Le retrait d’argent au distributeur

Nous avons souvent détaillé le fonctionnement des paiements avec votre carte bancaire. Dans cet article, nous allons nous intéresser à un autre type de flux, à savoir le retrait d’argent.

DAB ou GAB ?

Les automates s’occupant de vous délivrer les espèces portent 2 noms en France, on parle de DAB et de GAB.

  • Le DAB (Distributeur Automatique de Billets) n’a qu’une seule fonction : vous fournir les espèces souhaitées.
  • Le GAB (Guichet Automatique Bancaire) peut également fournir des espèces mais il offre en plus des possibilités complémentaires : par exemple le dépôt d’espèces, l’impression de RIB ou la réalisation de virements,…

En dehors de l’hexagone, ces automates se nomment bien souvent ATM (Automated Teller Machine). Certains pays utilisent un nommage très différent, par exemple bancontact/mistercash chez nos amis Belges. Les Suisses et les Italien eux parlent de bancomat.

Le déroulement de l’opération de retrait et son coût

Lorsque vous avez effectué les étapes pour le choix du montant et la fourniture du code PIN, le DAB va remonter la demande à votre banque afin d’avoir son accord.

L’opération est supervisée par un GDG (Gestionnaire de GAB), le but étant de router correctement les messages pour la demande et la réponse de votre banque au travers d’un réseau sécurisé et privatif, les DAB ne sont pas liés à une connexion fibre ou xDSL classique.

Une fois que l’automate vous a délivré les coupures demandées, il enregistre les différents éléments dans son journal pour preuves en cas de contestation ultérieure.

Quelques minutes ou quelques heures après votre retrait, le GDG va réclamer l’argent qu’il a délivré auprès de votre banque. En complément de la somme retirée, il va ajouter une commission dite CIR (Commission Interbancaire de Retrait). Cette commission est une facture que fait le GDG à votre banque pour la prestation.

Dès vous faites un retrait sur un DAB qui n’est pas géré par votre banque, cette dernière devra payer la banque qui gère le DAB. Ce coût global est d’environ 80cts par retrait à ce jour mais il est en évolution tous les ans en France. En dehors de la France, on est souvent sur 1,90€ par retrait.

Si vous retirez 20€, votre banque devra donc régler environ 20,80€ à la banque adverse pour votre retrait déporté. C’est pour cette raison que les banques facturent généralement les retraits qui ne sont pas opérés dans leur réseau.

Incident lors de la distribution des billets après l’autorisation

Les DAB sont des systèmes mécaniques. Il peut donc arriver qu’un incident se produise lors d’une opération de retrait. L’incident le plus courant étant un défaut technique sur la cassette. La cassette est un boîtier dans lequel se trouve toutes les coupures d’un même type de billets. Un DAB proposant des billets de 20 et 50€ est équipé donc de 2 cassettes.

Lorsqu’il y a un défaut, le DAB s’en rend rapidement compte. Au lieu de déclencher la compensation après l’opération, il remonte un dysfonctionnement à votre banque. Celle-ci annule le blocage qu’elle aurait effectué sur votre compte pour cette somme. Libre à votre banque de traiter ce message ou attendre plusieurs jours avant de débloquer un montant potentiellement gelé sur votre compte (c’est le cas lors d’utilisation de cartes à contrôle de solde).

S’agacer sur l’automate ou réitérer l’opération n’est pas une bonne idée. Dans une telle situation, il est préférable de refaire un retrait sur un autre équipement. Porter une réclamation auprès de votre banque avant que le débit ne soit réellement passé sur votre compte n’est pas nécessaire. Votre banque n’aura probablement pas l’information et vous invitera à patienter quelques jours. Dans la grande majorité des cas, le DAB ne transmettra aucun message de compensation, l’histoire s’arrêtera donc là.

Dans de très rares cas, l’automate ne s’est pas rendu compte de l’incident et il a envoyé la demande de compensation, vous êtes alors débité de votre retrait par la banque. Le crédit peut revenir automatiquement sur votre compte, mais il est préférable d’anticiper et d’aviser votre banque.

