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Kard: pourquoi un tel engouement ?

Il y a plusieurs mois, un nouveau nom circulait sur les réseaux sociaux, à savoir Kard. C’est au travers de plusieurs ambassadeurs que la marque a tenté de s’imposer dans le paysage des fintech françaises.

Les ambassadeurs, tels des bonimenteurs lors des braderies, ont vendu l’offre comme une remplaçante à N26 et Revolut. Une offre qui qui allait éclipser les 2 acteurs historiques. Nous avions rapidement émis des réserves sur certains propos, notamment le hors ligne ou offline, ce qui nous a valu quelques retours négatifs.

Suite à la réception de la carte dans la première vague de » livraison, nous avons eu l’occasion de tester celle-ci dans plusieurs situations du quotidien et tester ses limites. Il est temps de faire le point.

Kard Mastercard

Le point positif de la carte proposée par Kard, c’est la possibilité de personnaliser le code PIN lors de sa commande. Il est toutefois possible de le modifier par la suite en utilisant un DAB du réseau EuroNet, MoneyGram en France disposant de la fonctionnalité « PIN CHANGE ».

Une carte prépayée

La carte est de type PREPAID et non DEBIT par exemple. Ce type de catégorisation peut être problématique lors d’une transaction en ligne. Ces cartes peuvent faire l’objet d’un blocage en raison de leur implication dans des utilisations illégales.

De plus en plus de sites refusent cette catégorie de carte car elles sont montrées du doigt pour la légèreté, voir l’absence de vérification d’identité liée au niveau PREPAID. En DEBIT, vous devez passer le contrôle d’identité avant d’obtenir la carte, en PREPAID, il se passe après la commande de carte, mais reste facultatif. Il est donc possible d’utiliser une carte PREPAID avec certaines restrictions sans n’avoir eu à prouver son identité.

L’absence de hors ligne

Un autre point qui pose problème, c’est l’absence totale d’une tolérance au hors ligne. Et cela malgré les promesses des ambassadeurs qui assuraient une telle prise en charge. Lorsque nous avions douté des propos, les « influenceurs » avaient fustigé l’article en indiquant que nous ne savions pas de quoi on parlait.

Aujourd’hui, la configuration de la carte confirme nos suppositions. Le hors ligne est bel et bien interdit sur cette carte à l’instar de la carte Max, Monese, Moneway, Lydia,… C’est même écrit noir sur blanc dans les CGU. Vous savez ces 50 pages qu’on ne prend jamais le temps de lire.

Nous avons testé la carte sur 2 péages, du réseau SANEF, qui sont effectivement incapables de conduire une autorisation avec l’émetteur. Kard comme Max sont refusés sur la borne alors que bunq et N26 fonctionnent. Même situation dans un parking à Besançon, les bornes ne sont pas en mesure de diligenter d’autorisation, là encore Kard échoue pour la transaction.

Si la carte Kard passe actuellement sur un automate, une carte comme Lydia, Moneway… fonctionnera également, toutes ayant la même restriction d’usage. Cela reste toujours stressant, car selon l’automate, le refus peut prendre 10s car il va essayer l’utilisation de puce, avant de se rabattre sur la piste qui confirmera l’impossibilité de payer sans recourir à l’accord de Kard.

A ce jour, PREPAID et absence de capacité à pouvoir payer dans toutes les situations sont rédhibitoires pour faire d’une telle carte une carte principale au quotidien. Cela reste une carte complémentaire, mais face à des refus, elle deviendra rapidement une carte pour utilisation ponctuelle.

Une carte configurée pour la livre sterling

Un dernier point qu’il est important de souligner, la carte est configurée avec en devise par défaut la livre sterling (GBP). Un tel paramétrage peut occasionner des questions de TPE/DAB en zone EUR vous proposant d’être facturé en GBP et non en EUR. Répondez alors que vous désirez être débité en EUR et surtout pas dans la devise de votre carte qui est GBP.

