Revolut

Le fonctionnement des plafonds d’une carte bancaire

Il n’est pas rare de voir des personnes comparer les plafonds de leurs cartes. Elles s’étonnent, voir même critiquent les plafonds des cartes traditionnelles. Nous vous proposons de comprendre pourquoi les plafonds existent et pourquoi ils diffèrent selon les émetteurs.

Les types de cartes bancaires

Recommençons par poser, à nouveau, quelques bases. Voici les types de cartes que vous pouvez rencontrer :

  • Carte à contrôle de solde avec séquestre
  • Carte à contrôle de solde sans séquestre
  • Carte sans contrôle de solde à débit immédiat (au fil de l’eau)
  • Carte sans contrôle de solde à débit différé
  • Carte sans contrôle de solde avec crédit

Auprès de tous les acteurs traditionnels, banque de réseau ou banque en ligne, vous allez obtenir une carte sans contrôle de solde à débit immédiat ou différé. Les cartes démunies de contrôle de solde et avec un crédit disponible seront proposées par les organismes de crédits comme Sofinco, Cetelem, Cofidis, Advanzia,…

Toutes les fintech et néo-banques proposent le même type de cartes : à savoir celle imposant un contrôle de solde et appliquant un séquestre après chaque transaction.

Carte à contrôle de solde avec séquestre

Dans le secteur bancaire et cela partout dans le monde, c’est une carte punitive. C’est à dire une carte qu’une banque classique ne délivrera qu’en dernier recours.

Toutes les banques sans exceptions proposent ce type de carte. L’article D312-5 du Code Monétaire et Financier oblige tous les établissements bancaires à proposer à leurs clients une carte bancaire permettant le paiement (en boutique ou sur internet) et le retrait dans toute l’Union Européenne. On parle de « Droit au compte » qui est encadré par l’Article L312-1 du Code Monétaire et Financier.

La carte doit interroger le compte du client. Si la provision n’est pas disponible, l’opération doit être refusée. Dans le cas où la provision est suffisante, la banque doit geler le montant et le déduire de l’avoir disponible. On parle alors de séquestre.

Les banques n’aiment pas délivrer ce type de carte. Elle est sujette à de nombreux rejets, sans compter des séquestres financiers parfois supérieurs au montant réel (ex avec les distributeurs 24/7 de carburant).

La banque va donc délivrer cette carte aux clients qui sont dans le cadre d’une offre spécifique (Service Bancaire de Base ou Offre Clientèle Fragile) ou d’une situation personnelle compliquée (sans revenus, fichage Banque de France, surendettement, faillite civile, incidents bancaires répétés, majeure protégé / sous tutelle,…).

Cette carte portant différents noms commerciaux (Visa Electron, Maestro, Réalys, Visa Online, Mastercard Online, V Pay, Mozaïc,…) est donc souvent associée à un profil fragile dans l’esprit des gens. Les fintech et néo-banques ne voulant prendre aucun risque, ont donc toutes décidé de retenir ce type de carte. Elles sont tentées de surfer sur le côté instantané, disponible dans toutes les banques qui délivrent ces cartes.

Il fallait donc transformer l’aspect négatif du séquestre en un argument positif. Il était simple pour elles de faire passer le « temps réel » comme une innovation dans la mesure où les banques se refusaient à délivrer ces cartes punitives à leurs clients normaux avec des profils sains.

On a même vu certaines fintech expliquer qu’elles savent le faire car elles sont modernes. Bref tous les arguments y sont passés contre les banques. Faisant croire qu’elles sont vieilles et que ce type de fonctionnement est révolutionnaire.

Nous sommes désolés de vous le dire. Vous pouvez tourner cela dans tous les sens. Si vous avez une carte chez N26, Revolut, Nickel ou Max, vous avez exactement la même carte qu’une personne qui croule sous les dettes par exemple. Ça fait tout de suite moins vendeur de payer parfois très cher une telle carte bancaire…

Carte à contrôle de solde sans séquestre

Avec ce type de carte, le solde du compte est interrogé pour chaque transaction. La différence avec la carte précédente, c’est qu’en cas de fonds suffisants, ils ne sont pas bloqués. Il y a donc absence de séquestre.

Si vous avez par exemple 200€ sur le compte, vous dépensez 200€, la transaction sera autorisée par votre banque. A la différence de la carte avec séquestre, le solde de votre compte bancaire affichera toujours 200€.

On retrouve ce type de carte DEBIT chez ING et chez Boursorama avec l’offre Ultim.

Techniquement, vous pouvez donc dépenser plusieurs fois 200€ et vous trouver dans le rouge si les fonds sont finalement débités de votre compte après quelques jours.

Les banques traditionnelles appliquent ce profil à certains clients risqués, mais qui sont confrontés à un usage régulier de distributeurs 24/7 de carburant par exemple. Il faudra toutefois avoir un historique sans défaut avec la banque pour qu’elle accepte ce risque.

