La carte virtuelle de la Société Générale

Est-ce que la carte virtuelle de la Société Générale est une révolution ?

La Société Générale diffuse depuis le 08 juillet un communiqué de presse concernant la mise à disposition d’une « carte digitale instantanée ». Un moyen de pouvoir continuer à payer avec son mobile après une opposition carte, mais est-ce réellement une innovation ?

Apple Pay et la mise en opposition d’une carte

L’argument principal de la Société Générale, consiste à dire qu’en cas de perte ou de vol de votre carte physique, vous obtenez quelques secondes plus tard votre nouvelle carte disponible pour Apple Pay.

Nous ne voyons pas ça comme une évolution, mais plus comme un aveu d’une lacune dans le système d’autorisation. Apple demande que la carte présente dans Wallet (Apple Pay), en clair le « token », soit décorrélée de votre carte physique.

L’intérêt est justement de pouvoir continuer à utiliser Apple Pay même en cas d’opposition, pour tout motif, de votre carte physique. C’est une politique adoptée par plusieurs banques. Si votre carte réelle est suspendue pour perte, vol, fraude… le token présent dans Apple Pay peut toujours servir à réaliser des paiements.

L’adoption de la politique Apple en France

Prenons l’exemple de Carrefour Banque. Si vous perdez votre carte bancaire, le token dans Wallet reste actif. Vous pouvez donc toujours payer via Apple Pay, comme si votre carte physique n’était pas opposée.

Lorsque vous réceptionnez la nouvelle carte, et effectuez son activation, le token est alors mis à jour afin d’être relié à votre nouvelle carte. Vous n’avez rien à faire, le processus est géré par le service délivrant les tokens, côté Mastercard.

Même principe chez Boursorama, le token reste actif après opposition de votre carte. Vous n’êtes pas bloqué, et pouvez donc continuer à payer avec votre téléphone ou votre montre jusqu’à réception de la nouvelle carte.

Le risque de laisser le token actif

Il n’y a pas de risque sur la sécurité à suivre la politique d’Apple. Il suffit pour cela de filtrer les nouvelles autorisations afin de s’assurer qu’il y a bien un « token requestor ». A partir de là, on sait que l’opération émane d’un équipement approuvé par le client, et antérieur à l’opposition de la carte.

Plusieurs banques laissent les clients ajouter encore la carte opposée dans un Wallet. La méthode est cependant renforcée pour l’ajout.

Il est tout à fait possible de différencier une autorisation provenant d’un xPay, de celle provenant du support physique de votre carte, voir même d’une saisie manuelle (paiement à distance).

L’intérêt de la solution proposée par Société Générale

Nous voyons surtout un avantage à la solution mise en œuvre par la Société Générale. Solution qui existe déjà par ailleurs chez Boursorama. Mais peut être que l’équipe de communication n’a pas souhaité aborder cet angle, qui montrait réellement l’intérêt de leur nouveauté. Il s’agit du changement de carte.

Vous passez d’une Visa Classique vers une Visa Premier. Grâce à la solution déployée par la Société Générale, vous pouvez l’utiliser immédiatement et disposer des assurances et garanties liée à l’offre.

Par nouvelle carte, nous entendons également, changement de réseau. Vous aviez une Mastercard et vous commandez une Visa. Voir plus simplement, c’est votre première carte à la Société Générale.

Cet avantage, sous-entend qu’il serait possible au client de faire ces actions en « self-care » comme le propose Boursorama Banque depuis plusieurs années. A voir si dès la commande d’une carte chez Société Générale, il est possible, à l’instar de Boursorama, d’ajouter immédiatement celle-ci dans Wallet.

Société Générale opposée aux FinTechs

Il serait facile de dire que Revolut propose déjà cette fonctionnalité. Mais ce serait oublier que Revolut a promis durant des années l’arrivée d’Apple Pay avant d’enfin le proposer. Le responsable communication pour la France de la licorne anglaise en porte encore les stigmates.

Pour le client final, cela revient à ajouter la carte sur Wallet dans les 2 cas. En réalité, le parcours pour émettre la carte est différent. Déjà les contrôles de sécurité côté Société Générale sont plus poussés car la carte est soit en débit au fil de l’eau, soit en débit différé. Les cartes Visa Electron / V Pay qui sont les mêmes que chez Revolut ne sont pas majoritaires chez Société Générale.

Que ce soit La Banque Postale, Boursorama Banque ou Société Générale, tout est géré au même endroit pour la monétique, à savoir chez Transactis (TTIS). Ensuite, ce sont les équipes de Société Générale qui ajoutent les fonctionnalités dans l’application proposée aux clients. Mais si cette fonctionnalité est rendue possible, c’est grâce à Transactis.

On suppose que Transactis a dans un premier temps éprouvé le système avec Boursorama Banque. Une fois validé, il a été mis en production pour les clients de la Société Générale. Il arrivera probablement à La Banque Postale prochainement. Laissons le temps à cette dernière d’intégrer la fonctionnalité.

Conclusion

Nous avons été surpris sur l’approche communication de cette fonctionnalité. Nous aurions plutôt vu une approche comme chez Boursorama précisant que désormais, en toute autonomie, il est possible d’obtenir immédiatement sa carte bancaire et l’ajouter dans Apple Pay quelques secondes plus tard.

Cela reste une démarche intéressante pour une banque de réseau. Société Générale s’aligne sur sa petite sœur Boursorama Banque. Une politique qui laisse présager que les banques vont évoluer vers cette partie « self-care ». Une bonne nouvelle pour certains clients, une moins bonne pour d’autres qui risquent de voir la disponibilité des conseillers en agence se réduire comme peau de chagrin.

L’avantage d’un conseiller reste l’approche et l’appréciation humaine. Il est possible d’obtenir une prestation bien que le client soit hors du cadre. Citons l’obtention d’une carte type Visa Premier sans disposer d’au moins 1800€ de revenus ou de l’épargne suffisante. Les conseillers jouent un rôle clé dans la relation. Ils apportent également une approche sociale avec les clients afin de les accompagner sur diverses problématiques.

Nous comprenons bien entendu que certains clients veulent du 100% « self-care » à l’image de ce que propose Boursorama Banque. Il ne faut pas pour autant ignorer l’importance des conseillers pour tous les autres clients.