Vybe, un nouvel entrant axé sur les jeunes

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Lorsque l’on voit arriver tellement de sociétés sur un secteur, il est aisé de comprendre qu’il y a un intérêt financier pour elles. Le secteur bancaire voit se succéder, depuis 5 ans environ, des sociétés avec des modèles différents. En ce début d’année, intéressons nous à Vybe.

Un établissement de monnaie électronique créé par des jeunes

Vybe est une société par actions simplifiée, immatriculée en août 2019 avec un capital social de 200€ ( deux cents euros )

Il y a le « Président » Brice GARNIER né en 1995 ainsi que 2 « Directeur Général » qui sont Canelle CHOKRON née en 1999 et Vincent JOUANNE né en 1995.

Du haut de ses 24 ans, Brice GARNIER a lancé Vybe après un premier lancement de la société Involve Paris. Parcours similaire pour Vincent JOUANNE qui a fondé la société Sharkr. Les 2 sociétés étaient axées sur l’acquisition client. Elles vendaient ainsi des prestations à des tiers sur la manière d’obtenir du client avec le traitement de la donnée.

Un agrément anglais

La licence de monnaie électronique repose sur l’agrément de PayrNet Limited, leur partenaire anglais. Depuis fin novembre 2019, Vybe est ainsi autorisé à utiliser les services de PayrNet (Railsbank). Vybe peut ainsi distribuer les produits de ce partenaire (compte et carte).

La FCA en Angleterre est plus souple que l’ACPR en France. Cela explique que de nombreuses Fintechs préfèrent se lancer via une licence de la FCA plutôt que l’ACPR. Il faut reconnaître que l’ACPR est très rigoureuse et ne se prive pas de demander des détails. La sécurité du système financier est non négociable pour l’ACPR qui contrôle que le modèle est fiable et viable.

Même avec un BREXIT dur sans accord, les Fintech comme Revolut n’ont pas d’agrément auprès de l’ACPR. Ces fintechs sont donc allés vers des autorités du même niveau que la FCA. Il faut dire qu’en France ACPR et AMF sont des autorités de tutelles qui donnent des sueurs froides aux dirigeants car comme nous l’indiquions la protection des clients est une priorité.

Quand vous voyez des établissements comme Moneway, Max, Yeeld, Nickel… décrocher leur licence auprès de l’ACPR, vous savez qu’ils ont satisfait aux exigences de l’une des autorités les plus sévères d’Europe avec son homologue Néerlandaise.

L’offre Vybe

Une black card

Pour le moment, si on se réfère aux CGU et aux informations de la FAQ, l’offre Vybe sera composée d’une carte dite « black card » adossée à un compte carte. La finition « noire » de la carte est donc mise en avant dans les CGU comme un élément marketing.

L’âge de l’équipe Vybe y est certainement pour quelque chose dans ce choix. Ils ont aisément compris que le côté statutaire est quelque chose de vital pour leur génération. Il faut reconnaître que pour acquérir du client et de la donnée, c’est nettement plus vendeur que le design de la carte Max ( on dit ça, on dit rien )

La carte Mastercard proposée par Vybe repose donc sur un programme de « BIN Sponso » de PayrNet. Tout comme Kard, Max ou Revolut, ce programme est totalement hermétique à une tolérance hors ligne des opérations (raccourci en « offline » par beaucoup de personnes).

Vybe, une offre sans frais

Au niveau frais et coûts, les CGU laissent entendre que tout sera gratuit, même les opérations de paiements & retraits en devises.

On trouve également des informations qui précisent que les prélèvements SEPA seront disponibles, contrairement à Kard pour le moment.

Il n’y aurait pas de frais lors d’impayés sur ces opérations, les CGU ne font que préciser qu’en cas d’incidents répétés (impayés), le compte pourra être clôturé.

Côté parrainage, aucune limite d’après les CGU, avec un reversement de 2€ pour le parrain et autant pour le filleul.

Un IBAN anglais

Les virements entrant sur un IBAN individuel seront disponibles, de même que les virements sortants vers des tiers.

L’IBAN sera visiblement anglais avec pour BIC PAYRGB21XXX. Ce BIC n’est pas compatible avec les virements SEPA instantanés, Par conséquent, seuls les transferts entre 2 clients Vybe pourront s’effectuer en « instantané ». Vous ne pourrez donc pas faire ou recevoir de virements instantanés entre Vybe et une banque compatible.

L’offre est accessible dès 12 ans, il faudra bien entendu une inscription avec le concours du représentant légal.

L’absence des xPay

PayrNet n’est pas dans les partenaires Mastercard ou Visa concernant les Wallet (Apple Pay, Samsung Pay, Google Pay Garmin Pay…), il n’y aura donc pas de possibilité d’utiliser dans la carte Vybe dans votre téléphone par exemple.

La data, le modèle économique de Vybe

Sur le site, les indications expliquant que la donnée des utilisateurs sera exploitée à des fins marketing ne manquent pas.

C’est surtout dans les CGU que l’information est très claire. En indiquant « Afin d’offrir des offres toujours plus personnalisées et compatibles avec les centres d’intérêts de ses Utilisateurs, Vybe réalise des analyses des données de ses Utilisateurs », la société annonce clairement les règles du jeu.

