Marketplace : Ces chèques qui pourraient vous coûter chers

Chèque

Après vous avoir présenté dans un premier article, l’escroquerie aux chèques et aux virements, abordons à présent une variante de plus en plus à la mode sur certaines places de marché.
Récemment, les escrocs ont fait évoluer leur stratagème. À présent, ils vous sollicitent pour payer en dehors d’une place de marché ( Ebay, Le Bon Coin, Vinted…). L’excuse consiste à plaider une anomalie pour payer par carte bancaire ou autre, et donc la personne a besoin de votre RIB (en réalité de l’IBAN).

L’attrait d’économiser quelques frais

Pour beaucoup, cela n’est pas un problème de communiquer son RIB afin d’être payé ainsi. Ils pensent pouvoir économiser les frais de la place de marché. Jusque-là, cela ne sent pas vraiment l’arnaque chez la majorité des victimes.
Dans l’idée des gens, communiquer un RIB/IBAN n’est pas quelque chose de sensible, du moins « on ne peut rien en faire ». Alors il est vrai qu’on ne peut pas prélever sur votre compte sans consentement de votre part, la banque doit vous notifier et contrôler le mandat. Si cela n’est pas réalisé et qu’un prélèvement se trouve porté au débit de votre compte, il sera extourné par votre banque, et cela sans délai. Une opposition au RUM (identifiant du mandat de prélèvement) sera formée et aucun autre prélèvement pour ce même RUM ne sera possible.
Dans notre cas, le but des escrocs n’est pas de faire prélever une facture d’un opérateur de téléphonie mobile sur votre compte. Non, leur but c’est de savoir si vous avez une banque « souple » pour le dépôt de chèques. Par « souple », il faut comprendre l’absence de contrôle sur le déposant d’une remise de chèques.

Un chèque à la place du virement attendu

L’escroc va en réalité déposer un chèque volé ou perdu sur votre compte. A partir de là, le discours de l’escroc va changer, il va plaider une erreur de manipulation de sa part ou d’un proche. Il vous demande alors de lui rembourser le delta entre le prix du produit qu’il prétend vous acheter et le montant déposé sur votre compte.
Grand nombre de victimes conçoivent ce type d’erreur et sont disposées à rembourser la différence. D’autant que sur ce type d’arnaques, il est rare de voir des sommes dépassant les 1 000€, on tourne plus autour de 500, voir 800€ afin de ne pas affoler la victime ni éveiller les soupçons trop rapidement.
Mais voilà, tout comme l’escroquerie initiale, la remise reviendra impayée avec les mêmes conséquences que celles que nous avons abordés au point précédent.

Service de mule pour un escroc

Nous avons déjà vu un autre manège de la part des escrocs. Ils vous font une ou plusieurs remises de chèques « réglos », c’est-à-dire qui ne reviennent pas impayés. Cela est rendu possible avec l’ouverture frauduleux d’un compte dans une banque en ligne. L’escroc parvient à y obtenir un chéquier après avoir ouvert le compte.
Il va donc déposer des chèques de 300 / 500€ en mettant sa victime en confiance, tout en entretenant la relation pendant quelques semaines. Avec 4 ou 5 remises, la victime s’est faite 200€, donc plutôt une « bonne affaire » pour elle qui exclut toute possibilité d’escroquerie car les chèques ne sont pas en impayés.
Un jour, soit l’escroc va proposer de gagner beaucoup plus, c’est généralement ce scénario qui a la primeur. La victime en confiance va accepter. Et là, les chèques déposés seront bien plus conséquents, avec des virements d’autant plus conséquents à faire, mais des gains nettement supérieurs. Vous vous en doutez, à partir de là, les chèques seront tirés sur des formules déclarées perdues ou volées.
Dans certains cas, l’escroc dépose sans prévenir une grosse remise sur le compte de sa victime. Il va la contacter en lui disant qu’il s’est trompé entre 2 comptes, et qu’il a mis le chèque de 500€ à une autre personne, et à sa victime il lui a mis le chèque de 5 000€… Résultat, il va lui demander de renvoyer l’argent avant que son « boss » ne découvre l’erreur et le vire dans la foulée… La victime en confiance accepte pour ne pas causer de torts… Mais voilà, ce chèque-là sera en avis d’impayé et l’escroquerie se sera refermée sur la victime…

Conclusion

Ne sortez JAMAIS des places de marchés. Que ce soit pour de l’achat de biens ou de services. Si la place de marchés vous propose ses solutions de paiements, restez dessus. Vous faites une réservation d’un endroit pour vos vacances par Airbnb, le vendeur vous propose de faire la réservation par virement, ne le faites pas !
Certains discours sautent aux yeux, et l’arnaque se repère de loin, par exemple, solliciter votre aide en encaissant de l’argent et en le renvoyant afin que la société paye moins de charge fiscale. L’escroc va vous dire qu’il préfère vous donner de l’argent à vous plutôt qu’aux impôts… Fuyez très loin ce genre de discours !
Le chèque est souvent montré du doigt, alors que c’est un outil de paiement qui est très pratique. Ses cas d’usages sont multiples, et il peut souvent s’avérer être l’unique moyen de paiement car la carte n’est pas acceptée. Vous faites venir un artisan chez vous, en général, le règlement se fait par chèque. Vous avez des paiements à faire pour la scolarité de vos enfants, c’est là encore souvent par chèque afin de ne pas recourir aux espèces…
Sur l’année 2019, rien qu’en France, le chèque représente un volume financier de 621.41 billions d’euros. Alors que toutes les cartes bancaires confondues représentent sur cette même période 371.3 billions d’euros pour les paiements et 37.78 billions d’euros pour les retraits.
Ce sont les virements en France, pour un total de 3886.54 billions d’euros qui précèdent les chèques.
Si vous pensez qu’en 2020 la tendance est renversée, vous faites erreur, sur les mois d’octobre, de septembre et d’août, le chèque est toujours en seconde place derrière les virements.
Nous concluons en vous disant qu’il ne faut pas diaboliser le chèque. Il faut juste bien comprendre son fonctionnement, et assimiler qu’il peut revenir impayé. C’est pourquoi, même si les fonds sont immédiatement crédités et disponibles, accordez-vous quelques jours de recul. En cas de doute, et cela même pour un soit disant « chèque de banque », consultez votre conseiller et demandez un « avis de sort ».