Helios, pourquoi souscrire à ce Tomorrow français ?

Avant son lancement et dans une série consacrée aux offres vertes, nous avions consacré un article à Helios en soulignant quelques informations erronées concernant les licences, réglementations ou protection des fonds. Fortement inspiré de Tomorrow, la FinTech verte allemande, Helios est disponible depuis quelques mois en France. Quels arguments plaident en faveur de la jeune pousse française ? Nous avons testé l’offre.

Une FinTech et non une « éco-banque »

Depuis son lancement, Helios s’est très souvent approprié le terme « banque ». Que cela soit dans sa dénomination, ses slogans comme « construire une banque transparente et durable ».

Récemment, le régulateur français, à savoir l’ACPR a émis un rappel à l’ordre sur l’usage des mots, banques, néobanques ou autres dérivés. Nous avions soulevé ce point dès Juin 2020 dans un article dédié à cette problématique. Du coté d’Helios, certains propos du site portent encore à confusion « choisir une banque durable » associé au bouton de souscription , « chez Helios, l’agence bancaire est dans votre poche »

Helios est un intermédiaire en opérations de banque et en services de paiement (IOBSP) comme le serait un courtier ou un vendeur vous proposant du crédit.

Solarisbank, le partenaire allemand d’Helios

Comme de nombreuses FinTechs, Helios ne dispose pas d’une licence lui permettant d’exercer seule, elle travaille donc en collaboration avec la Solarisbank.

Solarisbank dispose d’une licence établissement de crédit, un niveau identique aux licences détenues par N26 ou encore bunq. Ce niveau permet une protection des dépôts à hauteur de 100 000€ pour l’ensemble des comptes détenus au sein de l’établissement de crédit.

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Helios et le FGDR

Helios indique sur sur son site «  Vos dépôts sont protégés à hauteur de 100 000€ par le dispositif national de garantie des dépôts. » . Le terme national prête clairement à confusion et pourrait laisser croire que vos fonds sont garantis par le dispositif français dit FGDR. En vérité, vos fonds sont protégés par le mécanisme allemand similaire.

Si Helios se revendique verte, la Solarisbank, n’a jamais pris d’engagement en faveur d’un retrait total de tous financements à destination des projets considérés comme contraire à l’environnement. Au contraire, elle participe au financement de l’industrie automobile à travers ses offres de financement et collabore avec des pétroliers comme BP ou Aral.

Helios, une offre à 6€/mois

Dans un soucis de clarté, Helios, à l’instar de Tomorrow explique le détail de cette cotisation. Oui, il y a de nombreuses similitudes avec Tomorrow. Cela ne nous choque pas que Helios se soit fortement inspiré de Tomorrow, de nombreux acteurs font de même avec Revolut. La cotisation est donc dispatchée entre les frais de fonctionnement du compte et les frais administratifs comme le personnel ou les locaux.

Paiements en devises

Nous nous attendions à quelques basiques de la FinTech comme l’absence de frais lorsqu’on paye en devises.

Chez Helios, ce sera facturé à hauteur de 1% du paiement. Facturer les paiements en devises sur une offre payante nous chagrine.

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Retraits en euro et hors zone euro

En zone €, vous avez le droit à 5 retraits sans frais. Au-delà de cette limite, le retrait sera facturé 0.85€ par opération. Si l’opération s’effectue hors zone €, vous serez facturé pour chaque retrait de 1.50€ auxquels s’ajoutent 1% de frais sur le montant retiré. Le sens de l’histoire serait de proposer 2 retraits sans frais en EUR (au lieu de 5 actuellement), et permettre les paiements sans frais hors zone Euro.

Les plafonds de paiement et de retrait

Côté plafond, vous pouvez payer jusqu’à 2 000€/jour, dans une limite de 3 000€/mois civil. Pour les retraits, la limite de 1 000€/jour, sans qu’il ne soit possible de retirer plus de 2 000€/mois civil. Il s’agit là, des plafonds classiques pour ce type de cartes, mais inférieurs à ceux que peuvent proposer N26, Revolut ou bunq.

Les cartes bancaires Helios

Vous disposerez d’une carte de débit physique, et d’une carte virtuelle dans l’offre.

La carte en bois naturel

La carte de débit, est identique à celle proposée par Tomorrow, et Helios reprend la même description que Tomorrow pour présenter la carte.

Helios indique que c’est une série limitée. C’est uniquement Helios qui semble appliquer une limite sur la distribution, mais en aucun cas ce type de carte est en série limitée, sauf si un jour Solarisbank décide d’arrêter sa production et commercialisation même pour Tomorrow.

La possibilité de détenir plusieurs cartes

D’après les tarifs, il est possible de posséder plusieurs cartes supplémentaires. Une option facturée 10€ pour chaque carte physique supplémentaire, et 1€ pour chaque carte virtuelle supplémentaire. Le coût est appliqué une fois, lors de la délivrance de cette carte additionnelle. On imagine que le coût est identique si un remplacement anticipé d’une carte, y compris la première, s’avère nécessaire. Les tarifs sont flous sur cette partie de la facturation.

