payer les transports

Payer les transports publics avec sa carte bancaire

Au travers de 2 articles, nous allons aborder comment payer les transports publics par carte bancaire ou xPay. La seconde partie sera consacrée au fonctionnement technique d’une norme devenue incontournable dans le paiement des transports.

Lorsque nous sommes à l’étranger pendant les vacances, nous avons souvent tendance à avoir un regard très positif sur les infrastructures, les fonctionnements. Dans le même temps, nous critiquons ce qu’on retrouve dans notre pays de résidence. C’est comme ça, nous nous souvenons plus facilement du mauvais que du bon, et donc les critiques fusent.

Demandez à des personnes en région parisienne leurs avis sur le métro, le RER,… vous allez avoir surtout des critiques sur le fonctionnement. Mais posez cette même question à des touristes, ils vont, sans doute, trouver ça génial.

Nous allons comparer le fonctionnement de TfL (Transport for London) avec celui de Île-de-France Mobilités (anciennement STIF).

Les politiques de règlements

C’est le point de départ des critiques pour les franciliens : le règlement des transports et le mode d’acquisition du droit de passage pour l’utilisation du métro. Il existe plusieurs méthodes de règlements pour s’acquitter des frais liés à son déplacement :

Le prépaiement

Avec cette solution, vous réglez d’avance un ou plusieurs trajets avant d’emprunter le réseau de transport. Vous n’avez donc plus à vous soucier d’un futur règlement à venir. Vous vous êtes déjà acquitté du droit de passage en connaissant d’avance son coût.

L’un des avantages, c’est qu’il n’est donc pas nécessaire de pointer en entrée et en sortie du réseau. Le trafic est donc plus fluide. Ce système vous évite ainsi les incidents en sortie : tickets perdus, conflit carte, problème technique. Vous pouvez faire un parallèle avec les concessionnaires autoroutiers qui vous facturent le tronçon en entrée. Vous pouvez donc sortir à la bretelle de votre choix sans repasser par un péage.

Le post-paiement

Le réseau préfère vous facturer le trajet une fois le parcours terminé (unitaire ou journalier). Il sera obligatoire pour ce dernier de savoir où vous êtes entré et où vous êtes sorti. Le réseau appliquera la facturation correspondante à vos trajets.

Vous cumulez ainsi les déplacements, et vous aurez en fin de période le montant que vous devrez payer. Là encore, vous pouvez faire un parallèle avec certains tronçons autoroutier où vous entrez sur le réseau sans payer. Vous avez le montant du règlement lorsque vous le quittez. Durant ce laps ce temps, c’est un peu la surprise.

Le regroupement

Dans la même politique que le post-paiement, le regroupement consiste à cumuler tous vos parcours et vous facturer en une seule fois vos déplacements. Bien que généralement les trajets regroupés soient facturés de manière mensuelle, il est possible de le faire sur un cycle hebdomadaire ou encore journalier. Cela a toutefois une contrainte, il n’est pas fréquent d’avoir une facture globale pour la période. Par exemple en autoroutier, il vous faudra garder tous les tickets et vous aurez le numéro de la semaine sur votre relevé carte bancaire avec le débit. Cela complique donc le suivi des débits à venir sur votre carte bancaire.

Le forfait

Le fonctionnement d’un forfait est vaste. Vous pouvez y trouver une facturation à l’unité, un prépaiement d’un certain nombre de trajets / d’une zone, ou encore de l’illimité par exemple.

Le dénominateur commun reste le fait de pouvoir bénéficier d’une interface pour suivre votre usage, d’une facture récapitulative et d’un prélèvement SEPA pour vous acquitter de votre forfait. Cela n’est pas adapté aux touristes. Cette méthode nécessite une connaissance du client et ses informations pour le paiement. Les 3 méthodes précédentes permettent, contrairement au forfait, de n’utiliser qu’une carte bancaire.

De nombreux pays ont retenu le prépaiement, pour une raison très simple, vous payez d’avance le tarif. Vous n’avez pas de surprise lors du débit sur votre carte bancaire pour les trajets. Vous maîtrisez donc mieux votre budget. Mais surtout, c’est universel, un touriste pourra s’acquitter d’un ou plusieurs titres, avec possibilité de réduction sur la quantité sans avoir besoin de prendre un forfait. Il pourra également choisir l’offre de prépaiement la plus adaptée.

