Green-Got, encore une néobanque verte ?

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Continuons notre série d’articles dédiés aux banques vertes. Après Helios, nous vous présentons aujourd’hui la FinTech française Green-Got.

Banque ou établissement de paiement ?

Tout au début, le site faisait état d’une licence d’établissement de crédit. A présent, une licence d’agent prestataire de service de paiement est clairement évoqué pour leur société. Il s’agit du même type de licence que celle utilisée par Yeeld ou Moneway par exemple.

Green-Got indique que les fonds sont protégés à hauteur de 100 000€. Ce sera effectivement le cas via le FGDR si Green-Got obtient son agrément et que l’établissement, auprès duquel ils seront agent, y est affilié.

Le société, de son véritable nom « DOMINO », est une SAS au capital de 5 000€ immatriculée le 8 juin 2020. Elle utilise l’appellation « Green-Got ». La société a été fondée par Maud CAILLAUX, et Andrea GANOVELLI.

Parlons cash !

Green-Got oriente très clairement sa communication sur le financement « carbone » des banques. Un discours qui revient souvent sur la table. Les arguments évoqués sont soit soutenus soit mis à mal selon le camp dans lequel on se trouve.

Prenons l’exemple de l’infographie disponible sur la page principale de green-got.com. Elle montre que le convoi des fonds serait une source de pollution. OK, nous ne pouvons qu’être d’accord avec cet argument. Pourtant, les espèces sont un point important pour une quantité non négligeable de personnes et une économie secondaire.

Des pays comme la Suède reviennent d’une société très ou tout « cashless ». Le tout numérique exclut les personnes âgées, handicapées… et vient créer une inégalité sociale. En Suède, une loi a donc obligé les banques à faire marche arrière rétablissant ainsi une liberté de choix.

L’offre Green-Got

De ce que nous comprenons, Green-Got se composera de plusieurs produits.

Un compte courant

Green-Got proposera un compte courant avec un cantonnement des dépôts.  Il sera donc très difficile pour ne pas dire impossible pour Green-Got d’investir dans des entreprises ayant leurs faveurs.

Une solution d’épargne

La FinTech verte devrait également proposer une offre d’épargne. Elle sera le levier d’un financement dans des entreprises validées pour la transition écologique par Green-Got.

Des remises éco-responsables

La FinTech devrait déployer un service proposant des remises chez des partenaires qu’elle aura approuvé « écologiquement responsables ».

Sur ce service, certains avanceront l’argument d’une consommation locale ou écologique. D’autres mettront en avant une incitation à la consommation.

Green-Got versus les autres (méchants)

La page principale du site propose un tableau présentant les différences entre Green-Got et les néobanques ou même les banques. Vous vous en doutez, et c’est de bonne guerre, Green-Got coche toutes les cases contrairement aux autres. Regardons tout ça d’un peu plus près.

Les notifications à chaque dépense

Nous vous invitons à relire notre article consacré à l’argument du temps réel. Les banques traditionnelles ne distribuent que très rarement des cartes à autorisation systématique et à séquestre. Elles auraient même tendance à privilégier un fonctionnement en toute autonomie en configurant les cartes en offline prefered. Pour ces 2 raisons, elles n’ont pas la remontée de chaque paiement, par conséquent, impossible de le notifier. Toutefois, Crédit Agricole par exemple permet d’avoir une notification à chaque paiement ayant touché la banque, même constat chez Crédit Mutuel et CIC.

Nous ne reviendrons pas sur les inconvénients des cartes à autorisation systématique et nous sommes conscients que cette fonctionnalité est aujourd’hui très demandée.

Les paiement en euros sans frais

Alors sur ce point, nous ne comprenons pas l’argument. On pense même qu’il s’agit d’une simple coquille. Aucune banque traditionnelle ne facture les paiements en euros. C’est même une obligation européenne de ne pas facturer les opérations en euros au sein de la zone euro.

Financement de la transition écologique sans frais

Sur ce point, aucunes néobanques et aucunes banques traditionnelles ne sont retenues.

Pourtant dans les néobanques gratuites qui financent des projets écologiques, on peut citer la FinTech allemande Tomorrow. Dans les banques, le Crédit Agricole propose un programme qui permet d’avoir des points. Ces Tookets peuvent être reversés au projet de son choix comme à des associations locales.

Reforestation à chaque dépense

C’est l’argument principal avancé par bunq et son offre Super Green. Tomorrow propose, non pas de planter mais tout simplement de préserver les arbres actuels. Donc on trouve cela dans les néobanques contrairement au tableau de Green-Got.

Avantages chez des partenaires éco-responsables

On trouve ces partenaires dans les banques qui ont un programme de fidélisation comme au LCL, voir même dans des néobanques comme Max.

Sur ce point, la seule différence c’est que Green-Got va limiter la liste à ceux qu’ils considèrent éco-responsables. Personnellement, nous préférons avoir l’embarras du choix et exclure les partenaires que nous jugeons contraire à nos propres valeurs.

Green-Got et son programme de reforestation

Pour le moment, aucun détail n’est disponible sur cette fonctionnalité soutenue par Green-Got. On sait uniquement qu’il est possible dans l’application de voir le nombre d’arbres plantés. On sait également que ces arbres sont mis en terre partout y compris en France. Le parrainage ou les paiements par carte seraient un moyen de planter des arbres.

Green-Got estime entre 1.50€ et 3.50€ la plantation d’un arbre et son entretien. Il faudra donc voir si Green-Got adoptera la même politique que bunq en plantant un arbre tous les 100€. La Fintech pourrait aussi avoir une approche différente pour comptabiliser le nombre d’arbres obtenus.