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Un compte et un IBAN allemand

Le compte repose sur un IBAN allemand avec les difficultés que l’on peut rencontrer pour le faire accepter. Pour l’heure, nous ne trouvons aucune trace d’un dossier en cours par la Solarisbank auprès du régulateur Français afin de disposer d’une séquence d’IBAN débutants par « FR ». Cela ne veut pas dire que le dossier n’est pas monté, cela indique juste qu’un IBAN « FR » n’arrivera pas dans les prochaines semaines.

Le compte permet de recevoir et d’émettre des virements S€PA uniquement, ce qui est largement suffisant pour la très large majorité des clients. Rares sont ceux devant recevoir des virements depuis la Suisse ou autres pays non S€PA.

Les prélèvements sont également possibles. En cas de rejet d’un prélèvement, des frais de 1€ seront facturés. Un coût honnête pour dissuader d’utiliser ce moyen de prélèvement sans avoir approvisionner le compte.

Les points négatifs d’Helios

L’absence des virements instantanés

Les virements instantanés ne sont pas disponibles. Il faudra donc attendre en moyenne 24h ouvrées pour que les fonds soient disponibles sur votre compte Helios. Ce n’est pas forcément bien grave, mais comme les xPay, l’instant payment semble devenir un must have pour beaucoup de clients.

Un coût de top-up élevé

En solution de secours, Helios indique proposer le chargement par carte bancaire via Stripe en prélevant 3% de frais. Un coût énorme comme nous le rappelions dans l’article sur N26 qui applique cette même gamme de frais. Un coût juste et équitable se situe aux alentours de 0.5% comme le pratique bunq. La gratuité comme cela se fait chez Revolut n’est pas forcément judicieux, car le TopUp va coûter en moyenne 0.3% à l’établissement.

Pas de xPay

Un autre point négatif et non des moindres, c’est l’absence de paiement mobile. Que ce soit Apple Pay, Google Pay ou encore Samsung Pay. Aucune solution n’est ouverte aux détenteurs d’un mobile. Une position étonnante d’un établissement se présentant dans son dossier presse comme « La première éco-banque digitale ».

La Solarisbank est pleinement compatible avec Samsung Pay, Apple Pay et Google Pay. C’est à ce titre que Tomorrow, Vivid et de nombreux autres acteurs dépendants de la Solarisbank proposent le paiement mobile.

Pour Apple Pay, il peut y avoir des frais selon la configuration, bien que Helios partage le même BIN/IIN que Tomorrow. Cette séquence initialement destinée à Tomorrow et exploitée à présent en partie par Helios est donc ouverte sur le service Apple Pay, mais comme nous l’indiquions, selon la configuration, des frais d’accès au service peuvent exister.

Toutefois, Google Pay comme Samsung Pay sont sans frais, il est donc possible d’y adhérer sans perdre d’argent sur les transactions réalisées via ces 2 dispositifs.

Vos fonds taxés

Un point négatif qui n’en est pas réellement un, sauf si vous décidez de déplacer toutes vos économies sur Helios et quitter une banque classique. Les fonds excédants 50 000€ et présents chez Helios sont taxés à hauteur de 0.5% du montant. Mieux vaut ne pas avoir beaucoup de côté, ou alors conserver un compte dans un établissement classique.

Des frais pour contester une opération

Si vous désirez contester une transaction, Helios indique qu’un coût de 10€ sera facturé. Cette position dans les tarifs est contraire au Code Monétaire et Financier, mais on comprend sa présence, vu qu’en Allemagne, il est légal de facturer un client pour répudier un paiement.

Dans les tarifs, Helios pratique une facturation de 70€ par « évènement standard », en indiquant qu’il s’agit justement de plainte pour un paiement (chargeback), ajustement de paiement (redressement).

Un prix de 100€ est fixé par « évènement spécial » et là on parle de « extra-chargeback », « pré-arbitration »… des opérations en lien avec une contestation de paiements. Si vous désirez connaître la raison d’un paiement refusé, cela fera l’objet d’une facturation pour « tâche spéciale » à hauteur de 35€ par action. Ces trois tarifs élevés sont très flous dans les raisons qui peuvent conduire Helios à vous appliquer ces pénalités.

Helios vs Tomorrow

les cartes Helios et TomorrowImpossible de passer outre la comparaison de l’offre d’Helios avec ce que propose Tomorrow. Pour être équitable, nous allons donc comparer l’offre Helios à 6€/mois avec la FinTech historique Tomorrow et son offre Together à 5€/mois.

Pour ce prix, chez Tomorrow, on a donc les paiements (y compris en devises) sans frais, de même que les retraits (dans la limite de 5 retraits par mois et 2€ au-delà). 5 sous-comptes pour organiser son argent, ses projets et ses dépenses. Apple Pay et Google Pay sont disponibles, et chaque paiement avec la carte génère une participation automatique dans la protection de l’environnement. La carte n’est pas en bois, mais il est possible de l’avoir gratuitement en essayant pendant 14 jours l’offre « Zero » puis repasser sur l’offre « Together ».