Le prépaiement permet donc d’anticiper ses déplacements en choisissant l’offre la plus adaptée sur la durée (journée, semaine ou mois). Il est ainsi possible d’économiser sans devoir acheter un forfait, qui bien souvent n’est pas ouverts aux touristes.

Le prépaiement en réglant par carte bancaire

En général, dans les transports en commun, le prépaiement consiste à acheter son titre de manière physique via un ticket. C’est également possible de manière dématérialisée avec une application par exemple (Jeton, QR Code, Code barre EAN,…). Le titre est ainsi valable pour une période donnée, et connue d’avance.

L’un des avantages principaux en utilisant des bornes ou applications, c’est que le taux d’acceptation d’un paiement carte est plus élevé. Il est très rare d’avoir des refus, sans compter la possibilité de régler en espèces par exemple. Un portique gérant directement le paiement aura des contraintes techniques qui l’obligeront à refuser certaines cartes.

En prépaiement il y a très peu d’incidents sur le fonctionnement. Le paiement reste fiable. Les incidents sont plus matériels : perte du ticket, défaillance du ticket.

Le post-paiement et le regroupement par carte bancaire

Cette méthode du post-paiement et du regroupement, c’est le choix retenu par TfL lorsque vous disposez d’une carte bancaire compatible avec le système.

Vous devez ainsi présenter la carte de paiement (physique ou virtualisée) qui servira de pointeuse. Lors de votre premier passage, le système se contente d’enregistrer votre carte et d’émettre si besoin une autorisation. Il sera obligatoire de pointer à nouveau en sortie du réseau afin que le système puisse savoir quel tarif vous appliquer. TfL a intégré un système de seuil. Une fois ce seuil atteint, vous ne serez pas facturé davantage pour la journée. C’est comme si vous aviez pris un ticket avec utilisation illimitée pour la journée.

Ce système a toutefois une contrainte, vous devez pointer en entrée et en sortie avec le même dispositif. Si vous ne pointez pas, alors c’est le tarif le plus cher qui vous sera appliqué. C’est comme si vous aviez perdu votre ticket.

Le problème c’est qu’il y a 2 engorgements, l’un lors du pointage pour entrer dans le réseau, et le second pour en sortir. Côté monétique, il y a également de manière récurrente et soutenue des contestations des porteurs. Ces derniers se voient facturer le tarif plein alors qu’ils n’ont fait qu’un passage la journée là. Cela peut se produire en cas de dysfonctionnement du portique. Les incidents sont rares sur le tube, mais ils existent, obligeant TfL à redresser certaines transactions après contestation.

Les trajets étant regroupés, il est également plus complexe de suivre les débits et la facturation. TfL a d’ailleurs mis en place un site internet où les porteurs peuvent suivre les mouvements. C’est cependant difficilement utilisable avec une carte virtualisée dans Apple Pay, Samsung Pay, Google Pay.

Utiliser d’ailleurs une carte dans un xPay est fortement déconseillé. Si le token change entre votre entrée et votre sortie du réseau, vous ne serez pas facturé au bon tarif. C’est comme si vous n’aviez pas pointé la sortie. Un problème qui sera résolu avec Apple Pay Express si votre carte est compatible.

Avoir recours à une carte est certes plus simple, mais risque d’occasionner de mauvaises surprises en post-paiement.

Apple, Samsung, Orange et Île-de-France Mobilités

Le réseau Île-de-France Mobilités propose de dématérialiser le titre de transport sur un mobile Samsung ou sur des mobiles Android compatibles SIM Centric. Apple n’est pas compatible, pour le moment. Certains soulèvent un problème de respect de la vie privée, mais ce n’est pas l’objet du problème .

Parlons un peu d’ « Open Fare Payment System ». C’est ainsi qu’on nomme les systèmes de transports basés sur une validation hors accès jetable à usage unique à l’instar des tickets. Ces systèmes stockent des données pour suivre les usagers et réaliser la facturation.

Samsung n’est donc pas plus laxiste qu’Apple en termes de sécurité. Il s’agit juste là d’une question d’ouverture du constructeur.

