours, elle rejette alors le chèque pour défaut de provision. Le tiré notifie sa banque qu’il a perdu son chéquier, et qu’il n’est pas à l’origine du chèque.
Parfois c’est également lors de contrôle. Par exemple la banque tirée obtient de sa consœur la copie du chèque endossée et constate une incohérence dans la signature, une surcharge, une prescription (chèque périmé). Pour ces motifs, elle peut demander l’annulation du chèque. Soyez vigilant, un chèque présentant une surcharge, par exemple réécriture d’un chiffre dans la date, ou correction dans le bénéficiaire, le montant, le lieu… peut se trouver rejeter.
Si vous avez un doute sur un chèque, vous pouvez l’encaisser mais demandez immédiatement à votre conseiller un « avis de sort ». C’est un dispositif qui permet à votre banque de contacter sa consœur afin qu’elle lui indique que tout est bon concernant le débit du chèque et qu’il n’y a pas de contestation enregistrée.
Vous l’aurez compris, les fonds peuvent apparaître en positif sur votre compte en raison du fonctionnement asynchrone des chèques. Certaines banques tempèrent l’encaissement afin de prévenir un « impayé » sur le chèque.

Le virement sortant depuis votre compte de victime

Au début de l’échange, l’escroc demande souvent une preuve des plafonds de virements, ou la garantie que vous pouvez effectuer des virements vers un compte détenu à l’étranger. Pour cela, soit il demande une capture d’écran de vos plafonds, soit la preuve que son IBAN est bien enregistré dans vos bénéficiaires.
Une fois l’argent en positif sur le compte, il vous demande donc de faire un ou plusieurs virements vers un ou plusieurs bénéficiaires. En général, les escrocs savent exactement combien de virements vous pouvez faire avant qu’une alerte ne se déclenche. Ils vont par exemple vous demander de faire 10 virements de 100€ le jour même, à 0h10, de recommencer l’opération.
Le but de l’escroc, faire que l’argent sorte le plus rapidement possible de votre compte. La raison vous vous en doutez, c’est d’obtenir la réalisation de ces virements avant que l’avis d’impayé ne soit émis et l’écriture extournée.
Un autre constat, ces escrocs arrivent à trouver les heures de vacations des banques. C’est-à-dire les heures après lesquelles il sera impossible d’annuler l’ordre de virement pour sa victime. On voit souvent une pression de mise sur les victimes afin que les virements soient effectués 10 minutes avant une vacation. Si le fraudeur s’y prend trop en avance dans la journée, il peut vous laisser le temps de la réflexion, et en cas de doute vous risquez de contacter votre banque qui annulera les ordres de virements. Le faire donc en dernière vacation ou de nuit, c’est s’assurer que vous ne pourrez pas annuler l’ordre, dans l’hypothèse où vous trouveriez finalement la démarche douteuse.
Toutes les banques font le même constat, les virements sont très largement opérés vers les comptes d’une FinTech en Allemagne. Nous n’allons pas citer son nom, le régulateur lui est déjà tombé à de multiples reprises dessus pour manquement à son devoir de surveillance. Il faut dire que les escrocs ne se cachent pas de parvenir à y ouvrir des comptes aussi facilement qu’on fait une adresse GMAIL. Les comptes sont ouverts avec des documents falsifiés ou volées (physiquement ou à la suite du détournement d’une adresse email d’un bailleur par exemple).
Encore actuellement, les fraudeurs y ouvrent très facilement des comptes et obtiennent des virements de leurs victimes sur ces comptes allemands. Certaines banques augmentent ainsi le risque sur le BIC de cette néobanque, même si cela doit pénaliser leurs clients légitimes qui y ont un compte et verser dessus de l’argent.

L’avis d’impayé sur la remise de chèque(s)

Le sort du chèque est connu entre 24h et 15 jours maximum. Il est très rare de voir un avis d’impayé au-delà de 15 jours, surtout pour du chèque perdu/volé ou sans provision / compte clos. Lorsque l’avis revient à votre banque, elle repasse l’écriture en débit du compte, avec le motif d’impayé.
Prenons un exemple, vous aviez 100 € avant que l’escroc ne fasse une remise de chèque d’un montant de 2 000€. Après cette remise, votre solde est de 2 100€. L’escroc est parvenu à vous convaincre de faire pour 1 800€ de virement vers son compte allemand. Votre solde est donc de 300€ après l’opération. La remise revient impayée, et donc le crédit extourné, votre compte passe alors en débit de 1 700€… Vous êtes à découvert en ayant perdu à la fois le montant de la remise, mais également de la somme virée, c’est presque du x2 en perte.
Votre banque peut toujours tenter la procédure « RECALL » afin de réclamer le retour des fonds. Toutefois, il faut que la banque adverse veuille bien coopérer, et dans le cas de cette banque allemande, c’est le silence… Même si les comptes sont bloqués avec les fonds de leur côté, ils ne sont que très rarement renvoyés à l’émetteur.
Bien souvent, les virements passent sous son radar et sont déjà ailleurs sur un autre compte. Alors elle répond que la procédure est impossible… ce qui laisse comprendre que le compte de l’escroc est déjà sec…

Les possibilités d’indemnisation pour la victime

Soyons honnête, même s’il y a un dépôt de plainte, la procédure ne va pas aboutir. Les informations de contact assignées à l’escroc sont éphémères et n’existent déjà plus… Le compte allemand a été ouvert avec des documents frauduleux… L’argent a tout simplement disparu…
A ce stade, en s’en prenant à une personne jeune, l’escroc vient de lui mettre un sérieux handicap dans sa vie. Quand le montant est relativement faible (moins de 2 000€) ce sera un choc mais pas insurmontable. Toutefois, quand la somme dépasse les 10 000€, ce n’est plus du tout le même registre pour la victime !
Le conseil qu’on pourrait donner aux victimes, c’est d’ouvrir le dialogue avec la banque. Ne pas hésiter à consulter un avocat pour défendre leurs intérêts. Il reste possible de soulever un manquement de la banque dans le contrôle de l’endossement du chèque. Cela reste très maigre, car avec la DSP2, les virements ont été validés par la victime et ne peuvent être mis sur le dos de la banque (pointer la négligence).
Certaines agences n’hésitent pas à clôturer le compte avec effet immédiat. Ils considèrent le client à risque et veulent s’en séparer sans délai. Elle vous rend indirectement complice de la fraude en ayant divulguer votre IBAN/RIB.
Le fait qu’il reste généralement une partie de la somme pour vous « rémunérer » de ce « travail », est une preuve pour la banque que vous étiez complice d’une activité illégale.

Conclusion

Lorsqu’une écriture se présente au solde de votre compte, vérifiez toujours de quelle écriture il s’agit. Cherchez à identifier s’il est question d’un virement ou d’une remise de chèques / espèces.
Si vous avez un doute, faites-en part à votre conseiller, car un virement peut se faire rappeler. Selon les banques, elles répondent toujours « OUI » et extournent l’opération de votre compte. Un dépôt de chèque peut revenir impayé comme nous l’avons vu. Une remise d’espèces également, car certains essayent de déposer de faux billets, selon le mécanisme de la banque l’écriture se met immédiatement en « positif » puis ils tentent de vous faire virer cet argent.
Comme écrit au début, nous allons vous présenter dans un autre article une variante de ce type d’escroquerie. En attendant, restez vigilant !