Sauf à porter des œillères, on n’arrive pas trop à savoir pourquoi il faudrait préférer Helios à Tomorrow.

Nous dressons le même constat en comparant des FinTechs qui s’inspirent de Revolut, difficile de voir pourquoi on n’opterait pas pour Revolut directement.

Tomorrow a fermé durant quelques semaines son enrôlement pour les clients résidents en France, mais la FinTech précise que cela est ponctuel et qu’elle va reprendre les inscriptions. Elle précise qu’il faut pouvoir répondre en Français aux clients francophones, et actuellement ils ne disposent pas des ressources humaines pour garantir une réponse parfaite en Français.

La carte bancaire Visa d’Helios

Nous avons pu comparer la carte constituée de bois proposée par Helios et celle de Tomorrow. La première chose qui nous saute aux yeux, Tomorrow est resté dans la simplicité, vous ne trouvez que le nom sur le recto. Helios, à l’inverse indique son site internet, le terme #Dépolluonslabanque et la remarque « édition limitée ». Il y a également un demi cercle blanc sur le recto… une présentation bien plus chargée que Tomorrow.

Sur le verso chez Tomorrow, vous trouvez la présentation du numéro de carte, expiration et cryptogramme selon la norme Visa QuickRead. A cela s’ajoute le titulaire de la carte, le token de celle-ci et le slogan « Banking das nicht die Welte kostet. ».

Chez Helios, on retrouve la présentation Visa QuickRead, le token, le logo d’Helios avec peinture blanche, et un long texte « Cette carte est fabriquée en bois naturel issu de forêts gérées de manière éco-responsable. Prenez soin d’elle. » et enfin un chiffre sur 3000. L’aspect minimaliste de la carte est quelque peu entaché de manière incommensurable.

La séquence de la carte sur son BIN6 est localisée en Allemagne. Il faudra s’attendre à quelques refus de la part de certains e-commerçants qui demandent une cohérence BIN6 avec le pays de livraison/facturation. Il aurait été préférable que Solarisbank utilise sa possibilité de Libre Prestation Services afin d’utiliser un BIN/IIN Français comme ils l’ont fait pour leur client Vivid.

Le discours d’Helios

Avant toute chose, nous ne doutons pas un seul instant de la sincérité, des convictions et de l’implication des équipes d’Hélios. Nous avons choisi de tester l’offre et de communiquer des informations personnelles. Nous n’avions pas pris ce risque, nous ne l’avons toujours pas pris et ne sommes pas prêts de le prendre avec des solutions comme Binks.

Là où on se doit d’émettre un bémol c’est sur tout le discours d’Helios. Avouons le, nous préférons un discours à la Onlyone qui est bien plus clair, et plus audible que celui d’Helios qui fait des banques son ennemi. Mais la Solarisbank reste une banque, une banque qui n’a jamais fait de tribune pour prendre position sur une sortie des financements à destinations de l’industrie d’hier.

On se réfère au dossier presse ( https://www.helios.do/assets/pdf/Dossiers-presse.pdf ). Helios n’est pas la première éco-banque, il y en a d’autres, et surtout Helios n’est pas une « banque », mais un IOBSP. Les tournures sont régulièrement ambiguës comme « Nous ne sommes pas comme les autres banques », ce qui laisse clairement entendre qu’ils sont une banque, mais ce n’est pas le cas.

Ils parlent d’un accord inédit avec la Solarisbank, mais Tomorrow était là avant eux. Et le problème reste que la licence exploitée par la Solarisbank pour Helios ne permet pas, à notre connaissance mais aussi à celles d’autres professionnels du secteur bancaire, de faire un double exercice financier. Son ainée Tomorrow reconnait d’elle-même ne pas être en mesure de garantir l’usage de la totalité des fonds qui lui sont confiés.

L’interchange qu’ils indiquent « habituellement prélevées par les banques » n’est jamais prélevé par les banques, c’est une commission qui est versée à l’émetteur de la carte.

Il y a une réelle une opposition aux banques, dans le discours, alors qu’Helios ne peut pas changer les règles aujourd’hui. Ils sont dépendants d’un système financier, un système qui permet de prêter de l’argent pour construire sa maison / acheter un véhicule pour aller au travail… Globalement dans la FinTech, on n’a jamais rencontré de dirigeants ayant quitté leurs banques, pour tout mettre chez « eux » sans crédit ni rien. Il est important de rester réaliste sans « cracher dans la soupe ».

Conclusion

Aujourd’hui, et en l’état, l’unique intérêt de souscrire chez Helios en comparaison aux offres proposées par bunq ou Tomorrow, réside dans le soutien à une jeune équipe française. La FinTech aurait peut-être pu se positionner sur un accord avec Yomoni pour créer une offre d’assurance vie verte, ou des produits de la sorte. Il manque beaucoup de choses chez Helios pour une offre facturée 6€/mois.