Cartes punitives : pourquoi les banques traditionnelles limitent les plafonds ?

Opinion

Contrairement aux cartes bancaires distribuées par Revolut ou N26, les cartes à autorisation systématique couplée au contrôle de solde et séquestre, délivrées par des établissements bancaires « traditionnels » n’ont pas des plafonds très élevés.

Une carte pour chaque segment de clients

Pour les banques historiques, le but d’une carte bancaire est de pouvoir payer en toutes situations. Il n’est pas dans leur ADN de délivrer une carte de paiement qui pourrait vous occasionner des difficultés dans l’usage. L’acceptation de votre carte est une ligne de conduite tenue par toutes les banques traditionnelles.
Elles délivrent donc très majoritairement 2 types de cartes :

  • Les cartes à débit immédiat au fil de l’eau.
  • Les cartes à débit différé.

Dans le cas des cartes à débit immédiat, il n’y a quasiment jamais de contrôle de solde et encore moins de séquestre. Par conséquent, votre banque ne débite votre compte qu’au moment où votre commerçant réclame son argent, ce qui peut prendre de 24 à 72h ouvrées en moyenne. Il n’y a donc aucun affichage de la transaction durant ce laps de temps, car bien souvent votre banque n’est pas intervenue dans le processus d’acceptation du paiement. Un comportement très similaire avec les cartes ayant un débit différé.
Votre banque part du principe que vous n’allez pas dépenser l’argent que vous n’avez pas. Elle est dans une relation de confiance, et non de défiance vis-à-vis de vous. Elle décidera, en phase avec votre situation financière, les plafonds qu’il convient de définir sur votre carte, et son niveau (standard, premier/gold, platinum, infinite/world elite).
Tout ce mode de fonctionnement est donc destiné à une population dite « sans défaut bâlois ». On pourrait traduire cette définition financière en « sans risque avéré ».

La carte à autorisation systématique avec séquestre

L’opposé de la situation financière que nous venons de voir se nomme « en défaut bâlois » ou « à risque de défaut bâlois ». Concrètement, cela veut dire que vous présentez un risque d’incident bancaire ou que vous vous trouvez dans une situation financière fragile. Dans ce cas, c’est « ceinture bretelle » pour votre banque.
Lorsque vous êtes dans cette catégorie de clients, votre conseiller va vous proposer une carte spécifique. Ces cartes effectuent un contrôle de solde, qui sera couplé au gel du montant autorisé au commerçant. Dans les différents articles, nous définissons ces cartes comme punitives. L’emploi de ce terme vient du fait que cette configuration de carte est la plus restrictive qui soit.
Ces cartes se nomment Visa Electron, Maestro, V Pay, Visa Online, Mastercard Online, L’Autre Carte, Réalys… Si votre chargé de compte n’a jamais jugé utile de vous délivrer une telle carte, c’est qu’il n’avait pas de réserve sur votre situation financière ou votre capacité à gérer votre compte bancaire.
Les conseillers ont en horreur de fournir ce type de cartes. Ce n’est nullement pour des raisons financières, mais plus car ils savent tout l’aspect négatif qui vient avec celles-ci. Ils ont d’ailleurs très souvent des retours critiques de leurs clients qui relatent des situations où la carte est refusée. Ils évaluent d’ailleurs au cours de ces échanges la possibilité de délivrer une carte « normale » au client concerné.

L’intérêt de mettre des plafonds aussi bas

On pourrait effectivement mettre un plafond illimité sur ce type de carte dite punitive. Si l’argent n’est pas disponible, le paiement est refusé, et s’il l’est, l’argent est bloqué sur compte. C’est donc presque un non-sens de mettre des plafonds.
Pour cette vision, nous ne pouvons qu’être d’accord avec vous. Les plafonds sont absurdes sur cette catégorie de carte bancaire. Toutes les banques n’appliquent pas des plafonds limités, la majorité place une limite mensuelle à 3000€ sur les cartes à contrôle de solde avec séquestre. Notre vision monétique n’est cependant pas partagée par les décideurs qui ont une autre approche.
Pour les responsables produits, ces cartes punitives n’ont pas vocation à être délivrée auprès des clients ne présentant pas un risque de défaut. Par conséquent, ces cartes sont destinées à des personnes en situation complexe. Ils partent du principe que le reste à vivre de cette population est incohérent avec un besoin de plafond à 8000€. Si le client a besoin d’un plafond à 8000€ alors cette carte n’est pas adaptée à son profil.
Le conseiller devra donc étudier la situation spécifique de son client au sein de son portefeuille et lui proposer une carte adaptée, à la place de sa carte punitive.

Conclusion

La vision que peuvent avoir les décideurs au sein des banques est parfaitement défendable. Il est vrai que les cartes comme on les trouve dans toutes les FinTechs ne sont pas destinées à des clients exempts de défauts. Statistiquement, un client présentant un risque de défaut ne dépense pas plus de 1000€/mois en paiements. Et s’il venait à devoir dépenser plus, sa situation devrait être étudiée pour envisager la délivrance d’une carte « normale ».
Si vous êtes en situation de fichage, d’incidents répétés, du service bancaire de base… sachez que la carte « punitive » ne vous accompagnera pas obligatoirement durant toutes cette période de votre vie. Dès que le compte tourne de manière normale, sans incidents (ex : opération refusée pour défaut de provision) votre conseiller pourra remplacer la carte « punitive » par une carte « normale ». C’est une prise de décision qui se fait souvent, les conseillers pouvant aisément comprendre que se retrouver bloqué à différents endroits est un réel problème.
Les plafonds, en banque traditionnelle, sont donc avant tout destinés à s’assurer que la carte « punitive » est toujours adaptée à votre situation, et réviser celle-ci selon les éléments connus par la banque.