Solarisbank, le moteur des FinTechs vertes et des diesels

Dans le monde de la FinTech, il est indispensable de disposer d’une licence afin de pouvoir proposer ses offres à des clients. Cela s’accompagne d’accords avec des réseaux comme Visa ou Mastercard pour émettre des cartes bancaires.

Des acteurs ont pris le pari que les FinTechs allaient pousser comme des champignons, et se sont donc positionnés comme partenaire pour apporter toute cette machinerie aux FinTechs. L’historique, avant son naufrage était Wirecard, mais Solarisbank est à présent le nouveau fleuron sur ce créneau.

Banking-as-a-Service

La Solarisbank apporte à des FinTechs ses multiples solutions. Cela va de la « location » de la licence détenue par la Solarisbank, en passant par la fourniture de compte bancaire avec IBAN, et l’émission de cartes bancaires. C’est cette partie qui est la plus visible pour le consommateur, mais d’autres briques existent comme la connaissance du client (KYC).

Avec ce mode de fonctionnement, il est possible de lancer une FinTech presque sans aucun effort. Il suffit de développer son service FinTech autour de l’API proposée par Solarisbank. En résumé, le client de Solarisbank est en quelque sorte un grossiste / revendeur. Solarisbank traite en direct avec Visa et Mastercard pour émettre des cartes et va sous-louer une séquence, on parle de BIN Sponso dans le secteur monétique.

Des établissements semblables à Solarisbank existent en France. Citons par exemple Treezor, mais Crédit Mutuel Arkea dispose également d’une offre nommée Arkéa Banking Services. D’autres existent comme Edenred mais sont plus confidentielles pour le moment.

La licence de Solarisbank

Depuis le 10 mars 2016, Solarisbank dispose d’une licence d’établissement de crédit (CRR-Kreditinstitut) obtenue auprès du régulateur Allemand BaFin (Bundesanstalt für Finanzdienstleistungsaufsicht).

BaFin, est à l’Allemagne ce que l’ACPR est à la France. Toutefois, BaFin était nettement moins tatillon que l’ACPR, ce qui a d’ailleurs suscité de nombreuses critiques lorsqu’à l’été 2020 le scandale Wirecard a explosé en Allemagne. A la suite de cet incident majeur, les autorités Allemandes et Européennes se sont penchées sur le fonctionnement de BaFin, obligeant le régulateur à serrer la vis avec les banques, assurances et autres services financiers qu’elle supervise.

Auprès de BaFin, la Solarisbank dispose de la licence N° 10143626 et du code banque 143626. Elle ne dispose d’aucune autre licence en cours. Elle n’a donc pas d’agréments tiers utilisant le nom « Solarisbank ».

La Solarisbank a utilisé le mécanisme de passeport européen afin de se rendre exploitable dans d’autres pays comme la France. C’est ainsi que depuis 2019, Solarisbank est autorisée à proposer ses services à des organismes en France. Ce n’est pas une succursale contrairement à bunq, mais uniquement de la libre prestation de services, donc pas de possibilité d’émettre des IBAN « FR » avec ce statut.

Les fonds confiés à la Solarisbank ne sont pas protégés par le FGDR en France. C’est via un mécanisme similaire allemand (Entschädigungseinrichtung deutscher Banken GmbH) que les fonds sont protégés à hauteur de 100 000€ maximum. Cette protection est valable une seule fois, pour tous les dépôts au sein de la Solarisbank. Si vous êtes client de plusieurs FinTechs qui utilisent la Solarisbank, la protection des dépôts qui s’applique est commune, et non par compte bancaire.

Son plus important distributeur de produits en France est Vivid. C’est via cette FinTech que la Solarisbank recrute le plus en France. Bitwala, Tomorrow, et d’autres FinTechs sont loin derrière Vivid.

Nous soutenir

Sans publicités et sans liens sponsorisés, notre contenu est accessible gratuitement pour tous.

L’exercice comptable de la Solarisbank

Certaines personnes ont avancé le fait que la Solarisbank pouvait exclure de son bilan annuel, et de ses dépôts, certaines sommes lui étant confiées. En clair, que la Solarisbank pouvait avoir un double exercice et écarter certains dépôts dits verts.

Dans l’état des connaissances de l’équipe, nous ne comprenions pas comment de telles affirmations étaient possibles au point d’êtres portées par la presse. On a senti que la question gênait la Solarisbank qui ne voulait pas se froisser avec les arguments de ses clients. Nous avons donc sollicité BaFin pour comprendre dans quelle mesure le législateur Allemand gérait cela.

Étonné, le régulateur nous a demandé les tweets et les articles avant de revenir vers nous. Il nous explique que c’est impossible, les fonds confiés sont fongibles, donc impossible d’exclure des dépôts de l’exercice. Si vous confiez des fonds à une FinTech « verte », la Solarisbank devra les intégrer dans son bilan. Aucun contrat spécifique ou montage ne permet d’exclure les dépôts d’un bilan.

Le régulateur nous a confirmé que la Solarisbank avait une obligation de déposer une partie de ses fonds auprès de la Banque Centrale Européenne, sans pouvoir agir sur l’usage qu’elle fera des fonds.

