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Le TPE ou DAB font le change en devise pour vous : une fausse bonne idée

Nombreux sont ceux d’entre vous qui séjourneront hors de la zone euro cet été. Certains TPE ou DAB vous proposeront d’effectuer le change de vos achats ou retraits immédiatement. Est ce une bonne ou une mauvaise idée ?

DCC, trois lettres souvent source de déceptions

Le DCC (Dynamic Currency Conversion) est une application qu’un commerçant peut installer sur son TPE. Elle peut être également embarquée dans l’application de gestion d’un DAB. Le but étant de réaliser l’opération dans la devise de votre carte, on parle de CPC (Cardholder Preferred Currency).

Côté TPE, le déploiement du logiciel DCC n’est pas automatique. C’est au commerçant de demander l’ouverture auprès de sa banque ou du prestataire gérant son Terminal de Paiement Électronique.

La raison d’être du DCC

L’idée d’origine était de permettre au consommateur d’être facturé dans sa propre devise avec le taux de change du jour. Cela permettait de connaître précisément le montant à régler et de n’avoir donc aucun frais.

Les réseaux y voyaient également une facilité pour les déplacements professionnels. Vous étiez ainsi remboursé sur fourniture du justificatif et non une estimation de l’employeur à défaut de fournir un relevé de compte.

Le choix est toujours laissé au porteur. Vous pouvez donc payer dans votre devise ou celle du commerçant. Si vous choisissez votre devise, vous aurez sur le reçu carte le montant dans la devise du commerçant et le montant dans votre devise, avec généralement le taux appliqué.

Le DCC ne couvre pas toutes les devises qui existent sur le globe mais une large majorité d’entre elles.

Le problème, c’est que le DCC s’est rapidement retourné contre le porteur. Le dispositif devait être équitable. Il s’est transformé en une source de revenus pour le commerçant et sa banque également.

Le taux de change est en moyenne de 5% et parfois on frôle les 10%. Cela reste transparent pour les non aguerris, car en réalité c’est le taux de change qui est dégradé. On retrouve ce comportement chez PayPal, Amazon, ou Revolut (Le taux est dégradé de 0,5% chez Revolut le week end).

D’un autre côté, certaines banques chez les porteurs n’ont pas joué le jeu. Par conséquent, elles se sont mises à prendre des frais pour des opérations en EUR effectuées hors de la zone € et cela même si vous étiez dans l’EEE.

Par conséquent, payer en EUR quand vous êtes en Grande Bretagne, au Danemark, en République Tchèque, en Croatie,… occasionne des frais dans de nombreux établissements, alors qu’ils sont illégitimes.

Ce comportement et cette attitude, qui ne sont pas spécifiques aux banques françaises, ont donc fait tomber le DCC en disgrâce. Tout le monde y gagnait, sauf le consommateur.

L’intérêt du DCC à présent

Le DCC n’est pas totalement invalidé par les réseaux (Visa et Mastercard). Toutefois, il est devenu très encadré.

Il faut dire que Visa comme Mastercard se sont heurtés à de nombreuses procédures. Depuis quelques années, les émetteurs de cartes peuvent faire des contestations pour ces transactions quand le client n’a pas été clairement avisé ou n’a pas pu faire le choix.

Depuis 2010, Mastercard et Visa redoublent d’efforts pour mettre un terme à ces pratiques de DCC en filtrant les commerçants. Malheureusement, sur un certain nombre de commerçants, les réseaux n’ont pas la main pour agir et l’empêcher.

Les restrictions et règles mises en place par les réseaux

En avril 2019, c’est Mastercard qui a frappé le premier. Le réseau a interdit de pratiquer du DCC sur toutes les cartes multidevises catégorisées comme « PREPAID ». Le blocage doit se faire côté acquéreur, c’est à dire généralement la banque du commerçant (ou son prestataire). Certains cherchent encore à échapper aux règles. Mastercard parvient à détecter bon nombre de ces transactions pour les bloquer.