Sur cette fonctionnalité, beaucoup de questions restent en suspens. Sera-t-il possible de connaitre les lieux de reforestation ? Le compteur reposera-t-il sur les opérations réellement réalisées, ou sera-t-il possible de grossir le chiffre comme chez bunq, avec des autorisations simplement ?

Les services proposés par Green-Got

Gestion des plafonds

Les visuels disponibles de l’application semblent reprendre les anciennes couleurs et présentation de Tomorrow avant sa refonte graphique. Il s’agit donc d’une offre très axée mobile, avec la gestion des plafonds pour les retraits, et les paiements. À voir si c’est juste un visuel, ou une représentation réelle de l’application.

Mastercard ou Visa : Quel réseau pour Green-Got ?

Pour le moment, il n’est pas fait état du réseau de la carte. Dans les programmes Visa ou Mastercard, nous ne trouvons pas Green-Got.

Pour autant, cela n’a rien d’étonnant, car qu’agent, Green-Got ne sera jamais en direct avec les réseaux. Les programmes sont gérés en interne par les établissements. On parle de BIN Sponso dans le milieu. Pour faire simple, il s’agit de sous location de BIN.

L’arrondi

Un service d’arrondi serait proposé, mais sans plus de détail. A voir s’il sera possible de faire des abondements comme chez Revolut ou LCL à chaque paiement par carte.

La roadmap Green-Got

Un point nous intrigue dans les propos de Green-Got. Au travers de leur site, ils indiquent qu’ils sont en phase d’obtention de leur agrément. Ils indiquent qu’ensuite ils désigneront un organisme duquel ils seront agents.

Cette roadmap est possible lorsqu’on opte pour une licence en établissement de paiement.  On peut d’abord monter son dossier et ensuite communiquer sur l’établissement de cantonnement bien qu’il sera nécessaire d’indiquer son nom à l’ACPR lors du montage.

Toutefois, un agent est forcément lié à un établissement de monnaie électronique, de paiement ou de crédit. On ne passe pas une licence d’agent auprès de l’ACPR, elle se passe via le partenaire. Il est donc étonnant de lire qu’il n’est pas désigné mais qu’ils sont déjà en démarche avec l’ACPR pour être agent.

Gageons qu’il s’agit d’une simple coquille sur la FAQ, l’offre devant être lancée en fin d’année 2020.

Une offre exclusivement payante

Il est question d’une offre exclusivement payante. Pour le tarif, il se murmure que le prix sera autour des 6€/mois. Si cela est avéré, il en faudra beaucoup dans l’offre pour être compétitive. On craint, au vu du tableau de Green-Got, que les paiements en devises ne soient pas gratuits, contrairement à Tomorrow.

Green-Got dans les interviews

Green-Got pionnier ?

Au travers de plusieurs interviews, on constate que les fondateurs assurent être les seuls à proposer en France un service ayant un impact positif. Auraient-ils oublié bunq, Tomorrow et tous les concurrents qui arrivent ?

L’investissement dans les projets verts

Ils précisent que les fonds sur les comptes Green-Got seront investis dans des projets verts. Mais ils sont agents, et donc soumis au cantonnement des fonds. Les dépôts sur les comptes à vue de leurs clients ne peuvent donc être investis dans les projets considérés comme « verts » par Green-Got.

Andrea GANOVELLI rappelle plusieurs fois que les dépôts sur les comptes à vue seront investis dans des obligations vertes. Or une obligation est soumise à un risque de variation du capital, et donc une baisse. Un type d’investissement interdit en cantonnement par le Code Monétaire et Financier.

La chasse au Treezor ?

Une petite pique est lancée contre les néobanques qui travailleraient avec la Société Générale donc avec Treezor. Nous pensons que cette taquinerie est destinée à Onlyone, FinTech qui fera l’objet d’un prochain article. Onlyone a annoncé travailler avec Treezor, qui appartient aujourd’hui à la Société Générale.

On peut supposer que Green-Got ne travaillera pas avec Treezor sur ce projet.

Cette pique c’est aussi le signe que le fonctionnement de Treezor est méconnu. De part sa licence, le moteur de nombreuses néobanques françaises est soumis au cantonnement des dépôts. Il n’y a rien de schizophrène dans le fait de prendre Treezor en partenaire. Tisser une relation avec Treezor oblige à un investissement de départ conséquent. La filliale de la Société Générale ne propose pas ses services gracieusement.

Tomorrow cité comme exemple

L’exemple de Tomorrow est repris par Green-Got pour dire qu’il est possible d’investir les dépôts sur les comptes à vue. Mais le statut de Tomorrow n’est pas « agent ». C’est un service de la Solarisbank, titulaire d’une licence d’établissement de crédit. Il est donc possible pour Tomorrow de faire des investissements dans les projets ayant leurs faveurs. Il est donc important de ne pas mélanger les agréments et bien identifier qui a quel agrément, et qui peut faire quoi.

Conclusion

Green-Got est dans une politique de campagne médiatique. Leur site présente encore quelques incohérences ou coquilles. On retrouve également des propos étonnants dans les interviews quand ils se comparent à Tomorrow.

Le créneau de l’écologie est clairement une tendance lancée par Tomorrow et bunq. De nombreux acteurs existants, ou à venir, tentent de se l’approprier aujourd’hui.

Tomorrow était très clair sur les matériaux de leur carte, leur offre et cela bien avant le lancement. Chez Green-Got, on ne trouve pas d’engagement sur la carte. Onlyone a pris immédiatement une position sur les matériaux utilisés.

Si vous écoutez autour de vous, tout le monde est favorable à l’écologie. Tout le monde veut sauver la planète pour l’avenir de ses enfants. Combien sont disposés à payer environ 6€ par mois pour cela ?