Embossage de votre carte bancaire

Dans le discours marketing des acteurs de la FinTech, l’absence d’embossage est souvent présentée comme un argument de sécurité, voir même de design. C’est surtout un motif économique qui peut vous occasionner des déconvenues à l’usage de votre carte.

Attention, il ne faut pas confondre estampage et embossage.

L’estampage consiste à transcrire des données sur votre carte comme votre nom, prénom et autres informations.

L’embossage consiste à faire ressortir en relief les informations sur l’avant de votre carte bancaire. L’embossage d’une carte va faire ressortir le numéro de celle-ci, l’expiration et le nom du détenteur.

L’embossage

Un peu d’histoire

Il y a 2 raisons historiques à l’embossage.

L’une des raisons était de créer un système permettant aux personnes avec une déficience visuelle de pouvoir consulter au touché les informations. Avant l’apparition de la puce, l’embossage permettait d’utiliser différents dispositifs pour payer, et donc obtenir les informations de la carte de manière lisible humainement ou mécaniquement.

Les fers à repasser

Les dispositifs mécaniques sont appelés « fer à repasser », « knuckle buster », ou encore « zip zap ». Ils permettent de transférer les informations de votre carte sur un carbone que vous devez signer tel un chèque et reprend le montant de la transaction et un compteur incrémenté. Le commerçant se fait ainsi payer par sa banque avec la remise de se carbone.

Ces opérations qui transitent en « remise manuelle » n’échappent pas aux contrôles. Visa et Mastercard assurent un contrôle en amont quand une telle opération est demandée en règlement. La banque débitée va également opposer quelques contrôles avant de valider la transaction de son côté. En cas de doute, elle sollicite son client pour lever une suspicion de fraude et régler le commerçant.

Ce type d’usage du « zip zap » est très rare, mais il existe encore dans certains pays, ou pour certaines situations comme les locations chez quelques loueurs, de quoi éviter la « caution ».

De plus en plus, les transactions se font de manière électronique, c’est-à-dire via la puce ou la piste magnétique. La demande de paiement remonte alors au réseau et jusqu’à votre émetteur de carte.

Les cartes « electronic use only »

Dans un fonctionnement traditionnel, vos cartes sont hybrides, c’est-à-dire qu’elles fonctionnent en mode électronique, mais peuvent également fonctionner en mode mécanique, y compris via une saisie humaine.

Visa et Mastercard laissent depuis 10 ans le choix aux émetteurs de cartes de choisir quel mode ils souhaitent délivrer à leurs clients. Toutefois, lorsque la carte n’est pas embossée elle porte un flag qui est « electronic use only ».

La règle est simple. Lorsque ce marqueur est présent, cela indique que pour autoriser un paiement il faut avoir le concours de l’émetteur de la carte. L’autorisation ne sera délivrée que si l’émetteur peut donc être contacté et que le compte est suffisamment approvisionné. A défaut de ces conditions cumulatives, l’autorisation est donc refusée et le paiement ne peut être accepté par le terminal du commerçant.

En France, on parle plus généralement de « CAS » pour Carte à Autorisation Systématique. Le GIE CB diffuse donc des fichiers aux acquéreurs et sociétés luttant contre les fraudes avec un marqueur « CAS » pour ce type de cartes. Ce qui permet donc de les refuser si le flag « CAS » est présent, même si parfois elles peuvent passer un temps, avant de se trouver bloquer, car le flag « CAS » avait été oublié.

Lorsque la carte porte le marque « EUO » pour Electronic Use Only, les remises manuelles sont donc interdites. Il est impossible d’avoir une demande de règlement via un carbone, cela indique que la carte est contrefaite et qu’il y a une fraude.

Il est recommandé aux émetteurs de cartes d’apposer la mention « electronic use only » au verso de la carte bancaire. Une mention permettant au commerçant ou au porteur d’être informé visuellement de la situation de la carte. Toutefois, cela n’est pas une obligation car la mention est vu comme « dénigrante » par certains porteurs.

Les recommandations de Visa et Mastercard

Que ce soit Visa ou Mastercard, les deux réseaux recommandent de recourir à l’absence d’embossage dès que cela n’est pas nécessaire pour le porteur, typiquement pour les cartes de « DEBIT ».

Toutefois, cela reste un encouragement, une recommandation forte. Les émetteurs restent libres sur ce point, ils peuvent embosser ou ne pas embosser selon leurs choix et la finalité d’usage de la carte.

Il n’y aura pas de consignes claires et strictes dans un futur proche de la part des réseaux, car ils seraient désignés comme fautifs des conséquences de l’absence d’embossage sur les cartes.

Lorsqu’il y a une norme d’écriture sur une carte comme Visa Quick Read, c’est alors le réseau qui impose l’absence d’embossage. Il décide alors d’une règle d’écriture et de présentation, il faudra donc s’y conformer afin de respecter la licence et le brevet du réseau.

