Numberless : les cartes bancaires sans numéros

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La majorité des acteurs fintechs sont conscients qu’ils sont incapables de rivaliser avec une véritable banque en termes de services et d’accompagnement des clients dans leurs projets. En étant un compte annexe, ces entreprises cherchent donc à se démarquer pour susciter l’intérêt. L’argument « Numberless » remplacera t’il prochainement l’argument des cartes Metal ?

Numberless, faire du neuf avec du vieux

Ne pas faire figurer, tant sur le recto que le verso de votre carte son numéro, son expiration ou encore son cryptogramme (CVx2), voilà la définition de « numberless ».

On pourrait penser que cela est révolution, un peu comme la suppression de l’embossage des cartes. En réalité, c’est une recommandation de Mastercard qui remonte à 2003, oui presque 20 ans déjà. Cette recommandation fût suivie en Allemagne, aux Pays-Bas, en Autriche, en Suisse et dans bien d’autres pays. Ces derniers ont adopté une pratique « numberless » pour leurs cartes émises sur le réseau Maestro, un réseau ayant vu le jour en 1991 pour rappel.

En France, le réseau Maestro est souvent associé aux clients fragiles. Ailleurs, ce réseau est tout simplement un réseau pour les cartes de débit, alors que Mastercard est associé aux cartes de crédit. Toutefois, les 2 permettent depuis toujours de payer dans les commerces ou à distance, par internet, par téléphone, par courrier.

Tous les pays n’ont pas suivi cette politique avec leurs cartes Maestro. Par exemple, nos voisins Belges ont depuis toujours Maestro qu’ils nomment souvent « Bancontact », le moyen préféré par nos voisins pour les paiements. Ils réservent encore souvent Mastercard et Visa pour les cartes de crédit. Chez eux, les Maestro portent sur le recto l’ensemble des informations (numéro de carte, expiration, numéro de compte…).

Les cartes numberless accessibles aux résidents français

Vous n’êtes pas frontalier avec des pays comme le Luxembourg, la Suisse ou l’Allemagne? Il y a peu de chance que vous y disposiez d’un compte bancaire et donc une carte Maestro « numberless ».

bunq est le premier prestataire bancaire à faciliter l’accès à ces cartes pour les résidents français. Depuis 2017, il est possible d’obtenir une telle carte chez bunq. Aucun numéro sur la carte, ils sont exclusivement consultables dans l’application de bunq.

En 2019 c’est Apple qui ressort ce fonctionnement vieux de plus d’une dizaine d’année pour promouvoir son Apple Card en insistant sur le côté sécurité par l’absence des chiffres sur la carte. Comme bien souvent chez Apple, cela ressemble à une innovation Apple, mais en réalité, pas du tout, c’est juste la copie du fonctionnement de Maestro.

Pour information, les Maestro n’ont pas de zone de signature par défaut.  Chez bunq, vous ne trouverez pas cela non plus. Parfois c’est ajouté afin que la carte soit plus facilement acceptée lorsque la piste est utilisée sur les réseaux partenaires à Maestro comme Girocard.

A présent, c’est Curve qui fait la promotion de cette « nouvelle génération » de carte bancaire. Est-ce qu’on peut vraiment les juger de faire cela ? Pas vraiment, en fait toutes les personnes au marketing vous font croire qu’ils ont inventé le feu, et ils sont doués. Comment vendre un frigo à un esquimau ? Facile appelez une personne qui travaille au marketing dans une fintech. Oui Rico, on sait ce que tu penses ! effectivement, pas n’importe quelle fintech non plus !!

La non-généralisation aux cartes Mastercard

On serait en droit de se demander pourquoi Mastercard n’a pas introduit les mêmes recommandations pour les cartes de son réseau primaire. Pour le réseau Mastercard, la seule recommandation c’est d’en finir avec l’embossage des cartes et migrer sur des gravures au laser, voir simplement de l’impression.

La réponse tient dans le fait que les cartes Mastercard sont souvent associées à un statut « CREDIT », et par conséquent, ce type de carte est utilisé dans des processus de réservations (hôtel, véhicule, caution…). Lorsqu’on est confronté à ces usages, l’embossage reste important. Pourtant, ce qui est précieux, c’est la validation des informations de votre carte par le professionnel. Ils ont même des autorisations spécifiques pour le traitement des transactions.

