En Russie, Visa et Mastercard prennent leurs distances

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Les sanctions pleuvent sur la Russie et de plus en plus de sociétés montrent qu’elles ne supportent pas la guerre déclenchée par la Russie contre l’Ukraine.

Dans ces sociétés, on trouve Mastercard et Visa qui avaient déjà laissé entendre depuis le début du conflit qu’elles prendraient leurs distances. Avec eux, American Express a également décidé de montrer sa condamnation de la politique Russe à l’encontre de l’Ukraine.

Une situation de détachement presque obligatoire

Née d’une volontaire sincère de condamner les agissements de la Russie, les deux plus gros réseaux au monde ont finalement été obligés de quitter la quitter la Russie.

Le règlement des transactions devant s’opérer via des réseaux comme SWIFT lorsqu’elles sont transfrontalières, une difficulté pour le commerçant à être réglé aurait rapidement vu le jour.

Il semble donc logique que les 2 réseaux se sont trouvés dans une situation les obligeant à passer des paroles aux actes. American Express opère aussi certains règlements via Swift et subirait les mêmes incidents lors des règlements.

Les deux réseaux avaient pris en amont des mesures pour les transactions par token, à savoir Apple Pay, Google Pay et autres mécanismes similaires, obligeant alors les géants comme Apple et Google à désactiver les tokens sur les équipements concernés.

Cette situation tendue sur le plan monétique avec la Russie n’est pas quelque chose de nouveau. Cela va faire 10 ans que dans le monde du paiement on connaît une défiance de la Russie (et d’autres pays) envers des sociétés comme Visa, Mastercard ou American Express, en raison de leurs liens avec les USA.

Les paiements scripturaux continuent avec MIR

La Russie, tout comme la France et de nombreux autres pays, dispose de son propre réseau domestique qui se nomme NSPK JSC (National Payment Card System Joint Stock Company).

En France, le réseau se nomme e-RSB/CORE, et les cartes « CB », en Russie c’est donc NSPK pour le réseau et « MIR » pour les cartes de paiement.

Contrairement à la France qui dispose de son propre réseau depuis 1984, la Russie a donnée naissance au sien en 2015 réellement, après l’adoption par le parlement Russe en 2014.

MIR fonctionne donc en circuit fermé à l’instar de CB, tout se passe au sein du pays uniquement sans aucune interaction avec l’extérieur. En France, c’est la société STET qui s’occupe des règlements bilatéraux, c’est-à-dire faire débiter votre compte et créditer celui du commerçant. En Russie, cette tâche est diligentée par la plateforme SFPS laquelle traite les transactions issues de MIR.

Mastercard, le premier partenaire de MIR

Le premier à signer un partenariat avec MIR fût Mastercard, donnant ainsi naissance à un accord trilatéral entre la Banque de Russie, NSPK et Mastercard. Visa emboîtera le pas et signera le même type d’accord.

Un tel partenariat va permettre aux détenteurs de cartes MIR d’utiliser celle-ci partout où Maestro est accepté. Maestro est souvent vu comme une carte punitive, mais c’est également un réseau permettant d’avoir une chambre de compensation propre à l’émetteur de la carte. La Russie délègue cela à la branche TCC (Transaction Processing and Clearing Center) de NSPK.

Un porteur de carte MIR pouvait ainsi l’utiliser hors de la Russie, sous réserve que sa banque ait embarquée Maestro (de Mastercard) ou V PAY (de Visa) au sein de sa carte MIR. C’était très fréquent ce type de configuration, de quoi alléger la dépendance aux réseaux Visa et Mastercard pour les porteurs Russes.

En réalité, ce type d’accord ne fût pas limité à Visa et Mastercard. MIR a rapidement signé avec American Express, JCB (Japan Credit Bureau).

Selon les classes sociales en Russie, certaines personnes ne détenaient que la carte MIR en simple réseau, ou via un cobadge avec l’un des réseaux cités. Tout le monde ne disposait pas d’une carte émise sur Mastercard ou Visa comme c’est le cas en France.

Le réseau MIR signe avec CUP

Depuis la mise en place des multiples sanctions, le règlement bilatéral des transactions est compromis. Les détenteurs de cartes internationales ne peuvent donc plus les utiliser, et seuls les porteurs MIR sont encore en mesure payer en Russie. Une situation inconfortable, surtout pour les personnes désirant commander par internet des produits ou payer des services / prestations.

La Banque de Russie et NSPK ont désormais signé un accord avec le réseau chinois CUP (China UnionPay). Les cartes en cobadge seront désormais avec CUP en complément de MIR. Ce n’est donc pas une surprise vue que CUP était le seul réseau avec lequel MIR ne s’était pas encore entendu.

La France a également un accord avec CUP qui est signé depuis 2018 par le réseau domestique CB. Le partenariat porte sur l’acceptation des cartes CUP par les commerçants adossés au réseau CB, permettant ainsi aux porteurs de carte CUP de payer partout en France. Il est également possible aux détenteurs d’une telle carte de retirer des espèces dans les différents distributeurs présents en France.