Il y est également précisé « identifier leurs goûts et centres d’intérêts et initier des opérations de marketing ciblées et négocier des avantages avec ses partenaires dans l’intérêt des Utilisateurs, ce que ces derniers reconnaissent et acceptent expressément, sous réserve de leurs droits en matière de données personnelles ».

Donner donner données !!

Le modèle économique est donc très simple : obtenir de la donnée, faire des profils, et proposer des campagnes à des marques. Par exemple, proposer à une chaîne de Fastfood de lui envoyer des clients contre paiement pour cette campagne, et afin de motiver les usagers à y aller, offrir une réduction.

Dans l’idée, la donnée est pseudonymisée / anonymisée, ça c’est dans la théorie. Car dans la pratique, il suffit de recouper entre 2 et 3 profils anonymes afin d’identifier la personne. C’est d’ailleurs le métier de certaines sociétés qui prennent de la data de partout. Elles peuvent ainsi retracer une personne via plusieurs données normalement anonymes.

Une fois le modèle économique compris, on ne peut s’empêcher de faire le lien avec les premières sociétés de Brice GARNIER et Vincent JOUANNE. Sociétés qui avaient justement pour activité marketing le recrutement client, et la fidélisation.

Le secteur bancaire regorge de données. C’est d’ailleurs souvent un secteur considéré comme une mine d’or pour les annonceurs. Des profils qualifiés, de la données tracées, un retour qui peut être surveillé / suivi… Des sociétés en font leur modèle économique.

Les banques se sont toujours refusées à franchir cette ligne en rouge, et cela pas qu’en France, mais également dans de nombreux pays.

Sur le territoire, c’est Max qui en 2017 est allé au-delà d’une limite morale imposée par les banques. Max s’est lancé dans la gratuité contre la donnée, une donnée provenant de l’agrégation de comptes, mais également avec pour produit d’appel les services Apple Pay, Google Pay, Samsung Pay… de quoi attirer des profils quand les banques ne sont pas compatibles. A cela s’ajoute une gratuité des paiements et des retraits, même en devise.

Jusqu’en 2019, Max restait relativement discret sur cette pratique, et préférait parler d’apporteur d’affaire en passant sous silence le fait que toutes les données captées par Max étaient traitées afin de cibler le profil client. C’est le DG d’Arkea, Ronan Le Moal ,qui a fait tomber le tabou et a commencé à communiquer avec transparence sur les activités de Max.

Depuis ce moment, Max et son DG Didier Ardouin sont davantages transparents sur les pratiques. Ils ne cachent plus que le modèle c’est d’emmagasiner de la donnée, faire des profils qui sont alors proposés à des annonceurs pour des campagnes.

Ils prenaient l’exemple du suivi de vos dépenses de carburant afin d’extrapoler le type de véhicule / distance parcourue et ainsi comparer le coût de votre assurance à ce que leur partenaire pourrait vous proposer. Même situation avec le paiement de loyers, où ils étudient en amont la possibilité de vous proposer un crédit immobilier par un partenaire afin de vous faire accéder à la propriété.

Conclusion

Vybe est un nouvel acteur qui se lance, et cible les profils relativement jeunes 12 – 25 ans avec un modèle économique basé sur le fait que contre l’exploitation des données, le service est gratuit.

Il n’y a rien d’innovant en comparaison de services comme Compte Nickel, ouvert aux mineurs, ou des services comme Revolut, pour les majeurs.

L’offre est même moins intéressante qu’une solution comme Max, et même si tout comme Vybe, Max exploite de la donnée, ils le font avec des informations que vous pouvez contrôler… par exemple sans agréger de comptes dans Max.

Max ajoute en plus des assurances d’un excellent niveau, sans compter un service de conciergerie que vous pouvez solliciter pour des demandes basiques, comme vous réserver une table dans un restaurant.

Pour le moment, aucun acteur ne se démarque sur le marché des mineurs. Si un jour Revolut ou N26 se lancent dans ce segment, il est certain qu’ils deviendront rapidement leader. Leur nom commence à faire écho auprès de personnes qui ne sont pas sur les réseaux sociaux. De nombreux jeunes ont parlé de ces produits à leurs parents.

Que ce soit N26 ou Revolut, ils jouissent depuis 2015 d’une certaine notoriété. Par conséquent, s’ils sortent un produit, ils reprennent la main sur les concurrents. Et nous sommes convaincu que ce sera le cas, si un jour ils ouvrent le segment aux mineurs.

Il n’y a rien de neuf, Vybe reste un revendeur qui proposera sous licence de monnaie électronique des services au travers d’une API proposée par PayrNet. Il est préférable d’attendre la majorité et souscrire à une solution comme Max, Revolut ou N26 si vous désirez une gratuité, et bunq ou Compte Nickel pour les services payants.

Dans l’idéal, si vous n’avez pas d’aversion pour les banques et vous désirez une gamme de produits plus complètes comme l’épargne, la bourse, le crédit… Boursorama comme Fortuneo sont largement en tête avec leurs offres Ultim et Fosfo accessibles sans conditions de revenus.