Bien que Mastercard pousse à mettre fin à l’embossage à coup de campagnes auprès des professionnels, certaines politiques internes de ces derniers sont un obstacle à l’acceptation de cartes « lisses ».

Pour Mastercard, mais également Visa et les banques traditionnelles, le plus important ce n’est pas le design de votre carte, c’est son acceptation. Entre un design lisse ou embossé, pour le moment, l’embossage garde la préférence pour les cartes « CREDIT » afin que les clients ne soient pas refoulés ou bloqués par des professionnels. L’équilibre entre le design est l’acceptation est donc trop compliqué en l’état.

Les effets négatifs d’une carte dite « numberless »

L’embossage est déjà une étape que de nombreux professionnels à travers le monde n’ont pas dépassé. Ne parlons même pas du type « CREDIT » ou « DEBIT » des cartes. L’absence du numéro de la carte et son expiration viennent compliquer le contrôle de certains paiements.

Il n’est pas rare de devoir présenter la carte ayant servie au paiement pour retirer un achat effectué à distance par exemple. Les professionnels se reposent non pas sur un contrôle d’identité, mais sur le fait que le payeur est présent pour retirer, pour cela ils vérifient le numéro de votre carte (le PAN). Même politique pour certains remboursements, ils vérifient que la carte ayant payée est identique à celle qui doit bénéficier du remboursement.

Toutes ces situations créent un parcours dit « friction » alors que la carte et plus généralement le paiement est souhaité « frictionless ».

Les contrôles par exemple des crédits à effectuer sur une carte font partis d’un ensemble de règles que le commerçant doit respecter. Ces règles sont dictées par les réseaux CB, VISA, Mastercard. Le non-respect ne veut pas dire qu’un remboursement ne passera pas, mais le remboursement peut être fortement retardé voir rejeté.

En « DEBIT » ces situations sont rares, ou alors très occasionnelles, par conséquent, sur une Maestro, ces situations sont gérées par le côté électronique du remboursement. En « CREDIT » on est plus fréquemment dans des usages internationaux et si vous partez dans un pays comme l’Asie qui vous imposera sa règle, ce ne sera pas vous, français, qui allait apprendre au commerçant ce qu’il peut ou non peut pas faire.

Si un employeur dit à son salarié, tu me contrôles ça ainsi, l’employé s’exécutera. Il n’est pas là pour débattre avec un client des règles, il vient au travail pour gagner sa vie.

La vision du réseau VISA

Il est rare que les visions de Mastercard ou de Visa divergent sur des points comme l’acceptation des cartes. Visa n’est pas opposé au côté « numberless ». Preuve en est qu’en Allemagne, les cartes V Pay sont numberless.

Pour Visa, comme pour Mastecard, les cartes ne doivent jamais créer de friction. Il faut donc qu’elles gèrent au mieux toutes les situations que les usagers peuvent rencontrer. C’est d’ailleurs ainsi qu’est pensé le « sans contact », le client ne doit se soucier de rien. En cas de problème, les règles réseaux s’appliquent et le client est indemnisé.

Il n’y a donc pas de gestuelle à apprendre, de déverrouillage à faire, de doigt à sécher, de visage à découvrir…

« Posez c’est payer », une expression qui sera encore plus réelle avec la carte biométrique qui gère très bien l’humidité des doigts, grâce aux technologies du leader mondial de la sécurité, IDEMIA.

Conclusion

Si vous ne sortez pas de l’hexagone, que vous êtes plutôt sédentaire sans location, une carte numberless ne sera jamais un obstacle. Vous pouvez donc adopter ce type de carte sans aucune contrainte.

Si en revanche vous êtes un voyageur, c’est-à-dire que vous quittez l’Europe au moins 1 fois par mois, et que vous êtes confronté à des locations, avance de frais sur les hôtels, une telle carte vous posera rapidement des frictions avec les commerçants. En argumentant vous obtiendrez peut-être gain de cause, mais après combien de temps.

Il est toujours recommandé d’avoir une carte « normale » avec vous, même si cette dernière occasionnera peut-être des frais. Ces derniers seront toujours moindres que le temps perdu à débattre du bien fondé d’un design de carte bancaire.

Il faudra encore plusieurs années avant que les règles ne changent et que ces cartes ne soient plus un frein pour certaines situations. Avant cela, les frictions « DEBIT » / « CREDIT » pour les locations seront réglés.