Vous l’aurez compris, il faut bien distinguer une recommandation d’une interdiction.

Sur tout ce qui est carte « CREDIT » l’embossage reste fortement recommandé en revanche.

Relief et gravure

Sur certaines cartes il y a un relief obtenu par une chauffe du plastique de la carte. C’est souvent le cas lorsque la carte dispose des informations sur son verso. La gravure consiste, comme son nom l’indique, à graver le plastique par un procédé laser afin d’inscrire des informations sur le support.

Dans les 2 cas, ces cartes restent marquées « EUO » car c’est vu comme une présentation esthétique mais ne permet pas d’utiliser la carte pour un usage mécanique.

L’embossage représente un coût, alors que la gravure ou autre procédé ne coûte quasiment rien en production.

Une carte taillée pour l’international

Lorsqu’un porteur quitte son pays de résidence, la règle est d’avoir au moins une carte embossée avec lui. Surtout s’il se rend dans la zone « Asie » du globe afin de couvrir tous les cas d’usages de la carte bancaire.

Dès qu’une carte s’adresse à des usages pour l’international il est important qu’elle soit embossée. Il faut clairement éviter toutes les situations « non-courantes » lorsqu’on voyage. Par exemple, il ne faut pas disposer exclusivement de cartes sans numéros, ou non embossée.

La même recommandation se fait pour l’absence de zone « signature » au verso de votre carte. Les règles Visa, Mastercard et CB autorisent toujours le commerçant à contrôler la signature au verso de la carte. Il peut même opérer ce contrôle lors d’une transaction avec saisie du code PIN. Cela reste rare car les employés ne veulent pas s’éterniser sur ce contrôle, mais en cas de fraudes, une consigne de la direction peut rapidement être mise en œuvre.

Certains émetteurs de cartes comme Curve, se sont déjà heurtés à l’agacement de plusieurs clients disposant des nouvelles cartes dépourvues de « signature » ou de « chiffres ». La carte a tout simplement été refusée par des commerçants, et cela de manière totalement conforme aux règles des réseaux.

L’absence de numéros ou d’embossage est nettement moins problématique que l’absence de « signature ».

Les banques restent très majoritairement sur un embossage pour les cartes avec des clients internationaux, et d’autant plus quand la carte est estampillée « CREDIT ».

Obtenir une carte embossée

Milleis (ex Barclays) est l’une des premières banques à avoir cessé l’embossage de ses cartes Visa Infinite depuis le début d’année 2020. Il n’aura pas fallu longtemps pour que les frictions liées à ce type de cartes « lisses » se fassent sentir. Même en France, la location de véhicules est devenue compliquée dans de nombreuses enseignes car la carte est « lisse ». De quoi provoquer l’agacement des clients qui disposent d’une carte de prestige refusée par des commerçants, ou alors stigmatisés par d’autres ne connaissant par la banque privée Milleis.

Une solution a été apportée à ces clients au travers d’une refabrication des cartes sur demande auprès du gestionnaire de patrimoine.

Cette possibilité de faire embosser sa carte sur demande reste rare. En général, quand une politique « groupe » est déployée, il n’y a pas de dérogation possible dans ces situations. L’argumentaire est toujours le même « le commerçant n’a pas le droit de refuser », mais les règles Visa, Mastercard et CB laissent les conditions d’acceptations à la discrétion du commerçant.

Conclusion

L’absence d’embossage ou de zone de signature est parfois perçu visuellement comme « design ». Mais il ne faut pas perdre de vue que le besoin principal d’une carte c’est de pouvoir en faire usage en toutes situations où la carte est acceptée.

On ne peut que vous recommander de ne pas vous reposer exclusivement sur des cartes en métal, ou dépourvues des zones et indications historiques. Il y a d’ailleurs eu toute une réflexion autour de l’embossage des cartes avec l’écran pour le cryptogramme dynamique. De manière collégiale, il a été décidé qu’il fallait les embosser dans les banques traditionnelles car il fallait que le client puisse utiliser sereinement et en toutes situations sa carte.

Avec l’arrivée prochaine des cartes biométriques, où les essais sont fortement avancés dans plusieurs banques en France, cette question revient sur la table.

Elle est toutefois face à une difficulté technique à présent. En ce qui concerne la pile de l’écran pour le cryptogramme dynamique une solution a été trouvée. Concernant le capteur d’empreinte, une difficulté subsiste. Il y a donc fort à parier que les émetteurs historiques mettront en garde les clients en proposant une carte de « secours » afin de pallier les situations « frictions ».

Il ne faut pas généraliser une acceptation de carte « lisse » pour du paiement en plusieurs fois. Les actualisations de fichiers peuvent prendre du temps, voir parfois nécessiter une correction car le marquer « CAS » a été oublié dans une révision antérieure. Ce n’est que lors d’un signalement que l’omission sera corrigée.