Helios, une volonté d’écologie

Nous avons eu le nez creux en supposant qu’on allait assister à l’émergence d’acteurs prônant l’écologie comme crédo. Parmi le panel de nouveaux acteurs, nous vous présentons Helios, un établissement annonçant son lancement pour l’automne 2020 en France.

La société Helios SAS

Immatriculée sous le SIREN 883 111 585 avec un capital déclaré de 15 000€, la société par actions simplifiée existe bien depuis le 28 avril 2020. A sa tête, nous retrouvons Maeva COURTOIS  et Julia MENAYAS. Dans un univers très masculin, nous ne pouvons que nous réjouir de voir la naissance d’une fintech portée par des jeunes femmes.

La licence d’exercice

Le slogan est clair « l’alternative bancaire », le site parle de « construire une banque transparente et durable ». En s’appuyant sur ces éléments, tout laisse penser qu’Helios disposera d’une licence d’établissement de crédit.

Pourtant, plusieurs éléments laissent penser qu’il s’agit d’une utilisation erronée du mot « banque ».

Premier détail qui ne trompe pas « Les fonds des clients Helios seront placés sur des comptes séquestres ». Cela laisse clairement entendre que la fintech disposera plutôt d’une licence d’établissement de paiement, ou plus probablement d’un statut d’agent / distributeur.

La FAQ indique également que le service est adossé à une banque, sans toutefois préciser quelle licence sera portée réellement par Helios, ni même qui est cette banque.

Rappelons  à toute fin utile que Treezor n’est pas une banque, mais juste un établissement de monnaie électronique. Si la FAQ est exacte, le partenaire ne serait donc pas Treezor.

L’offre proposée par Helios

Helios ne devrait proposer qu’une offre unique facturée 6€ par mois. Il n’y aura donc pas d’offre gratuite. Nous considérons cette approche comme un point positif pour assurer la pérennité du projet.

Dans les éléments de langage, nous comprenons que seuls les paiements et les retraits en Europe ne seront pas facturés. Helios n’ayant pas écrit « dans le monde », on peut penser que lorsque vous serez face à une devise en dehors de l’EEE, vous serez facturé pour le retrait ou le paiement.

Helios devrait être accessible dès 12 ans si le représentant légal satisfait aux obligations de contrôle de son identité (KYC)

Côté carte, le site indique qu’il sera possible de commander une carte classique sur Mastercard ou Visa. Un choix étonnant, car les offres se fixent plutôt sur un seul réseau.

Helios annonce que les fonds bénéficieront de la protection des dépôts à hauteur de 100 000 €. Nous en déduisons que le compte de cantonnement se situera dans un établissement  français. On peut donc penser que l’offre proposera également un IBAN français. En dehors de la France, les dépôts sur le cantonnement, ne sont couverts qu’à hauteur de 100 000€ pour tout le compte de cantonnement, et non par client.

Le discours commercial

A partir de 6€/mois, il est difficile de couvrir les frais d’une structure financière. bunq a du mal à le faire en facturant 8€/mois, et termine ses exercices en déficit.

Investir dans des activités propres

Parler d’investissements dans des secteurs autres que le charbon, pétrole, armement… nous semble clairement marketing. Les fonds cantonnés ne peuvent être placés que dans le respect de conditions très strictes fixées par le code monétaire. Rien ne permet aujourd’hui de garantir que les fonds éventuellement placés par Helios iront exclusivement vers des entreprises vertes ou locales.

Il y a énormément de textes autour de l’impact écologique, de l’avenir. Dans l’absolu, les seules choses qu’Helios pourrait investir librement seraient une partie de votre cotisation mensuelle et les 0.20% d’interchange. Rappelons que ces 0,20% s’entendent brut.

Le suivi de votre empreinte carbone

La promesse de suivre votre empreinte carbone à chaque achat est simplement impossible. C’est la FinTech suédoise Doconomy qui a, la première, tenu ce genre de discours. Doconomy a d’ailleurs reconnu que c’était impossible. Il faudrait analyser le ticket de caisse de chaque transaction afin de suivre la provenance précise d’un produit et de nombreux autres facteurs. C’est donc une estimation grossière qui est faite.

Il ne pourra en être autrement pour Helios. A aucun moment, ils ne pourront savoir ce que vous avez acheté chez un commerçant. Vous pouvez acheter un kilo de pommes de terre locales ou un tee-shirt en provenance d’Asie dans votre supermarché, Helios sera incapable de faire la différence.

Suivre une empreinte carbone est irréaliste car c’est techniquement impossible. Cet argument a valu des critiques sévères de la presse suédoise contre Doconomy et ses arguments.

Nous remarquons également que Doconomy et ses promesses sont reprises par Helios. Citons, par exemple, la limitation carbone en tant que critère de plafond pour les dépenses mensuelles.

Si ! Des alternatives existent

Helios parle régulièrement de créer une banque écologique, en insistant sur le fait qu’il n’existe aucune alternative aujourd’hui. Il faut déjà savoir que des alternatives existent, mais qu’il faut financer certains secteurs qu’on soit en phase ou non avec les idées de ce dernier.

Sans une licence bancaire de plein exercice, permettant d’investir les dépôts des clients, il est strictement impossible de mettre en œuvre des promesses comme celles sur le financement ou non d’activités.

Les banques ont fait des annonces pour sortir du charbon. Le Crédit Mutuel par exemple s’est engagé à zéro exposition dans le charbon à l’horizon 2030, mais avec une prise de position déjà effective d’exclure de nombreuses entreprises des financements présentent dans la Global Coal Exit List.

Conclusion

Entre les promesses, leur réalisation, et la réalité il y a un monde. L’idée est bonne, mais la mise en œuvre pourrait s’avérer difficile. Une offre à 6€/mois, pour une carte classique, c’est-à-dire sans les assurances liées aux voyages, nous semble un peu chère pour juste une idée écologique. Il faudra cependant attendre l’offre finale et les tarifs complet pour se forger un avis définitif. En attendant, nous continuerons à privilégier l’offre Tomorrow.