« Ma cassette »

Les DAB ont une procédure qu’on nomme « un arrêté DAB ». c’est à dire qu’on prélève son journal et les cassettes. Le journal doit indiquer l’état des cassettes et s’il existe un delta, c’est qu’une anomalie s’est produite #CQFD. Par exemple, il reste plus d’argent dans les cassettes qu’il ne devrait. Le GDG comprendra alors que des clients n’ont pas eu les coupures indiquées comme remises. Là encore, le système permet de trouver quels sont les retraits potentiellement invalides et effectuer un redressement afin que vous soyez remboursé automatiquement.

Le dernier cas est le plus lourd, votre banque doit diligenter auprès du GDG une investigation. Souvent les arrêtés sont contrôlés par des prestataires indépendants, ce sont les sociétés qui s’occupent du convoyage de fonds. Elles s’occupent de contrôler les cassettes et peuvent détecter les irrégularités afin d’en notifier le GDG.

Le GDG, alerté par votre banque, devra alors utiliser les outils à sa disposition afin de retracer le comportement de son DAB le jour là et ressortir le journal. Parfois, ils ont recours à la vidéosurveillance pour avérer vos dires lorsque le journal ne montre aucune anomalie.

C’est très rare que les investigations restent vaines, mais votre banque devra faire preuve de ténacité avec sa consœur, surtout si cette dernière est étrangère. Car souvent, le premier contrôle se limite à vérifier si un delta a été remonté. Dans la négative, l’inspection s’arrête là et vous n’êtes pas remboursé. Votre banque en relançant pourra sensibiliser l’autre banque afin de pousser les investigations.

Surtout soyez précis dans votre explication des faits. Si vous avez tardez à retirer les billets, vous devez l’indiquer, ne dites pas que le DAB n’a pas délivré les espèces, car l’incident est différent. Les billets lorsqu’ils sont ravalés vont dans un coffre et une entrée est créée en ce sens dans le journal du DAB. En étant précis, vous permettez aux équipes d’orienter leurs recherches.

Il faut s’armer de patience. Lorsqu’une enquête est lancée, il peut s’écouler un bon mois ouvré avant que les retours soient effectués. Comme nous vous l’indiquions, plusieurs acteurs sont dans la chaîne et donc une escalade est réalisée. Il faut donc attendre les retours pour tirer un diagnostic afin de répondre à votre banque.

Si votre banque vous oppose un rejet à votre demande de redressement, n’hésitez pas à la relancer en demandant les preuves du retrait en provenance du DAB et non les éléments dont elle dispose. Certaines banques ne sont pas très insistantes et se contentent d’une réponse rapide sans chercher à forcer la banque adverse à pousser les vérifications.

Carte bancaire retenue et confisquée par le DAB

Un DAB ne décide pas arbitrairement de confisquer votre carte, il va réagir à une réponse qu’il aura obtenue. Cette réponse peut provenir de votre banque ou du réseau demandant la capture de la carte bancaire. Le DAB va éjecter votre carte bancaire dans un coffre attaché à ce dernier. Il délivre un ticket vous indiquant la capture de votre carte.

Avant d’effectuer une opposition sur votre carte, nous vous invitons à vérifier si le DAB est attaché à une agence bancaire en tentant d’obtenir auprès de cette dernière la restitution de votre carte. La banque gestionnaire du DAB peut alors contacter votre banque, via un canal privilégié, afin de savoir si une opposition est formée sur la carte. Dans la négative et sur accord de votre banque, après vérification de votre identité, la banque gestionnaire du DAB vous restituera votre carte bancaire.

Le gestionnaire du DAB a le motif de capture de la carte, sachez que s’il un motif « carte bloquée », « carte confisquée », « carte volée », « carte perdue »,… il ne vous rendra pas la carte et n’effectuera pas de contrôle avec votre banque. Vous devrez gérer cette situation avec cette dernière directement.