Ne cherchez pas dans les Fintech ou néo-banques. Aucune n’a souhaité prendre le risque, même si cela est compatible avec leur licence. Il faudrait que ces dernières fassent confiance à leurs clients quant à la gestion de leurs finances. Quant aux clients, il ne faut pas qu’ils mettent leur compte en débit.

Carte sans contrôle de solde à débit immédiat (au fil de l’eau)

C’est la principale carte que vous trouvez partout et qu’on nomme la « carte à débit immédiat ». Avec cette carte, aucun contrôle de solde et aucun séquestre ne sont imposés par la banque l’ayant délivrée.

Si vous avez 0€ sur le solde de votre compte, vous pouvez dépenser 1000€ cela passera. Cette carte n’étant pas à contrôle de solde, le TPE se contentera de vérifier, de manière occasionnelle, vos capacités de paiement : plafonds et état de la carte.

Par conséquent, quand vous payez, le solde de votre compte reste inchangé et l’opération ne s’affiche pas. Votre banque ne débite du compte que les opérations avérées. C’est à dire confirmées par le commerçant/distributeur après 24/48h ouvrées.

Vous pouvez sévèrement mettre votre compte dans le rouge si vous n’avez pas la provision et que les opérations sont finalement réclamées (confirmées).

Une enquête de solvabilité est donc effectuée et la Banque de France est interrogée afin de savoir si vous êtes présent dans l’un des registres détenus par cette dernière.

Si tous les indicateurs sont favorables, votre banque va vous délivrer la carte. Elle sera Classique, Premier/Gold, Platinum, Infinite/World Elite. Cela dépendra de votre situation personnelle.

Donc sur ce type de carte, votre banque n’est pas vétuste en ne faisant ni l’affichage ni l’actualisation. La carte repose sur la confiance mutuelle, il n’y a donc aucune logique à recourir à un processus de séquestre. L’idée c’est que vous êtes grand et que vous savez gérer. La banque n’a pas besoin de le faire à votre place.

Carte sans contrôle de solde à débit différé

Le fonctionnement est similaire à la carte à débit immédiat. La différence c’est que vos dépenses confirmées sont débitées en fin de période.

Pour ceux qui ne connaissent pas, lorsqu’un commerçant réclame l’argent (on rappelle 24/48h en moyenne après votre paiement), votre banque ne débite pas votre compte. L’opération va s’afficher dans une liste des transactions prévues en débit pour la fin du mois (en général le dernier jour ouvré, cela dépend de chaque banque).

La différence avec la débit immédiat, c’est que le solde n’est pas impacté même après la confirmation du paiement. La banque vous fait une sorte de crédit sans frais. Vous devrez régler toutes vos dépenses en 1 fois.

Le risque pour la banque est important. Beaucoup de personnes soldent le différé avec le salaire tombant en même temps sur le compte. Donc le solde du compte est bien souvent largement insuffisant pour couvrir le débit à venir. À tout moment, la banque peut décider de vous révoquer ce privilège et vous remettre en débit immédiat.

Ce type de carte est donc réservé à des personnes qui maîtrisent leur budget et savent se projeter dans le solde du compte. Tout l’opposé de quelqu’un qui a besoin de voir son solde actualisé en temps réel sinon il est perdu.

Une telle carte apporte donc un confort de gestion car vous pouvez avancer par exemple les dépenses chez un dentiste en attendant que l’assurance maladie et votre complémentaire remboursent vos dépenses. Pareil si vous avez une dépense de groupe, vous réglez et vous avez le temps de récupérer l’argent auprès des participants.

Vous aurez donc compris, il n’y a aucun contrôle sur le solde de votre compte, ou votre capacité de dépense avec une telle carte. Mais une fois qu’on apprend à gérer ses dépenses, on prend goût à ce confort de gestion et on ne revient jamais en arrière sauf si la banque nous y contraint.

Carte sans contrôle de solde avec crédit

On est très similaire au fonctionnement d’une carte avec un débit différé. Vous aurez le choix de régler la totalité de la dépense en 1 fois. Mais vous allez aussi pouvoir étaler vos dépenses pour échelonner le remboursement.

Cette fois, l’octroi d’une telle carte impose un état NEANT dans les différents fichiers de la Banque de France.
Il ne sera pas possible, même si vous connaissez un employé de la société de crédit, de passer outre.

La carte sera associée à une ligne de crédit dépendant de vos capacités de remboursement et donc vos revenus & charges (loyer, crédits, impôts,..).

Les fintech et les plafonds

Sans limite pour Revolut, 20 000€/mois pour N26, 50 000€/jour chez bunq, 4 500€/semaine chez Max, 20 000£/mois chez Curve…

On voit que les fintech sont très ouvertes sur les plafonds en paiement pour les cartes qu’elles délivrent.

A l’exception de Max et Curve, les plafonds ne veulent strictement rien dire quand vous avez une carte à contrôle de solde avec séquestre. Tout simplement car vous devez avoir l’argent pour payer. Cette somme sera immédiatement gelée pour vous interdire de la dépenser ailleurs en attendant que le commerçant confirme l’opération.