Apple Pay, Google Pay, Samsung Pay

Aucun service de paiement mobile n’est actuellement de la partie. Cela se comprend pour Apple car les coûts sont disproportionnés pour le résultat escompté. Côté Samsung et Google qui sont tous deux sans frais, Kard aurait pu les proposer dès le lancement avant de satisfaire les utilisateurs Android.

L’absence de xPay n’est pas réellement un problème. Le taux d’utilisation quotidien est très marginal à travers le monde. On comprend donc que cela ne soit pas la priorité de Kard au lancement et qu’ils préfèrent pouvoir lancer les solutions sur iOS et Android en même temps pour éviter les critiques.

Aucun constat négatif n’est donc à retenir sur cette absence, cela nous semble normal pour un lancement.

Les virements

Cette première mouture de l’application ne permet pas d’émettre des virements. Votre bénéficaire recevra uniquement un SMS avec un lien de téléchargement vers l’application.

Coté réception et contrairement aux infos qui avaient circulées, les virements ne se font pas instantanément depuis un compte extérieur. Cette fonctionnalité, désormais plébiscité par les utilisateurs, arrivera peut-être ultérieurement ou dans une éventuelle offre Premium.

L’application Kard

Pour le moment, l’application est encore très pauvre en terme de fonctionnalités. Par exemple, pour la gestion de la carte, cela se limite à activer / désactiver la carte. C’est très basique pour une fintech au vu des attentes que portent les usagers de ces services lors de leurs commentaires.

Il nous semble juste de faire un parallèle entre l’application Moneway et celle de Kard, dans la mesure où les deux se sont lancées dans la même période. Même si Kard a bénéficié, avant son lancement, d’une levée de fonds supérieure à celle de Moneway avant l’ouverture de la bêta.

Moneway s’est lancé avec une application qui se démarquait de ses concurrents dans le détail des transactions. L’affichage des transactions était enrichi d’informations permettant ainsi de mieux comprendre le paiement et cela dès le 1er jour.

Chez Kard, c’est très pauvre. Nous retrouvons les données de manière très basiques comme certaines banques classiques les fournissent. C’est un peu dommage car Moneway s’était immédiatement démarquée avec cela.

Des choix judicieux pour le développement

Côté développement, il est important de souligner que Kard a fait un choix judicieux. Les équipes ont fait le choix d’un développement natif, et non une application web embarquée comme Max, Ma French Bank, Orange Bank…

Avec ce choix intelligent, cela permettra à l’application d’être mieux intégrée à l’OS et par la suite d’utiliser des fonctionnalités natives d’Android ou iOS comme l’envoi d’argent entre amis via un message texte sans lancer l’application. Il n’est pas nécessaire d’avoir une équipe informatique pour faire du natif, il suffit d’avoir un développeur compétent. Nous constatons que Moneway et Kard savent sélectionner leur personnel afin d’être efficace.

Il y a encore du travail, mais la base est déjà très propre. Comme pour Moneway, nous sommes certains que leurs développeurs vont savoir sortir de très belles choses avec des applications bien réactives.

Les frais, les limites et les coûts

Côté tarif, l’ouverture du compte de paiement Kard, la commande de la carte prépayée sont tous deux gratuits.

Si votre carte doit être remplacée, le coût sera de 5€. Un coût honnête et cohérent avec les frais qui seront supportés par Kard pour une telle opération.

Le rechargement du compte via une autre carte bancaire ou virement est sans frais.

Les paiements par carte en EUR ou dans une autre devise se font sans frais avec le taux de change Mastercard.
Les retraits sont eux gratuits en EUR uniquement dans la limite de 3 retraits par an, 1€/retrait sera facturé au-delà.

Si votre retrait est effectué en devises, un coût fixe de 1€ par retrait sera facturé avec une majoration de 2% du montant.

Les plafonds sont classiques pour ce type de cartes, à savoir 1500€/jour et 3000€/semaine pour les paiements.
Les retraits sont limités à 510€/jour et 1000€/semaine.

Si le compte n’est pas validé, ou si la carte est destinée à un mineur, lesdits plafonds seront revus à la baisse selon le profil du détenteur de la carte.