Contactez le centre d’opposition de votre carte bancaire si vous ne pouvez pas récupérer votre carte afin de former opposition. Vous pouvez également contacter le numéro d’urgence de VISA ou Mastercard à l’étranger afin d’enregistrer l’opposition si vous ne disposez pas du numéro d’urgence de votre banque. Vous devrez alors communiquer à Mastercard ou Visa différents éléments sur vous afin qu’ils puissent retrouver la carte sans les 16 chiffres et la mettre en opposition. Pensez à vérifier dès que possible avec votre banque par la suite, que votre carte est bien opposée et qu’une nouvelle est en commande.

Suspicion de skimming après le retrait

Les fraudes sur internet étant de plus en plus complexes à réaliser, la technique qui reste très en vogue, c’est le skimming. Une technique qui consiste à détourner des éléments du DAB afin que lors de l’insertion de votre carte, un dispositif étranger puisse lire la piste au dos de cette dernière. En complément, une caméra s’occupe de filmer le clavier sur lequel le code est renseigné (parfois le clavier est remplacé par un clavier détourné).

Une fois ces données captées, elles sont transférées à des complices afin que ces derniers encodent des pistes de cartes vierges avec les données récupérées. Un nouveau complice rentre dans la danse et c’est lui qui va aller utiliser cette carte copiée dans un DAB afin de l’utiliser avec votre code PIN. Il pourra conserver un pourcentage de la somme pour sa rétribution.

La piste d’une carte ne contient que des données statiques, il est donc très facile de lire les données et encoder une piste d’une autre carte. Techniquement, on peut convertir la piste d’une carte de fidélité Total en carte bancaire, elle fonctionnera alors sur de nombreux péages et parking ainsi que sur des DAB qui utilisent la piste à la place de la puce.

Prévention et lutte contre la fraude

Des systèmes existent pour détecter ces fraudes, ils sont efficaces auprès des principaux acteurs,souvent épaulés par les outils de Mastercard et VISA. Ces fraudes parviennent à être détectées et selon la gravité des contres mesures sont prises. Cela peut aller jusqu’au remplacement de la carte bancaire. Il faut savoir que les individus détournant les cartes ne réitèrent pas sur une longue période les retraits. Après quelques tentatives infructueuses, ils cessent leurs tentatives en comprenant que la carte n’est plus valide.

Pour se protéger du skimming, il y a quelques gestes simples, le premier c’est de masquer le clavier. Avec ce geste simple de la main gauche couvrant votre main droite, vous limitez drastiquement les risques. La caméra ne pouvant filmer la zone de saisie du code PIN (attention elles peuvent se trouver sur le côté ou en face du clavier, mais le plus souvent elles sont sur le haut, là où il y a la lumière). Vous pouvez également inspecter le DAB en vérifiant la zone d’insertion de la carte, mais on préfère vous prévenir, vous risquez d’être regardé bizarrement.

Préférez toujours des DAB adossés à une agence bancaire, même si possible, des DAB à l’intérieur d’une agence bancaire. Ce sont ces automates là qui sont le moins prisés par ces individus, ils préfèrent des DAB détachés et souvent moins surveillés.

Si votre banque vous propose de bloquer / débloquer les retraits d’espèces, n’hésitez pas à utiliser cette fonctionnalité. Lorsque ce n’est pas proposé, vous pouvez également utiliser une carte proxy comme Max ou Curve pour ces opérations. C’est également possible avec Revolut ou N26 mais il faudra penser à alimenter le compte avant le retrait.

Soyez autant vigilant en France qu’à l’étranger sur ces opérations. Il n’est pas nécessaire pour autant de céder à la paranoïa, les outils pour lutter contre ces fraudes sont efficaces et permettent de réduire drastiquement les retraits frauduleux. Si les DAB cessaient d’utiliser la piste et passaient à la puce, le problème serait réglé, la copie intégrale de la puce étant impossible.

Conclusion

Les incidents de tous genres sont possibles sur les DAB, mais l’encadrement et les mesures prises permettent de drastiquement réduire l’impact pour vous.

Concernant les fraudes, un geste simple réduit également vos risques. Il rentrera dans votre quotidien, y compris lorsque vous payez chez un commerçant, car là aussi il est important de saisir son code à l’abri des regards.