Vous allez dans votre chaîne de restauration rapide préférée, vous en avez pour 10€ et vous n’avez que 15€ sur le solde. La transaction est acceptée. Le solde de votre compte passe virtuellement à 5€ mais voilà le terminal de paiement a eu un incident. Vous relancez le paiement et cette fois c’est refusé car vous n’avez plus que 5€ et il vous faudra 1 semaine pour revoir la couleur des 10€. Vous voilà bien avancé avec 20 000€ de plafond…

Le plafond chez les fintech est surtout un outil de lutte contre le blanchiment d’argent. Il permet de s’assurer que vous restez sous les capacités d’analyse des algorithmes pour la lutte contre le blanchiment et le terrorisme.

On voit donc que Revolut semble le plus avancé dans cette détection et n’applique donc pas de plafond suivi par bunq avec ses 50 000€ journaliers. On termine ce podium avec Curve et ses presque 22 000€ de plafond mensuel.

Un plafond reste cohérent pour Curve et Max car ces 2 fintech permettent de transférer une opération sur plusieurs cartes. Donc le plafond vise à limiter le risque tout simplement, car les cartes derrières peuvent êtres en crédit ou autres.

Les banques traditionnelles et les plafonds

On vous parlait des cartes à contrôle de solde sans séquestre, débit immédiat et différé plus haut. Il était important de rappeler le fonctionnement pour comprendre donc l’intérêt du plafond.
Vous aurez donc deviné que le plafond est le rempart pour limiter la dépense vu que le solde du compte n’est pas pris en considération. Le plafond est donc fixé selon vos revenus, vos habitudes et le type de carte.

Une carte Classique est généralement munie d’un plafond de 3 000€/mois. Une Gold/Premier aura un plafond de 8 000€/mois et on arrive à 20 000€ pour une World Elite/Infinite. Ces plafonds sont donnés à titre indicatif et dépendent de votre profil et de la banque, mais c’est une moyenne.

Avec une carte Classique vous pouvez dépenser jusqu’à 3 000€ même si vous avez 0€ sur le compte. Les plafonds sont donc des gardes fous pour la banque, mais aussi pour vous.

Imaginons que vous avez 20 000€ sur votre compte. Suite à une négligence, un tiers parvient à réaliser un paiement. Vous en serez de votre poche chez N26 à hauteur de 20 000€ alors que vous n’en serez que de 3 000€ de votre poche avec une carte Classique.

Rappelons qu’en cas de négligence, sa définition est vaste, vous portez la responsabilité et la banque n’a pas à vous rembourser dans cette situation.

Les banques vous proposent cependant de revoir à la hausse les plafonds ponctuellement ou définitivement.
Presque toutes ont intégré dans leurs outils la possibilité pour leur client de demander une augmentation. Quand vous effectuez l’opération, la modification est immédiatement prise en compte.

En débit différé c’est légèrement différent, l’augmentation du plafond revient à une augmentation du crédit accordé par la banque. Il est donc possible parfois que l’application de votre banque refuse et qu’il soit nécessaire de solliciter votre conseiller pour cette augmentation du crédit.

Les organismes de crédit et les plafonds

Le fonctionnement est presque similaire aux plafonds des cartes émises par les banques traditionnelles.

La différence toutefois, c’est que la modification d’un plafond sur une carte de crédit passe par un avenant de contrat. Il faut en effet revoir à la hausse le montant du crédit renouvelable octroyé. Ce n’est qu’après l’étude de solvabilité que vous savez si un plafond supérieur peut vous être attribué.

Certaines cartes dissocient la capacité de paiement du montant accordé sur le crédit renouvelable (ex Carrefour Banque, Oney,…) mais ce sont les exceptions. La ligne de crédit (montant du crédit renouvelable) est égal au plafond de la carte bancaire et son utilisation décrémente donc le plafond.

Conclusion

Vous aurez donc compris que comparer le plafond d’une carte punitive à celui d’une carte normale est un non-sens.

Derrière le paraître de certaines personnes qui aiment montrer les gros plafonds des cartes punitives, il y a une triste réalité, c’est que le solde de leur compte est bien souvent très nettement moindre.
C’est un peu comme disposer d’une piscine olympique dans son jardin mais n’avoir que 30 000 Litres d’eau… Autant avoir une 5×5 mètres mais pouvoir la remplir complètement.

Il reste amusant de voir les discours marketing des responsables des fintech qui ne se privent pas de critiquer les banques. Affirmant que s’il n’y a pas de temps réel, c’est juste qu’elle sont vieilles. Alors que ces mêmes fintech vont utiliser les systèmes de ces banques car elles ne savent pas gérer en direct leurs flux.

« business is business » voilà la devise des fintech en officieux lors des échanges, alors que les banques c’est « let haters hate » car elles préfèrent sourire des discours car ce n’est pas là-dessus qu’il y a de l’argent à se faire. Mais ça c’est une autre histoire comme dirait Ted dans How I Met Your Mother.