Concrètement, une personne ayant un compte en Russie avec une carte cobadgée MIR et CUP pourra donc utiliser celle-ci en France et partout où CUP est accepté tant pour payer que retirer des espèces.

Autant dire que la Russie a rapidement contourné une des sanctions. Il est d’ailleurs très probable que CUP et MIR étaient en discussion depuis plusieurs années pour émettre des cartes en cobadge comme c’était le cas pour tous les autres réseaux, y compris le japonais JCB.

Lorsqu’un porteur d’une carte MIR/CUP utilisera le réseau CUP hors de Russie pour sa transaction, le règlement sera opéré par la Chine et sa plateforme CIPS (Cross Border Interbank Payment System), laquelle est en lien avec SFPS. La chine via CIPS et la Russie via SFPS disposent d’un concurrent du système SWIFT pour traiter les transactions non domestiques.

Une grosse perte financière pour Visa et Mastercard

On pourrait supposer que le rapprochement MIR et CUP va faire mal aux 2 géants du paiement. Dans la réalité, pas tellement car la Russie cherchait depuis 2014 une indépendance totale et traitait en priorité les transactions en mode domestique comme le fait CB en France.

Tant pour Visa que Mastercard, l’intérêt était surtout de permettre aux touristes de régler leurs transactions en Russie. Une manière d’éviter le retrait d’espèces et ainsi tout payer avec un moyen scriptural et non fiduciaire.

Toutes les cartes n’étaient pas en cobadge, cela dépendait des émetteurs. Les détenteurs de cartes MIR avaient ainsi de moins en moins cette notion de cobadge, sauf pour ceux susceptibles de voyager hors de la Russie.

Les réseaux ne vont pas se tirer une balle dans le pied, d’autant qu’ils savent que la synergie avec la Russie est extrêmement fragile depuis 2015. En prenant cette position pour Amex, Visa et Mastercard de couper les ponts avec la Russie, ils ne se privent pas d’un revenu important, c’est même plutôt l’inverse.

Comme nous le soulignons précédemment, l’intérêt pour Visa, Mastercard et AMEX était donc surtout de pouvoir traiter les transactions des touristes dans le pays et éviter le recours au cash.

L’importance des réseaux domestiques

Le réseau domestique CB est souvent critiqué par de nombreuses personnes du secteur monétique. Certains établissements prennent même des décisions radicales comme BPCE de couper les ponts du cobadge pour n’émettre que des cartes sur le réseau VISA. Une politique également en place chez Boursorama par exemple, qui cède aux appels de Visa, tout comme BPCE, à s’affranchir de CB.

Si la France devait se trouver sous le coup d’une sanction, ou si un réseau comme Visa décidait de couper ses activités en France, alors les détenteurs de cartes non cobadgés CB seraient dans l’incapacité de payer ou retirer des espèces.

La présence d’un réseau domestique comme CB assure également que les transactions restent en France, aucunes données des transactions effectuées ne remontent à Visa ou Mastercard. Vos habitudes d’achats, votre capacité financière… tous ces éléments en lien avec la protection de la vie privée restent en France et ne sont pas portés à la connaissance d’organismes américains ou autres.

L’usage d’un réseau domestique assure non seulement une confidentialité, mais également une souveraineté des transactions. Lors de la dernière panne s’étant déroulée durant plusieurs dizaines d’heures chez Visa, un détenteur de carte chez BPCE ou Boursorama aurait été dans l’impossibilité de payer ou retirer des espèces. Avec une carte en cobadge CB + VISA, la panne de VISA n’a eu aucun impact en France grâce à la présence d’un réseau domestique.

Conclusion

On peut lire que la signature d’un accord entre MIR et CUP représente un trait d’union important entre la Russie et la Chine. Dans une vision monétique, ce n’est absolument pas le cas, car c’était le dernier réseau avec lequel MIR n’avait pas signé d’accord, c’est désormais chose faite.

Hors couverture médiatique comme l’impose la situation actuelle, cet accord trilatéral n’aurait fait l’objet d’aucune attention des groupes de presse généraliste.

Dans le cadre des paiements scripturaux, il est très compliqué d’arrêter les flux. Lorsqu’un problème se présente, il existe toujours plusieurs solutions pour y remédier.

La Russie est désireuse d’indépendance monétique depuis de nombreuses années et s’en est donné les moyens en déployant son réseau domestique dès 2014. Celui ci traite depuis 2015 la quasi-totalité des transactions domestiques entre un client d’une banque Russe et un commerçant détenant son contrat monétique auprès d’une banque Russe.

Pour le moment, les touristes en Russie devront composer avec les restrictions, et peuvent se reposer sur le retrait d’espèces, car tous les distributeurs de billets ne sont pas encore déconnectés des réseaux Visa et Mastercard. Auprès de différents commerçants, il est encore possible de régler via ces réseaux selon la structure de la société.