Tomorrow, le vert aux trois quarts vide

Tomorrow, l’acteur allemand qui inspire certaines FinTechs françaises vous promet le compte mobile pour un avenir meilleur.

En Allemagne, il est désormais important pour 2 tiers des investisseurs que leur argent soit placé de manière sociale et écologique. 38 % des Allemands sont également prêts à ouvrir un compte dans une banque numérique contre 29 % l’an dernier.

Jusqu’à présent, peu de ces établissements, communément appelés néobanques, s’étaient penchés sur ce sujet de la durabilité. Les banques éthiques ou responsables accusent un certain retard dans leur transformation numérique. C’est donc sur ce créneau resté libre qu’a décidé de se placer Tomorrow.

Nous ne reviendrons pas dans cet article sur les offres commercialisées par Tomorrow mais nous allons plutôt nous pencher sur ces arbres qui cachent la forêt : Comment Tomorrow protège nos forêts, comment est investi l’argent des clients ? Est-ce viable ?

Une très petite part de vert

Tomorrow compte aujourd’hui 64.000 clients. 10.000 nouveaux comptes ont été ouverts depuis le début de cette année 2021. La FinTech propose aujourd’hui 3 offres dont le fameux compte Zéro à 15€ par mois sans engagement.

Sur ces 15€ de cotisation mensuelle, 5€ servent à financer des projets de protection du climat. Un peu moins de 10 % des clients ont souscrit à cette offre aujourd’hui.

L’éternel problème de la licence

Comme de nombreuses Fintechs, Tomorrow ne dispose pas de sa licence bancaire. Pour pouvoir proposer ses produits, la startup allemande travaille donc en collaboration avec Solarisbank tout comme le fait Helios en France pour ses quelques 1700 clients déclarés.

Solarisbank s’est fait une spécialité de ces collaborations et vend ses services sans cibler exclusivement les banques responsables, éthiques ou sociétales. Citons par exemple Vivid ou Bitwala.

Nous consacrerons prochainement un article aux activités de Solarisbank et certaines d’entre elles pourraient faire hyperventiler les plus fervents néodéfenseurs de la planète.

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Arrêt sur images sur les fonds Tomorrow

L’investissement durable

Début avril 2021, Tomorrow disposait de plus de 145M€ mais seulement un peu moins de 20M€ étaient placés dans des comptes d’investissements durables.

Lilli Staack, porte-parole de la fintech, confiait à la vue des chiffres que l’objectif de Tomorrow restait le même, à savoir placer un tiers des dépôts clients dans des projets responsables. Si aujourd’hui, cet objectif n’est pas atteint en raison d’une forte croissance, il reste toutefois plus réaliste que les 100 % promis par d’autres acteurs fraichement débarqués sur cette trop verte pelouse des éco-banques. Rappelons au passage que l’usage des termes néobanques, éco-banques ou tout autre terme pouvant induire en erreur le client a fait l’objet d’un rappel à l’ordre du régulateur.

Ces 20M€ sont investis dans des obligations dans diverses banques de développement en Allemagne et aux Pays Bas. Obligations qui seront utilisées pour l’expansion des énergies renouvelables, dans la construction de logements sociaux. Une partie des fonds est également placé dans un fonds de micro-crédit.

Quid du reste des fonds ?

Les 125M€ restant sont quant à eux déposés à la Bundesbank. En toute franchise, Lilli Staack reconnaît que ces fonds sont investis de manière plus ou moins neutre par la banque allemande.

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Sauver la forêt grâce à l’interchange

Tomorrow reverse une partie de l’interchange, plus exactement 65 % à un projet de sauvegarde de la forêt tropicale au Brésil. Quand vous dépensez 100€ avec votre carte, 13 centimes sont destinés à ce projet.

Tomorrow creuse ses pertes

Comme de nombreuses FinTechs à leur début, Tomorrow perd de l’argent. Dans les 8 premiers mois de l’année 2020, la startup a dépensé plus de quatre millions d’euros et n’a généré que deux cent mille euros de revenus.

Tomorrow a pour objectif de devenir rentable d’ici 5 ans. Pour cela, la FinTech devra recruter et conserver un million de clients, en Allemagne et hors de ses frontières dans ce laps de temps. Un objectif ambitieux, si la croissance actuelle devait demeurer en l’état, Tomorrow ne disposerait que de deux cent mille clients dans 5 ans. Il lui faudra également générer des revenus, et il est quasiment certain que l’interchange ne sera pas suffisant pour cela.

Conclusion

Si l’avenir de Tomorrow reste incertain, sa levée de fonds de 3 millions d’euros en octobre 2020, basé sur du financement participatif est un signe positif de l’intérêt porté par certains investisseurs dans ce projet.

La FinTech devra toutefois s’affranchir de cette collaboration avec Solarisbank et obtenir sa propre licence d’exercice (établissement de crédit) si elle ne veut pas que son vœu de sauver tous ensemble la planète ne reste qu’un simple vœu pieux.