Bien que le coût et la limite de 3 retraits par an sans frais en EUR puissent surprendre, à notre niveau, nous trouvons ça cohérent. Les retraits sont un coût, voir même une perte pour l’émetteur. Facturer ces opérations est donc réaliste pour laisser une gratuité sur le paiement.

Un compte de paiement pour les moins de 18 ans

Après Nickel qui fût le premier acteur indépendant des banques à proposer un compte de paiement aux moins de 18 ans, nous remarquons que d’autres fintech se lancent sur ce créneau avec par exemple Xaalys et prochainement PixPay.

Kard vient chasser les jeunes dès 12 ans en proposant d’avoir une carte, sous la responsabilité d’un parent. Une offre intéressante quand on compare avec Xaalys qui propose ce service pour 2.99€/mois.

Toute la question est de savoir s’il est judicieux de laisser une carte bancaire à un mineur.

Nous pensons qu’avant 16 ans, voir même 18 ans, une carte ne permet pas d’avoir la valeur de l’argent. C’est en manipulant des espèces et en voyant physiquement le fonds restant que l’on peut gérer au mieux.

La rééducation financière, proposée par des associations suite à un surendettement, passe par la gestion des finances en espèces. Manipuler du liquide reste la meilleure manière de gérer et tenir un budget sans dépasser.

Nous sommes perplexes sur la démocratisation des cartes aux mineurs et la valeur de l’argent. C’est au final à chaque parent d’inculquer le fonctionnement et la tenue d’un budget en surveillant les dépenses de son enfant.

Conclusion

Pas besoin de faire très long, on peut résumer Kard en disant qu’ils ont des bases sérieuses pour leur application. Cependant, le choix du type de carte ne joue pas en leur faveur.

Une offre Premium est au programme, cela est normal, il faut gagner de l’argent. Comme nous l’expliquons régulièrement, ce n’est pas en facturant 0€ qu’on peut payer les salaires de manière durable et pérenne. On espère que pour cette version Premium, Kard saura proposer une carte DEBIT et non PREPAID. Accompagner leur carte DEBIT d’une tolérance à être acceptée dans toutes les situations du quotidien serait un plus. En l’état, Kard va rester une carte d’appoint.

Côté assurance, inutile de faire un épilogue, quand une carte est une « secondaire », les assurances qu’elle embarque sont un non sens… Il devient intéressant de se préoccuper des assurances que si l’on fait d’un compte comme Kard ou Max son compte principal.

Aujourd’hui, Kard n’amène pas de nouveautés sur un secteur bien saturé : ouvrir des fintech est très à la mode.
Il est facile de dire qu’il a fallu du temps à N26 ou Revolut pour en arriver là. Sauf que lorsqu’on rentre dans un marché, il faut y entrer avec les codes actuels, et non avec ceux de 2015.

Kard devra donc rapidement enrichir son offre de services et étoffer son application.

Nous nous sommes demandés pourquoi nous avions le sentiment de rester sur notre faim avec Kard. Après réflexion, nous avons compris que c’était lié à leur politique de communication. En utilisant des ambassadeurs et influenceurs, ces derniers ont nettement survendus Kard pour attirer des profils via un système de parrainage. On s’attendait donc à l’arrivée d’un nouvel entrant, qui réponde avec les codes du moment car c’était l’image vendue par leurs ambassadeurs.

Si on laisse de côté la partie bonimenteur, on peut conclure en disant qu’il y a du potentiel. Il faudra encore une voir deux années avant que Kard ne soit à un rythme de croisière permettant d’atteindre le niveau du moment.
Kard devrait peut-être encadrer ses communications afin d’éviter les dérapages qui se transforment alors en désillusions.

Nous allons continuer à suivre le projet et à régulièrement tester les services proposés par Kard. Nous félicitons l’équipe de Kard qui est très fairplay et sait accepter les critiques constructives. Dommage que d’autres acteurs ne sachent pas en faire autant et soient intolérants aux remarques qui ne vont pas dans leur sens.