Mastercard en a profité pour étendre le blocage à l’ensemble des cartes lorsque la transaction s’effectue via PayPass (Sans Contact), dans la mesure où le code PIN (Online PIN) n’est pas requis. Le but de PayPass étant de réaliser rapidement une transaction, elle devra toujours se faire dans la devise du commerçant.

Les règles imposent que le commerçant obtienne votre consentement pour le DCC, et qu’il n’effectue pas la sélection à votre place. En cas de non-respect de cette obligation, vous pouvez initier une contestation auprès de votre banque (chargeback). La finalité sera d’obtenir le débit dans la devise locale et non celle de votre carte. On parle d’un 4846 chez Mastercard et un 70 chez Visa, car ce dernier s’est rallié à Mastercard pour le Sans Contact nommé PayWave chez lui.

La DSP2 au secours des clients

L’Europe au travers de la DSP2 et son article 59 est venue renforcer les obligations des fournisseurs de services DCC (en générale les banques) en imposant une présentation claire et sans ambiguïté.

Par exemple, si vous êtes au Danemark, avant d’entrer votre PIN, le terminal doit vous demander « Payer en DKK » ou « Payer en EUR ». Les montants en DKK, en EUR et le taux de change doivent être clairement indiqués.

Côté DAB (ATM), c’est la même politique qui vient s’appliquer, mais de manière encore plus claire et transparente, dans la mesure où l’écran est plus large et peut contenir d’avantages d’informations. Terminées les questions mal formulées dans l’EEE afin de vous faire prendre le DCC au lieu de la devise du pays.

Du côté européen, ce fonctionnement est encadré. Au point que même dans la compensation de la transaction, l’acquéreur (généralement la banque du commerçant) doit fournir des informations sur le DCC s’il est utilisé.

Malheureusement, cela n’est pas aussi clair en dehors de l’EEE, il vous faudra donc être vigilant. Mais gardez à l’esprit que si on vous impose un DCC par défaut, vous avez le droit de contester la transaction auprès de votre banque. Cette dernière devra alors suivre les règles Visa ou Mastercard afin d’établir la procédure de chargeback.

A notre niveau, même si votre banque applique un fixe plus un proportionnel sur votre opération en devise, nous vous recommandons de ne jamais utiliser le DCC. Comme nous l’indiquions, elle pourra vous appliquer des frais d’une opération en devises si le DCC en EUR est effectué hors zone €. Gardez à l’esprit que 10% est de plus en plus le coût du DCC une fois le taux de change dégradé. Donc vous n’en sortirez pas gagnant.

Empêcher le DCC au niveau de la carte

Techniquement, il est possible de supprimer la valeur CPC (Cardholder Preferred Currency) d’une carte bancaire. Lorsqu’un terminal voudra connaître sa devise, elle répondra 0 au lieu de 978 pour l’Euro. Toutefois, les effets de bord sont nettement supérieurs à l’intérêt d’une telle configuration. Par conséquent, la devise de votre carte restera toujours configurée par l’émetteur de cette dernière.

La meilleure prévention contre le DCC, c’est vous ! Il vous faudra donc vérifier le montant et la devise indiquée par le TPE avant de saisir votre code PIN. Si vous voyez EUR, alors appuyez sur la touche correction pour voir si vous remontez dans le choix du DCC, le cas contraire, indiquez au commerçant que vous souhaitez être facturé dans sa devise et non dans votre devise.

Conclusion

Les cartes émises par les banques Françaises embarquent au moins 2 langues dans la configuration, à savoir le français en prioritaire, et l’anglais en secondaire. Cette information de langue dans votre carte va permettre au TPE ou au DAB soit de vous proposer de changer la langue, soit d’adopter par défaut le Français pour les messages et informations.

Si cela vous est proposé, optez toujours pour le français, à défaut pour l’anglais afin de bien saisir les subtilités de certaines phrases en dehors de l’EEE.

Soyez toujours vigilant, c’est le mot d’ordre sur le DCC lorsqu’un terminal vous demande de renseigner votre code PIN.