Solaris l’éco-banque dans le discours de ses clients

En regardant le discours de certains de ses clients, la Solarisbank serait une banque « verte » qui ne finance aucun projet « carbone ». Les fonds étant fongibles, si une FinTech affirme cela, c’est que la Solarisbank est l’unique banque 100% verte au monde. En clair, la Solarisbank ne met pas un centime dans ce qui touche au pétrole, et dans d’autres secteurs.

Financer un bon vieux diesel avec son éco-banque ?

Mais la réalité est toute autre. En proposant des prêts automobiles, Solarisbank participe au financement de l’industrie automobile, à travers son partenariat avec CarNext, qui commercialise des véhicules d’occasion qu’ils soient verts ou non.. Solarisbank vend également sa solution KYC à B2Mobility, filiale du pétrolier BP, dans le cadre de la fourniture de carte carburant.

Il est donc légitime de se demander si un centime déposé dans une FinTech verte, s’appuyant sur la Solarisbank, peut se retrouver dans le financement d’un véhicule pétrole.

A en croire les FinTechs, c’est impossible. Pourtant le bilan officiel de la Solarisbank, disponible sur son site Internet, indique clairement que seule une partie des dépôts est placée dans des fonds verts.

Le reste peut se trouver utilisé sur des projets comme l’achat d’actions, les crédits, les dépôts à la BCE… En nous rappelant qu’il y a une obligation en Europe de ratio de solvabilité. Donc si une FinTech rentre 10 000€ de dépôts, il est impossible pour la Solarisbank d’isoler ces 10 000€. Encore moins de placer la totalité dans des projets « verts », cela serait contraire aux obligations qui incombe à sa licence pour la solvabilité.

Tomorrow, à l’origine, assurait que jamais un seul centime déposé chez eux irait dans des projets d’hier. Finalement, à la suite de plusieurs enquêtes, après le scandale de Wirecard, la porte-parole de Tomorrow fût contrainte de reconnaître que les dépôts pouvaient aller dans des projets « plus ou moins verts ». En clair, ils peuvent aller à la BCE ou dans d’autres activités de la Solarisbank.

Cela ne nous choque absolument pas que seule une petite partie puisse réellement aller dans des projets « de demain ». Ce qui est plus délicat, c’est de garantir sur le papier, par des arguments marketing que jamais les dépôts n’iront dans l’industrie d’hier. Il n’y a pas de mal à ce que l’argent déposé dans une FinTech verte aille dans un crédit pour une voiture thermique, cela permet aux gens d’acquérir un véhicule pour se déplacer, aller travailler, partir en vacances…

Les FinTechs, même si elles disposaient d’une licence « établissement de crédit », ne pourraient pas faire du 100% vert, car une bonne partie des dépôts doit être confiée à la BCE pour garantir leur stabilité, et leur solvabilité. La BCE finance ensuite ce qu’elle souhaite à son tour avec les dépôts, par exemple des entreprises qui exercent dans le secteur du charbon, du pétrole, de gaz…

Nous soutenir

Sans publicités et sans liens sponsorisés, notre contenu est accessible gratuitement pour tous.

Solarisbank, une banque qui ne fait pas mieux que ses consœurs

Les banques allemandes proposent toutes des contrats pour des placements dans des actions, des assurances vies… sur des supports verts avec des agréments quant à la qualité « verte » du placement. La Solarisbank ne peut donc pas faire mieux que ces dernières, et ce n’est nullement un reproche envers la Solarisbank qui fait un excellent travail dans le cadre de ses services Banking-as-a-Service.

Là où la Solarisbank se démarque c’est sur son agilité à proposer de la revente à des FinTechs qui cherchent un organisme sur lequel se reposer afin de lancer leur offre.

Historiquement, la Solarisbank émettait ses cartes sur Mastercard. À la suite d’accords plus intéressant avec Visa, la Solarisbank a donc migré progressivement ses clients sur Visa. Les historiques comme Bitwala ou Tomorrow remplaceront à échéance les cartes Mastercard de leurs clients par des Visa.

Conclusion

Solarisbank aspire à prendre la place de Wirecard et recruter ainsi les clients historiques qui utilisaient la technologie de Wirecard. Pendant un temps, des rumeurs laissaient entendre que la Solarisbank aurait été intéressée pour racheter la technologie de Wirecard, mais rien ne fût officialisé.

Solarisbank est un organisme qui se donne les moyens de ses ambitions. Le partenariat avec CarNext montre que la Solarisbank s’intéresse au crédit destiné aux particuliers. Un produit très rentable pour une banque, et qui permet de générer des revenus pour la banque.

Jamais la Solarisbank ne s’est lancée dans des annonces intrigantes, comme aucun financement dans les « entreprises d’hier ». Il faut donc faire la part des choses entre ce que les clients de la Solarisbank affirment, et ce qu’elle-même exprime. Il est donc inutile de lui faire un procès d’intention pour des propos qu’elle n’a pas tenus, et desquels elle ne se désolidarise pas car elle n’en est pas l’auteur.

En dehors de son partenariat avec Spendit, Solarisbank n’aura pas récupéré d’autres clients de Wirecard, une grande partie de ces derniers ont trouvé refuge auprès de la Railsbank (établissement Anglais), ou tel Curve, se sont affranchis de tous les intermédiaires en devenant indépendant.

Photo by Precious Madubuike sur Unsplash