Dans tous les cas, une carte sur un mobile est décorrélée de votre carte physique. Il n’est donc pas possible pour un portique de faire le lien entre votre carte physique et une carte virtualisée. C’est pour cette raison que sur TfL, à Londres, si vous passez une fois avec votre montre, puis votre téléphone et finalement la carte physique, TfL aura 3 cartes différentes et distinctes.

Apple avait très certainement des exigences pour l’accès à Wallet, à l’instar de celles pour les banques, et Île-de-France Mobilités n’était certainement pas dans des dispositions pour les accepter. Avec ODA la question ne se pose pas trop mais depuis Apple a décidé de proposer « Transport Express ». Cette fonctionnalité oblige les réseaux de transport à opérer des modifications pour être compatible avec cette norme d’Apple.

Sous Android avec SIM Centric il est possible de valider un titre de transport même si le mobile est éteint ou si la batterie est vide. Pour tenter de faire aussi bien, Apple propose le mode « Réserve » sur « Transport Express ». L’idée est de proposer la même chose qu’Android mais avec une limite de 5h.

Il ne fait guère de doutes qu’Île-de-France Mobilités cédera aux exigences d’Apple à l’image des banques pour l’accès à Wallet.

Côté Android c’est plus simple. Samsung supporte nativement le service avec Samsung Pay. Pour les autres mobiles, il faudra être chez Orange qui est l’un des derniers réseaux, avec SFR, à supporter encore SIM Centric.

Pour rappel, SIM Centric consiste à utiliser la carte SIM comme un élément de sécurité. A ce jour, il faut rappeler que seule la carte SIM est vue comme suffisamment sécurisée par Visa, Mastercard ou CB pour faire du hors ligne sur les paiements mobile. Malheureusement, les pionniers de 2012 (BNP, La Banque Postale, Crédit Mutuel, Société Générale et CIC) ont tous fermé ce service par manque d’intérêt. Seul Orange Bank, et Orange Cash pour ses derniers mois, utilisent encore SIM Centric pour le paiement mobile sous Android.

Les choix d’Île-de-France Mobilités et de Tfl

Lorsque vous désirez utiliser le réseau de TfL, il vous faut une carte bancaire compatible ODA. A défaut, il faudra avoir recours à une carte dédiée nommée oyster que vous devrez recharger.

Île-de-France Mobilités a préféré un système de prépaiement plutôt que post-paiement. Le choix clairement se défend. Il n’est pas plus compliqué à saisir que les 4 zones de Londres sans compter les déplacements interzones.

Il n’y a pas de bons ou de mauvais élèves dans les transports. A ce jour, il n’existe pourtant pas de solution universelle qui plaise à tout le monde. Chaque solution dispose de ses avantages et de ses inconvénients. Il est facile quand on est touriste français dans un autre pays de jeter l’opprobre sur IDF Mobilités. Il y a cependant un monde entre la vie de touriste dans un pays à l’étranger et vivre dans ce même pays au quotidien.

Une certitude, sur TfL, même si vous avez une carte qui vous alerte sur chaque transaction, lorsque le premier paiement de la journée passe, les suivants seront acceptés également. A moins que vous ayez demandé l’inscription de votre numéro sur la liste noire de TfL. Dans ce cas, vous devrez donc gérer une contestation avec votre banque lorsque le débit global tombera.

Certains utilisateurs trouvent indispensable d’avoir les notifications lors de chaque paiement. Ils préfèreront un système de prépaiement. Ils verront ainsi en temps réel l’opération sur leur compte à chaque transport plutôt qu’un débit supérieur et inconnu à l’avance.

Un avantage de IDF Mobilités, c’est aussi de pouvoir prendre par exemple un carnet de tickets avec un coût dégressif à utiliser ultérieurement. Le touriste a alors un tarif préférentiel sur ses trajets même s’ils ne sont pas tous utilisés le même jour.

Conclusion

Dans l’article suivant, nous allons revenir de manière plus précise sur ODA (Offline Data Authentication) qui est utilisé dans plusieurs villes, notamment à Londres pour le transport public. Vous allez voir que tout n’est pas si rose ( contrairement à Toulouse). Il ne s’agit pas d’un choix résultant d’une dette technique, mais plus un positionnement par rapport au service que l’on veut offrir.